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Développement local - Montmagny a survécu aux fermetures d'usines

Les régions doivent stimuler l'entreprenariat

Martine Letarte   8 mars 2008  Emploi
Confrontées à la fermeture d'usines en raison de la concurrence des pays émergents, que doivent faire les différentes régions du Québec? Les habitants doivent-ils se résigner à aller trouver du travail dans la métropole? Doivent-ils voir la délocalisation comme une fatalité? Pas du tout, croient différents acteurs régionaux du milieu des affaires. Les gens doivent plutôt exploiter leurs bonnes idées en démarrant leur entreprise. Et bien sûr, leur collectivité doit les appuyer.

L'entrepreneurship est une solution pour le développement des régions, selon Nathaly Riverin, chercheuse à la Fondation de l'entrepreneurship. «L'OCDE a fait une étude pour déterminer les facteurs de croissance du développement. Le premier est l'innovation; ensuite, la présence de travailleurs qualifiés, l'entrepreneurship et, finalement, la cohésion sociale. Et il est évident que l'innovation sans entrepreneurship est insuffisante pour amener le développement local.»

La chercheuse a aussi remarqué que les entrepreneurs locaux apportent beaucoup à leur village. «En plus de créer de l'emploi, ils sont très fidèles à leur milieu. Ils créent de la richesse sur leur territoire et très souvent, l'argent reste en région, puisque c'est là qu'ils consomment et réinvestissent. Enfin, les entrepreneurs sont souvent très proches de leur collectivité et peuvent être de bons modèles pour les jeunes et ainsi, freiner l'exode.»

Bâtir une ville d'entrepreneurs

Il y a six mois, la chercheuse a décidé de lancer un projet à Rivière-du-Loup pour en faire une ville d'entrepreneurs. «Nous avons réuni des directeurs d'école primaire ainsi que tout le milieu socioéconomique de la région et nous avons décidé d'essayer de saisir toutes les occasions d'affaires. De plus, nous avons tenté de stimuler la culture entrepreneuriale», affirme Mme Riverin.

En discutant avec les citoyens réunis, la chercheuse s'est aperçue que les jeunes n'avaient pas de modèles d'entrepreneurship local. «Pour eux, une entreprise, c'était McDonald's ou Burger King. Ils n'étaient pas du tout connectés sur ce qui se faisait localement. Évidemment, ce n'était pas très bon pour générer des entrepreneurs.»

Rapidement, en faisant quelques appels, un parrainage s'est établi entre des entrepreneurs locaux et des écoles. «Les gens d'affaires sont allés faire plusieurs visites dans des écoles pour parler de leur expérience et répondre aux questions des jeunes. Cette initiative n'a pas coûté un sou et a grandement stimulé l'esprit entrepreneurial chez les jeunes, en plus d'être un bon signe de reconnaissance de la collectivité envers ses entrepreneurs locaux», ajoute Mme Riverin.

La reconnaissance semble effectivement être un élément très important pour les entrepreneurs en milieu rural et pourtant, elle n'est pas toujours au rendez-vous. «Des fois, ce serait apprécié d'avoir juste une petite tape dans le dos, des mots d'encouragement et des gens qui viennent nous dire qu'ils sont derrière nous et que si on a besoin de quelque chose, ils sont là», affirme le directeur de Kisis Technologie, une entreprise spécialisée en thermotransformation du bois basée au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Une claque dans la face

Ce manque de reconnaissance, le Centre local de développement (CLD) Montmagny l'a remarqué et a décidé de tout faire pour que désormais, sur son territoire, les entrepreneurs soient encouragés, soutenus, reconnus et célébrés. Ce virage, emprunté il y a déjà quelques années, n'est pas arrivé par hasard.

«La région de Montmagny a vécu depuis quatre ans une suite de fermetures d'usines importantes, à commencer par Whirlpool, en 2004, suivie de trois autres compagnies de textile. Au total, 850 emplois du secteur manufacturier ont été perdus dans la région de Montmagny. Ce fut une vraie claque dans la face», témoigne Nathalie Cloutier, directrice générale du CLD Montmagny.

Dès la première fermeture, les citoyens de la région ont décidé de ne pas se laisser abattre et de relever leurs manches pour développer leur territoire en fonction de trois clientèles: les entrepreneurs, les travailleurs et les résidants, «puisqu'il faut bien qu'il y ait une vie dans la ville après 17h», ajoute Mme Cloutier.

