vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 18h11
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Crocs: après le rêve québécois, le choc

«Un bel exemple de capitalisme sauvage», dit le ministre Bachand

François Desjardins   16 avril 2008  Emploi
Les Crocs restent populaires dans les magasins montréalais. Selon les commerçants, la marque devrait connaître une autre bonne année.
Photo : Jacques Nadeau
Les Crocs restent populaires dans les magasins montréalais. Selon les commerçants, la marque devrait connaître une autre bonne année.
L'annonce concernant l'usine de Crocs à Québec réunit tous les ingrédients d'un scénario crève-coeur: la fermeture par une entreprise étrangère d'un fleuron local dont la mise en marché d'une sandale colorée a fait un heureux malheur dans les boutiques, tant en Amérique du Nord qu'ailleurs dans le monde.

La poussière n'était pas encore retombée hier qu'on cherchait déjà à comprendre pourquoi diable une entreprise en pleine croissance voudrait fermer une usine. Trois mots: réduire les coûts. Le verdict du ministre du Développement économique a été tout aussi brutal que l'annonce de la société mère, liée à la vigueur du dollar canadien.

«C'est un beau cas de capitalisme sauvage», a tranché Raymond Bachand lors d'un point de presse, reconnaissant la marge de manoeuvre limitée du gouvernement. Selon sa compréhension, l'entreprise américaine a des problèmes d'inventaire, problèmes qui ne sont pas insurmontables mais, pour envoyer «un signal aux marchés qu'ils faisaient quelque chose, ils ont "flushé" le Québec».

À ses côtés, le ministre de l'Emploi, Sam Hamad, a évoqué la mise sur pied d'un comité de reclassement pour les travailleurs.

Il fallait peut-être se douter que quelque chose ne tournait plus rond à l'usine, où 400 personnes perdront leur emploi d'ici le mois de juillet alors qu'une centaine resteront en poste pour les ventes et le marketing. Lors de l'annonce de 190 mises à pied temporaires et de 90 licenciements permanents, en février, le gouvernement avait tendu une perche. En vain.

«On les avait approchés, on leur avait offert de l'aide, a dit M. Bachand. Ils avaient exprimé qu'ils pourraient peut-être faire de Québec un centre de recherche et développement. Ç'a été un silence radio, un silence radio pour la direction locale puis un silence radio pour les syndicats, si on comprend bien. Et aujourd'hui, on comprend peut-être pourquoi.»

Investissement Québec n'a jamais versé d'aide financière à l'entreprise, a indiqué hier une porte-parole.

De Québec à Wall Street

La petite société de Québec qui a inventé ces sandales, Créations Foam, a vu le jour en 1995. Elle est passée aux mains d'un groupe d'investisseurs américains en 2004, qui ont installé le siège social au Colorado. L'usine de Québec, d'ailleurs, n'est pas la seule dans le monde. La production qui prendra fin sera délocalisée vers un des sept autres établissements de l'entreprise: au Mexique, en Italie, en Roumanie, en Bosnie, en Chine, au Brésil ou au Vietnam.

La décision est purement économique, a indiqué lundi soir le président de la compagnie américaine, Ron Snyder. Les détaillants américains, en raison du ralentissement là-bas, sont beaucoup plus prudents, et l'entreprise pourrait afficher une perte au premier trimestre.

«Ce genre de décision est toujours difficile à prendre, car ça touche la vie de gens qui ont contribué au succès de notre entreprise. Malheureusement, les lois de la concurrence imposent des sacrifices et nous demandent de relever des défis liés au bien de l'entreprise», a dit M. Snyder.

Le Devoir a tenté d'obtenir la réaction de Marie-Claude de Billy, vice-présidente de Créations Foam, qui est là depuis les tout débuts, mais elle n'a pu être jointe.

Outre les défis qu'elle dit être en train d'affronter en 2008, Crocs inc. a affiché une croissance spectaculaire depuis quelques années. Alors que les revenus se chiffraient à 14 millions en 2002, ils étaient de 350 millions en 2006, puis de 850 millions l'an dernier, générant du coup 168 millions de profits.

