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Villes et villages - Un paysage québécois éclaté

Pierre Vallée   8 mars 2008  Emploi
«Il n’y a pas de solution d’avenir en creusant et en perpétuant le statu quo», prévient l’ancien maire de Québec, Jean-Paul L’Allier.
Photo : Clément Allard
«Il n’y a pas de solution d’avenir en creusant et en perpétuant le statu quo», prévient l’ancien maire de Québec, Jean-Paul L’Allier.
Même si les enjeux des villes sont souvent différents de ceux des villages et des régions, il n'y a pas lieu de les opposer. C'est l'opinion que Jean-Paul L'Allier, l'ancien maire de Québec, a formulé lors de sa conférence prononcée au congrès de Solidarité rurale sur le thème «Villes et villages: un territoire en partage».

Jean-Paul L'Allier admet d'emblée que, le plus souvent, il y a opposition entre ville et village. «Tout est fait pour opposer les villes et les régions. La vision du territoire est sectorielle. Chaque ministère, chaque organisme a sa propre perception du territoire et il n'y a pas de vision d'ensemble qui pourrait réunir tous les intervenants.»

Cette vision fragmentée du territoire, qui ne date pas d'hier, a mené les planificateurs et les décideurs à commettre plusieurs erreurs par le passé en ce qui concerne le développement du territoire. M. L'Allier donne en exemple l'aéroport de Mirabel. «Non seulement on a trop exproprié, mais l'idée de relouer les terres inutilisées aux agriculteurs, c'était mal comprendre la façon de fonctionner des agriculteurs. Quel agriculteur va investir dans une terre qui n'est pas la sienne? De plus, on n'a jamais créé de lien rapide entre Mirabel et le centre-ville de Montréal. C'est une occasion ratée de créer un corridor entre une ville et la région qui l'entoure.»

Pistes de solution

Pour éviter pareille erreur à l'avenir, Jean-Paul L'Allier croit qu'il faut apprendre à faire autrement. Et qui dit faire autrement dit aussi penser autrement. «Il n'y a pas de solution d'avenir en creusant et en perpétuant le statu quo.»

D'abord, croit-il, il faut rejeter les plans d'ensemble et les solutions «mur à mur». «La première règle, c'est d'accepter le fait que les régions sont différentes. Ensuite, on ne peut pas transformer arbitrairement une région, peu importe l'opinion des experts. Il faut commencer par comprendre ce que les gens pensent de leur région, ce qu'ils désignent comme étant leurs possibilités, leurs défis. Les régions doivent développer les champs qui sont porteurs de leur avenir, et ce sont les gens des régions qui peuvent les définir. C'est ça la réalité.»

La deuxième règle, il la tient de ses aïeux. «On m'a toujours enseigné que la meilleure façon de réussir, c'est de faire plus ce qu'on sait faire de mieux. Cela peut s'appliquer à un individu, mais aussi à une région. Le développement d'une région doit reposer sur ce qu'elle fait de mieux.»

Il faut aussi, avance-t-il, mettre en place des moyens qui permettent aux divers intervenants de partager les risques et les efforts du développement, mais aussi les bénéfices. «Pourquoi investir dans le développement s'il n'y a pas de retombées pour les villes et les villages?»

Au banc des accusés, la fiscalité. «Toute la fiscalité des villes et des villages est basée sur la taxe foncière. D'une part, cette taxe n'est pas élastique et la capacité de payer des propriétaires a une limite. D'autre part, cela introduit une notion de concurrence entre les villes et les villages plutôt que de les inciter à travailler ensemble.»

Sans compter que les responsabilités des villes ont augmenté, drainant les ressources et en laissant moins pour des projets de développement. Ceux-ci deviennent encore moins attrayants s'il n'y a pas de retombées fiscales pour les villes et les villages qui les initient. «Par exemple, lorsque la Ville de Québec investit dans un événement comme le Festival d'été, il n'y a pas de retombées fiscales pour la municipalité. Ce sont les deux autres ordres de gouvernement qui récoltent les taxes.» Un meilleur partage de l'assiette fiscale agirait alors comme un stimulant au développement.

Développement bien adapté

Tout projet de développement doit être bien adapté à son milieu et ne pas répéter les erreurs du passé s'il veut réussir, à plus forte raison s'il s'agit d'un projet de revitalisation. La revitalisation du quartier Saint-Roch à Québec lui semble un bon exemple dont pourraient s'inspirer les villages et les régions, même s'il s'agit d'un projet en milieu urbain.

«À l'époque, la construction du mail recouvert avait pour but de contrer l'exode de la clientèle vers les centres commerciaux. Ça n'a pas fonctionné parce qu'on offrait ce qui se trouvait déjà en banlieue. C'est le contraire qu'il faut faire. Il faut offrir ce qu'on ne trouve pas ailleurs, ce qui est spécifique. Dans le cas de Saint-Roch, il s'agissait de défaire le mail et de recréer la ville là où autrefois il y en avait.» Idem donc pour les régions: offrir ce qu'on ne trouve pas en ville ou en banlieue.

Ensuite, Jean-Pierre L'Allier croit qu'il ne faut pas trop compter sur les victimes de la dégradation d'un milieu pour agir en tant que sauveurs. «En général, les victimes auront tendance à être pessimistes et auront de la difficulté à croire que le projet pourra réussir. Ils vous diront que ce n'est pas possible. Par contre, ceux qui n'en savent rien auront tendance à y croire et à agir en conséquence.»

Tendre la main

Plutôt que de cultiver l'opposition entre les villes et les villages, il faut chercher à développer la complémentarité. «Tout ce qui nous divise nous fragilise. Il faut d'abord changer les attitudes. Et plutôt que parler, il faut écouter. Une meilleure compréhension de l'un et de l'autre permet d'éliminer les préjugés.»

Ensuite, les villes-centres ont un rôle à assumer. «Les villes-centres doivent évidemment desservir leurs citoyens. Mais comme elles sont au centre, elles sont là aussi pour desservir ce qui est autour. Il faut donc tendre la main.» Et la collaboration peut se faire à petite échelle. «À Québec, nous avons signé une entente avec le village Les Bergeronnes. Le maire Francis Bouchard m'avait expliqué que son budget ne lui permettait pas d'obtenir les conseils de certains experts dont il avait besoin. Cette entente lui a permis, par exemple, de mieux former ses pompiers volontaires. Et comme ceci s'est réalisé de façon bénévole, le contribuable de Québec n'a pas été sollicité.»

Selon Jean-Paul L'Allier, ce type d'entente, tout comme la présence de marchés publics urbains, est une façon simple et peu coûteuse de tisser des liens et d'ouvrir des voies de circulation entre la ville et la région.

Collaborateur du Devoir






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