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«Les régions doivent remettre en valeur leur patrimoine»

Martine Letarte   8 mars 2008  Emploi
Régulièrement, on entend parler de fermetures d'usines, de villages qui se vident, de fermes familiales qui disparaissent faute de relève. Bref, comme le dit Jacques Proulx, président de Solidarité rurale du Québec, «le statu quo n'est plus tenable et les populations rurales doivent se tenir debout et répliquer aux chambardements». Le coloré personnage appelle ni plus ni moins qu'à la révolution et il semble qu'il y ait plusieurs raisons de demeurer optimiste quant à l'avenir des villages, malgré les défis que pose la mondialisation.

Il semble que l'image généralement véhiculée de la mondialisation omette des éléments importants qui viennent tempérer la menace pour les pays développés. C'est du moins l'avis de Marcos Ancelovici, professeur au département de sociologie de l'université McGill, qui a participé à la 15e conférence nationale de Solidarité rurale du Québec, tenue la semaine dernière à Drummondville.

Le professeur partageait pour l'occasion les résultats d'une grande recherche qu'il a effectuée avec une équipe internationale dirigée par Suzanne Berger, du Massachusetts Institute of Technology (MIT), auprès de plus de 600 entreprises multinationales. Entre autres, le groupe de chercheurs s'est intéressé à l'industrie du textile.

«Pour bien des pays développés, cette industrie est archaïque et condamnée à disparaître en raison de la mondialisation et de la pression exercée par les pays émergents. Évidemment, on ne peut nier la réalité des bas salaires, mais si l'industrie du textile ne peut éviter de se transformer dans les pays développés, elle ne doit pas pour autant disparaître», croit M. Ancelovici.

Coûts de la délocalisation

D'après les résultats de la recherche, les villes et les villages du Québec qui accueillent des entreprises de l'industrie du textile ne devraient pas tenir pour acquise leur délocalisation imminente vers des pays émergents. Selon le professeur de McGill, il y a des coûts non anticipés à la délocalisation. «Une entreprise qui décide d'envoyer une partie de sa production dans un pays émergent devra assumer les coûts de l'infrastructure nécessaire à ses activités. Elle devra également composer avec les compétences limitées des travailleurs, la qualité variable de la production et le coût du déplacement des cadres nationaux. La compagnie devra aussi gérer les chaînes d'approvisionnement et parfois faire face à l'instabilité politique et à l'inflation. En somme, la valeur ajoutée par un travailleur américain moyen est de 28 fois supérieure à celle d'un travailleur chinois moyen en raison de toutes ces variables.»

Marcos Ancelovici affirme même qu'il arrive que des entreprises ayant installé une partie de leur production dans un pays émergent décident de revenir sur leur décision une fois confrontées à tous ces coûts non anticipés.

Malgré les Gap et Nike de ce monde, qui ne jurent que par la délocalisation, il existe aussi des Zara et American Apparel qui ont une tout autre stratégie pour s'imposer. «La compagnie American Apparel mise sur un enracinement local et une intégration verticale pour assurer son succès et ça fonctionne très bien. L'entreprise est "anti-sweatshop" et s'occupe elle-même de la confection des vêtements à Los Angeles et de la vente partout dans le monde. Leur force, c'est le temps de réaction très rapide dont ils jouissent grâce au fait qu'ils gèrent la production localement», explique le chercheur.

Ainsi, M. Ancelovici remarque qu'il n'y a pas une stratégie unique pour réussir et qu'aucun avantage n'est éternel. «D'ailleurs, la Chine investit beaucoup en éducation actuellement pour pouvoir de plus en plus compter sur de la main-d'oeuvre qualifiée, ce qui évidemment, se payera.»

Retenir les touristes

Un autre aspect qui peut être intéressant pour le monde rural, c'est l'importance désormais accordée au rôle de l'activité culturelle dans le développement économique d'une région.

«Pour garder ses jeunes, attirer de nouvelles familles et des touristes, les territoires ruraux doivent pouvoir compter sur un haut niveau d'activités culturelles. Les régions doivent remettre en valeur leur patrimoine pour attirer des gens et créer de l'emploi», croit pour sa part Xavier Greffe, professeur de science économique à l'université Paris 1-Panthéon-Sorbonne.

Toutefois, par la multitude des produits et services offerts, il semble qu'une métropole soit davantage en mesure de tirer profit d'une activité culturelle sur son territoire. «La difficulté, pour bien des villages, est de réussir à faire durer l'activité touristique. Si les gens viennent dans un village seulement pour un festival, on ne pourra pas investir dans la qualité des services offerts. Ça ne vaudra pas la peine. Par contre, si on réussit à attirer des touristes dans le village toute l'année et suffisamment longtemps, on aura les moyens d'augmenter la qualité des services offerts et ainsi, on créera de l'emploi durable», explique-t-il.

Un bon exemple est la petite ville de Cordoue, en Espagne. «On y retrouve la Grande Mosquée de Courdoue, qui attire chaque année de nombreux visiteurs. Il n'y a pas si longtemps, la ville s'est rendu compte que cet attrait lui coûtait plus cher que ce qu'il lui rapportait, car les touristes arrivaient en masse en autobus et repartaient aussitôt la visite terminée, laissant derrière eux une tonne de déchets à ramasser. La ville a finalement décidé de créer un parc hôtelier et un musée, bref, de tout mettre en oeuvre pour que les touristes y passent au moins une nuit, et ça a été un véritable succès», affirme-t-il.

Produits raffinés

Les milieux ruraux peuvent également compter sur leurs produits d'alimentation particuliers et raffinés pour revitaliser leur économie.

«Évidemment, en France comme au Québec, j'imagine, les régions rurales ne peuvent être concurrentielles par leurs bas prix, avec la mondialisation. Ce qu'il faut viser, c'est la spécificité du produit, sa grande qualité et le savoir-faire d'une région pour justifier un prix de vente plus élevé. Et ça fonctionne, que ce soit pour le vin ou pour le fromage», explique Xavier Greffe.

Une stratégie que plusieurs régions du Québec ont déjà bien comprise, si l'on se fie entre autres à l'industrie du fromage artisanal, qui est en pleine expansion dans la province, que ce soit au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou dans Charlevoix.

Collaboratrice du Devoir






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