Qui dit croissance, toutefois, dit attentes du marché. Et le cours de l'action de Crocs, cotée sur le Nasdaq, s'est vite emballé. D'octobre 2006 à octobre 2007, il est passé de 17 $ à plus de 70 $. Était-ce cher? En tenant compte des profits par action générés pendant cette période, le cours de l'action se situait à plus de 30 fois les profits. En comparaison, le cours de Nike se négocie ces temps-ci à 21 fois les profits.

Le premier coup dur survient le 31 octobre 2007. Ce jour-là, le siège américain de Crocs révèle aux marchés financiers que les revenus du troisième trimestre, bien qu'ils aient carrément doublé en un an, risquent de décevoir les analystes. Ceux-ci attendaient 258 millions, mais l'entreprise avait généré seulement 256 millions. De plus, leur dit-elle, les ventes de 2007 allaient finir autour de 820 millions, en deçà des 830 millions que prévoyaient certains analystes.

À l'époque, Crocs affirme que les ventes ralentissaient en partie à cause de l'utilisation d'un nouveau centre de distribution en Europe. «Les compagnies dont on achète l'action en raison du "momentum" ont vraiment besoin de signer une exécution parfaite, dit alors un analyste auprès de l'agence Bloomberg. Lorsque cette exécution s'arrête, ou qu'il y a un pépin, la réaction est subite.»

Il n'en fallait pas plus pour que l'action pique du nez. En quelques jours, elle allait perdre la moitié de sa valeur. Alors que la compagnie avait une valeur boursière de près de six milliards, voilà que celle-ci tombait à 3,5 milliards. Hier, l'action a chuté de 43 % à 10,11 $, pour une valeur boursière d'un peu plus de 800 millions.

En magasin, toutefois, les ventes semblent une fois de plus se diriger vers une bonne année en 2008. Le Devoir a appelé plusieurs boutiques montréalaises hier, et pas une n'a affirmé que les Crocs n'avaient plus la cote auprès de la clientèle. «Je m'attends à avoir un bon été, malgré l'annonce qui vient d'être faite», a dit Vincent, qui dirige le département des chaussures à la boutique Atmosphère du centre-ville.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • andré michaud
    Inscrit
    mercredi 16 avril 2008 08h46
    Prévisible
    Dommage pour ces travailleurs qui auront à se replacer. Comme beaucoup d'usines se cherchent des employés, beaucoup devrait se replacer..bonne chance!

    Cependant c'était prévisible, car le produit n'est plus compétitif. Le produit à 40$ ne peut compétitionner avec l'équivalent à 7.99$...à moins que les Québécois s'engagent à bouder les produits moins chers (mission impossible).L'histoire a prouvé que les consommateurs recherchent les produits les plus vantageux pour eux, et ne veulent pas payer 3 fois plus cher pour préserver certains emplois..c'est ça la race humaine, il faut faire avec!

    Le côté positif est que les consommateurs qui achèteront les produits équivalents moins chers pourront dépenser les sommes économisées dans l'économie locale sur d'autres produits.

  • Max Roujeon
    Abonné
    mercredi 16 avril 2008 08h48
    Il y a encore emploi et emploi («d'immigré»), ça change pas
    C'est assez révoltant ce qui arrive à Crocs, mais en même temps une usine de vêtements bourrée d'immigrants ferme elle aussi à Montréal dans la petite Patrie, la Golden Brand, on en entend pas beaucoup parler. J'ai appris ça en lisant l'édito de Monsieur P.F. d'un autre journal ce samedi. 540 emplois aussi, peut-être plus.
    Personne ne semble s'en soucier. Les emplois d'immigrants sont-ils moins des emplois que ceux-ci de Crocs, parce que «made in Québec (city)»?
    Et M. Bachand qui nous sort son: «capitalisme sauvage», il a le mot pour rire si ce n'était si triste, car, pendant ce temps, Bombardier gobe les subventions 100% Canada et Québec, même si elle emploie 56 000 personnes dans 12 pays en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, selon leur site. Nos impôts pourraient ils contribuer à créer des emplois hors Canada? Et l'Alcoa qui a l'électricité «gratuite» jusqu'en 2040 c'est pas sauvage ça? Ok c'est pas capitaliste, c'est plutôt l'opposé... Mais, ça fait mieux dans un cocktail, de parler de l'aérospatiale, que de «la guenille». Dommage qu'on en soit rendu là.

