jeudi 26 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h43


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Concentration des médias - Le village ne fait plus la « une »

Martine Letarte   25 septembre 2009 06h34  Emploi
En 1990, Radio-Canada a fait l’erreur historique, encore jamais corrigée, de fermer ses stations de télévision à Sept-Îles, Matane et Rimouski (photo).
En 1990, Radio-Canada a fait l’erreur historique, encore jamais corrigée, de fermer ses stations de télévision à Sept-Îles, Matane et Rimouski (photo).
Les gens des régions parlent souvent de «montréalisation» des médias et dénoncent le fait qu’ils se font casser les oreilles avec les bulletins de circulation des principaux axes routiers de la métropole. Pourtant, les régions peuvent compter sur des hebdos bourrés de nouvelles locales. Mais cette information est-elle de qualité? Et est-ce que les grands médias nationaux en font assez en dehors des grands centres? Différents experts ont eu un échange animé sur ces questions lors de la dernière journée de la 15e conférence nationale de Solidarité rurale.

Florian Sauvageau, professeur de communication à l’université Laval et directeur du Centre d’études sur les médias, est un fanatique d’information internationale. «En me levant, je fais le tour des manchettes et en quelques clics de souris, je sais tout des dernières péripéties de Nicolas Sarkozy et des émeutes au Kenya. Par contre, s’il y a eu des élections dans mon village la veille, ça me prend tout pour connaître les résultats. Il faut presque que j’attende que la mairie ouvre pour aller cogner à sa porte. C’est ça le paradoxe du grand chambardement. Le village n’est plus ce qu’il était, la proximité non plus. C’est le village global», explique-t-il.

Lors d’une tournée des régions pour savoir ce que les citoyens pensent de la qualité de l’information qu’ils reçoivent, Nathalie Verge, secrétaire générale du Conseil de presse du Québec, a constaté à peu près la même chose. «Pour les gens des régions, c’est difficile de créer des liens et d’avoir des projets communs parce qu’ils ne sont pas au courant de ce qui se passe dans les villes et les villages voisins», indique-t-elle.

Information et intérêts commerciaux
Pourtant, les régions ne manquent pas de journaux hebdomadaires. Ce secteur de l’information est fortement concentré entre les mains de deux grands propriétaires. «Transcontinental et Quebecor détiennent 60 % du tirage de tous les hebdos québécois», précise M. Sauvageau, qui a analysé le contenu de ces journaux avec le Centre d’études sur les médias entre 1992 et 2002.

On entend souvent que, pour faire des économies d’échelle, les grands propriétaires de médias diffusent le même contenu dans tous leurs journaux. Or, ce n’est pas ce que M. Sauvageau a découvert.
«Le contenu local n’a pas diminué dans les hebdos, il a même un peu augmenté. En fait, au-delà de 95 % du contenu des hebdos est local. Ce qui a changé, c’est la nature de l’information diffusée. La “corporatisation” des hebdos se traduit par la diffusion d’une information plus légère. Les nouvelles lourdes sur les affaires municipales, l’éducation et la santé se voient écartées pour laisser plus de place à la vie mondaine et culturelle. Les hebdos sont devenus davantage un produit commercial que citoyen», explique le chercheur.

Nathalie Verge a aussi remarqué cette tendance lors de sa tournée des régions. «Les gens se plaignent que les hebdos et la radio en région servent de moins en moins l’intérêt de la collectivité. Il y a de moins en moins de journalistes, alors bien souvent, soit on diffuse des communiqués sans traitement journalistique, soit on ne diffuse pas du tout l’information. Il y a de moins en moins de dossiers analysés en profondeur. Les gens déplorent aussi le manque de perspective régionale des journalistes, qui sont souvent formés à Montréal ou à Québec. Bref, les habitants des régions se plaignent d’une baisse de la qualité de l’information qu’ils reçoivent.»

Les grands médias en région
En Gaspésie, Gilles Gagné, journaliste pigiste pour différents journaux locaux et pour Le Soleil, se bat quotidiennement pour que les gens de sa région puissent compter sur une information de qualité. «Nous assistons à un lent effritement de l’information régionale chez les grands médias. D’abord, en 1990, Radio-Canada a fait l’erreur historique, encore jamais corrigée, de fermer ses stations de télévision à Sept-Îles, Matane et Rimouski. Télé-Québec a aussi mis fin à son émission quotidienne d’affaires publiques, Québec plein écran. Au Soleil, en 1995, la couverture régionale a été grandement réduite et depuis 2006, avec l’arrivée du tabloïd, il y en a encore moins», dénonce M. Gagné.

Pour celui qui est allé s’installer à Baie-des-Chaleurs en 1989, les médias publics devraient particulièrement faire un effort pour diffuser de l’information régionale parce que cela permettrait aux Québécois de voir la réalité vécue dans toutes les régions de la province. «Ça permettrait d’aplanir cette impression d’avoir deux Québec en un», croit-il.