Ensuite, le CLD s'est lancé dans une grande campagne de mobilisation. «Toute la population devait mettre la main à la pâte pour susciter l'entreprenariat. Nous avons mobilisé les élus, la communauté d'affaires et Monsieur et Madame Tout-le-monde. Nous sommes allés visiter des villes où l'entreprenariat est fort pour voir ce qu'elles faisaient pour le soutenir et nous avons établi un plan de match. Nous avons donc offert différents incitatifs pour attirer les gens d'affaires et susciter l'entreprenariat auprès des gens de la région. Nous avons mis sur pied des projets et nous sommes allés chercher les gens pour les réaliser», affirme Nathalie Cloutier.

Déjà, des résultats

Ce travail acharné a porté ses fruits rapidement. À peine un an après la fermeture de Whirlpool, les Presses du Fleuve, un nouvel imprimeur indépendant, a vu le jour dans une partie de l'ancienne usine de cuisinières électriques, ce qui est hautement symbolique pour la population. Dernièrement, le CLD a concentré ses énergies pour attirer l'entreprise pharmaceutique PureCell, qui a finalement choisi d'installer son usine à Montmagny.

Les secteurs privé et public mettent également tout en oeuvre pour intéresser les gens à venir s'installer dans la région en améliorant la qualité de vie. «Entre autres, nous organisons les loisirs entre différentes municipalités. Nous sommes en train de construire un grand terrain de soccer-football avec l'aide du gouvernement du Québec et du secteur privé, qui a fourni une grosse somme. Nous voyons vraiment un engagement collectif dans les projets que nous démarrons et c'est ce qui en explique certainement la réussite», explique Nathalie Cloutier.

Enfin, pour célébrer les succès de la région et éviter que les médias parlent seulement des mauvaises nouvelles, le CLD Montmagny a fondé l'organisme Communications régionales Montmagny, qui a pour mandat de faire en sorte qu'un maximum de nouvelles positives sortent de la région. «Nous n'avons pas peur de le dire, nous faisons de l'automarketing, ajoute-t-elle. Nous avons des succès locaux, nous les célébrons et nous faisons en sorte qu'ils rayonnent à l'échelle nationale.»

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  • Eric Barnabé
    Inscrit
    samedi 8 mars 2008 07h18
    Et ça ne prend qu'un entrepreneur pour tirer une région
    Rimouski est l'exemple parfait. Jules-A.-Brillant a fondé Québec Téléphone, la télé locale et bien d'autres entreprises dans la région. 40 ans plus tard, la région de Rimouki est devenu le pôle d'attraction de la région grâce aux sièges sociaux qu'il a améné.

    Bonbardier à Valcourt, Ford à St-Raymond, les Dutil, Pommerleau et autres en Beauce en sont aussi de bons exemples. Lorsqu'une entreprise se développe régionalement, c'est presque toujours le fait d'un entrepreneur local qui garde son entreprise chez lui.

    Eric Barnabé

  • Jerome Letnu
    Inscrit
    samedi 8 mars 2008 14h34
    Délocalisation, une fatalité ?
    -- Confrontées à la fermeture d'usines en raison de la concurrence des pays émergents, ... Les habitants doivent-ils se résigner à aller trouver du travail dans la métropole? Doivent-ils voir la délocalisation comme une fatalité? --


    Que restera-t-il des combats pour des conditions de travail décentes, livrés par les travailleurs Québecois du milieu du 20ième siècle, si, deux générations plus tard, les patrons transfèrent la productions dans des régions du monde où les conditions de travails sont prochent de l'esclavage ?

    Certains états ayant adoptés des mesures de protections environementales sont préoccuppées par l'impacts de ces dernières sur la capacité concurentielles des entreprise établies sur leur territoire, et songent à taxer la pollution qui se cachent derrière les produits qu'elles importent. La logique sous jascente à cette politique est simple: si on ne veut plus polluer chez nous, on ne déménagera pas cette pollution ailleurs tout en fermant nos entreprises pour développer celle des pays étrangers.

    Quand les ouvriers d'ici auront fini de dormir sur l'héritage de leurs grands parents, peut-être feront-ils pression sur leur gouvernement afin que celui-ci taxe l'esclavage qui se cache derrière beaucoup de produits importés. La logique sous jascente à cette politique serait tout aussi valable que celle évoquée précédemment: si on n'exploite plus odieusement les travailleurs d'ici comme on le faisait autrefois, on ne devrait pas retourner à nos anciennes pratiques par le biais de filiales ou de sous-traitant étrangers, tout en fermant nos entreprises pour encourager celles des pays où on est assassiné pour activité syndicale.

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