  • Maco
    Abonné
    mercredi 16 avril 2008 08h56
    L'intelligence
    Pourquoi sommes-nous si intelligent pour créer, mais, pourris pour les affaires ?

    Le moindre succès et hop ! On vend pour faire la grosse piastre. Désolant, simplement désolant.

    C'est vrai que les créateurs ne sont pas reconnus pour avoir la bosse des affaires. Mais où sont donc nous MBA. On en produit par centaines chaque année. Depuis que la bosse des affaires est propagée à grand coup de «MBA» je ne constate pas d'amélioration notable du côté des « affaires ». Crise financière, qui n'a d'égale que la crise de 29 ! Ils sont où tous nos diplômés ? Y font quoi ? Y revisent leurs livres, par ce que dedans ce n'est pas écris que ça devait arriver !

    Bref, cessez d'acheter des CROOKS (oups!) des CROCS.

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    mercredi 16 avril 2008 09h00
    Québec à vendre
    Si on voulait continuer à diriger la compagnie,
    fallait pas la vendre, c'est tout.
    Du financement, ça se trouve.

  • Steve Fortin
    Abonné
    mercredi 16 avril 2008 09h02
    Capitalisme sauvage ??? Le citoyen peut choisir... le boycott !!!
    Heureusement, le citoyen peut choisir où et quand il veut dépenser et investir ses deniers. Pour protester contre ce cas où l'ingéniosité québécoise a dû mourir devant les impératifs du capitalisme sauvage, comme l'affirme l'habituel héraut du libre marché, M. Bachand, il incombe au peuple du Québec de choisir tout simplement de regarder ailleurs et de laisser croupir les Crocs sur l'étagère du choix populaire...

  • Bernard Gervais
    Abonné
    mercredi 16 avril 2008 12h14
    Quand on confie son sortaux autres...
    Pensez-vous un seul instant que les investisseurs du Colorado, qui ont acquis Croc. Inc. en 2004, avaient le souci de garder ouverte l'usine de Québec parce que c'est dans cette ville que l'entreprise a vu le jour ?

    Non, ils ont pris leur décision froidement et, comme bien d'autres dirigeants, qui se soucient d'abord de la cote de leur compagnie en Bourse et de satisfaire leurs actionnaires, ils ont jugé qu'il était préférable de fermer cette usine et de faire fabriquer leurs produits dans des pays où la main-d'oeuvre est bon marché.

    Même si le ministre Bachand a vivement critiqué avec raison le geste des dirigeants américains de Croc, nous ne devrions pas être surpris d'une telle décision. Ce n'est pas la première fois que des entreprises de vêtements et de chaussures de chez nous, qui sont acquises par des étrangers, décident de transférer leur production dans des pays où les salaires sont beaucoup moindres. Même des compagnies, pourtant propriétés de gens d'ici, ont fait la même chose.

    J'ai toujours admiré les entreprises québécoises de textiles qui, malgré la mondialisation, persistent à garder ouvertes leurs usines d'ici et permettent ainsi à de nos ouvriers de travailler. C'est pourquoi, j'essaie le plus possible de les encourager en achetant bien sûr leurs produits !

  • Michel Savard
    Inscrit
    mercredi 16 avril 2008 17h43
    Pas difficile à comprendre !
    On ne connaît pas les détails concernant la vente de Crocs à des gens d'affaires de Denver en 2004 mais comme cette compagnie était en plein essor, on peut facilement présumer que les propriétaires d'alors ont réalisé un gros coup d'argent !

    C'était une décision d'affaires! Or, aujourd'hui, les gens sont surpris car on dit que l'usine de Québec marche "à planche" . Ce qu'il faut savoir, cependant, c'est qu'à l'usine Crocs de Québec le salaire horaire est de 15$/h alors que dans les autres usines Crocs de cette même compagnie, soit en Bosnie, au Mexique, en Chine, au Vietnam et en Roumanie le salaire horaire est de 2$/h.