Alain Saulnier, directeur général de l’information à Radio-Canada, est d’accord avec Gilles Gagné sur cette question. «Lorsque Radio-Canada a pris cette décision, en 1990, j’étais président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et j’avais dénoncé cette décision», rappelle-t-il.

M. Saulnier souligne d’ailleurs que le rapport du Comité permanent du patrimoine canadien sur l’avenir de Radio-Canada, rendu public dernièrement, recommande un plus grand financement étalé sur plus longtemps, ce qui assurerait une plus grande stabilité financière à la société d’État et lui permettrait entre autres de jouer un plus grand rôle en région. «Les recommandations du rapport sont très intéressantes et j’espère qu’elles auront des suites.»

L’épineuse question de la haute définition à la SRC
Les bons mots d’Alain Saulnier n’ont toutefois pas été suffisants pour calmer la grogne du monde rural quant au peu d’information locale de qualité qu’il reçoit. Ce qui semble avoir le plus dérangé les citoyens et experts réunis, c’est l’allusion au fait que, lorsque la société d’État prendra officiellement le grand virage de la haute définition (HD), les gens des régions devront probablement s’abonner au câble pour pouvoir capter le signal.

«C’est inadmissible d’envisager que Radio-Canada, qui est un service public, soit seulement diffusé sur le câble. Cela créerait deux classes de citoyens», dénonce Florian Sauvageau.

«C’est certain que, dans un monde idéal, tout le monde continuerait d’avoir accès à la télévision de Radio-Canada sans s’abonner au câble. Toutefois, avec le virage HD, ça coûterait vraiment très cher et actuellement, ce n’est pas prévu dans le budget. Mais le dossier de la HD est toujours en discussion. Aucune décision officielle n’a encore été prise», précise M. Saulnier.

Collaboratrice du Devoir
En 1990, Radio-Canada a fait l’erreur historique, encore jamais corrigée, de fermer ses stations de télévision à Sept-Îles, Matane et Rimouski (photo). Alain Saulnier, directeur général de l’information à Radio-Canada
 






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Marc Lavallée
    Inscrite
    samedi 8 mars 2008 13h10
    Et la télévision HD gratuite par voie hertzienne terreste ou satellite?
    « Il serait déplorable que Radio-Canada n'envisage pas d'offrir ses signaux de télévision au format HD par l'entremise d'antennes terrestres ou de satellites. Ces solutions sont déployées en Europe (pensons à Arte) et même aux États-Unis, ce paradis de la privatisation (d'où nous viendrait cette "obligation" de passer au numérique HD).

    Si Radio-Canada n'a pas encore les moyens de nous offrir ses contenus au format HD sans s'abonner à des services privés (comme c'est déjà le cas pour RDI), j'espère qu'elle aura la décence de continuer à diffuser ses signaux SD (de télévision analogique) à l'aide d'antennes. Radio-Canada a beau faire le jeu des télévisions privés et des grandes industries médiatiques, il reste que c'est un service *PUBLIC*.

    Si les régions sont délaissées dans le processus du passage au HD, j'espère qu'elles se tourneront vers des solutions de rechange, pour construire leurs propres "télévisions de proximité", à l'aide des technologies disponibles (incluant la télévision analogique et l'Internet). Parce que le contenant, quel qu'il soit, ne pourra jamais compenser pour un contenu inexistant...

    Et puis, faut-il insister, la télévision HD est une vaste arnaque. Nous n'avons pas vraiment besoin de télévision HD. Pour en "profiter", il faut avoir une télévision véritablement HD de dimension appréciable (au delà de 42"). Même avec une télévision véritablement HD, la perception humaine ne permet pas de saisir toute les subtilités du médium. C'est à ce point vrai que la plupart des télévisions abordables vendues aujourd'hui utilisent une technologie intermédiaire "HD ready" à demi-résolution, à peine meilleure qu'une télévision analogique, et personne ne crie au scandale; il faut savoir qu'une télévision LCD coûte moins cher à produire qu'une télévision à tube cathodique dont la production est terminée. Bref, on nous impose une techologie bon marché aux performances quelquonques juste pour nous habituer à l'idée du HD. La véritable "révolution de la résolution", si jamais elle arrive ici avant qu'on annonce la prochaine (la "Ultra High Definition Video"), se trouve du côté de la télévision SED. En attendant, ne jetez pas votre vieille télévision, elle est tout à fait adéquate. Investir dans une télévision, c'est jeter son fric pas la fenêtre.

    Et puis qu'est-ce que ça donne la télévision HD si l'ensemble des contenus proposées reste aussi médiocre?

    Quelques références:

    HDTV: What's wrong with this picture? :
    http://web.media.mit.edu/~nicholas/Wired/WIRED1-01.html

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Télévision_à_haute_définition

    La "bonne" télévision HD n'est pas encore sur le marché :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Surface-conduction_Electron-emitter_Display)

    L'obsolescence est déjà programmée:
    http://en.wikipedia.org/wiki/Ultra_High_Definition_Video »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
1 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009