    Compte tenu de cette dernière information, pas besoin de chercher longtemps pour comprendre ce qui, immanquablement, devait arriver !

  • Gérard Guay
    Inscrit
    mercredi 16 avril 2008 23h22
    La conscience collective, mon oeil...
    Monsieur Fortin parlait dans son intervention de boycott.
    Ici à Jonquière, Wall Mart a fermé un magasin de façon unilatérale et sauvage. Je n'allais guère à ce magasin dans le passé. Depuis cette fermeture sauvage, je me fais un point d'honneur de ne pas acheter à cet endroit. Allez voir la succursale W.Mart de Chicoutimi. C'est plein à craquer.

    Rio Tinto Alcan vient d'annoncer une expansion à l'usine d'Alma. Si nous n'étions pas des peureux, nous exigerions qu'au moins 3% de toute la production locale du Saguenay, lac St-Jean soit transformée sur place et avec une échéance précise faute de quoi, il pourrait y avoir occupation des barrages par la population et fermeture de la "switch" de l'électricité qui nous appartient collectivement et qui ne sert qu'à notre esclavage collectif.

    Appliquer une telle mesure ne se fait pas avec des peureux.
    Lors de la vente de joyaux comme "Crocs", il pourrait y avoir des clauses spéciales qui verraient lever l'interdiction d'une reproduction du modèle initial,etc. etc.
    Ça prend un petit peu d'imagination lors de l'élaboration des contrats et un peu D'AGRESSIVITÉ ce que manifestement nous démontrons très peu.

    Cette mollesse, elle se mesure lors d'événements tragiques de ce genre. On le voit également avec nos forêts et bientôt notre eau. On le constate également lors des référendums sur l'avenir du pays...et on peut situer avec le doigt sur la carte où logent les peureux en majorité.

  • Jean-François Lessard
    Inscrit
    jeudi 17 avril 2008 02h51
    Fermeture Crocs : une solution « made in Québec »!
    Il y a deux ans j'étais en Espagne où ma colocataire française me disait que son professeur d'économie avait passé un cours entier à vanter les mérites du système coopératif à la québécoise.

    Les "actionnaires" qui ne sont en fait que les membres de l'entreprise, ne recherchent pas le profit avant tout : ils ne veulent que se payer un salaire et assurer la survie de leur entreprise. Les coopératives constituent donc un modèle d'entreprise qui fonctionne bien avec des besoins de revenus beaucoup moins grands. Il s'agit donc d'entreprises plus compétitives. Mais comment faire vendre les entreprises à leurs employés plutôt qu'à des investisseurs impersonnels obnubilés par le profit?

    En créant des programmes de rachat des entreprises par les employés! Une société de capital-risque subventionnée fourni les fonds à faible taux, il garanti le prêt et les employés remboursent sur 5, 15, 25 ou 50 ans à même les revenus de l'entreprise. Dans le cas où les employés ne peuvent rembourser, l'entreprise est saisie et vendue.

    Un ami qui est actionnaire d'une multinationale m'a dit qu'il ne croyait pas que des employés soient intéressés ou même capable de s'organiser pour réussir ce pari. Du moins, jusqu'à ce que je lui présente un article du Monde Diplomatique de décembre 2007 intitulé « Des travailleurs récupèrent leurs entreprises ». L'article explique qu'en Italie seulement, ce sont 59 entreprises qui ont été sauvegardées de la sorte par leurs employés. Les fonds pour racheter leurs entreprises ont été fournis par une société de capital-risque subventionnée mise sur pied en 1985 par la « loi Marcora ». Au bout de 10 ans, un tiers des 59 entreprises avait fermé, un tiers étaient toujours à rembourser leur dette et un tiers avait déjà remboursé leur dette. Et l'État avait dépensé 3 fois moins qu'à l'habitude pour préserver ces emplois. Et l'article cite des centaines d'exemples en Amérique latine, en Espagne ou en France.

    La solution au problème de nos fermetures d'entreprises, qui sont désormais légions, est tout aussi québécoise qu'italienne ou française! Il s'agit des coopératives. Pourquoi faut-il toujours que ce soient ailleurs qu'on les applique avec brio?

    Jean-François Lessard
    Montréal.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
9 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Dépêches
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012