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    Hommage à Léonard Otis - L'homme de la forêt

    8 mars 2008 |Pierre Vallée | Emploi
    La formule de la ferme forestière n’a pas été inventée par Léonard Otis, bien qu’il demeure son plus ardent promoteur. Photo: Solidarité rurale
    Photo: La formule de la ferme forestière n’a pas été inventée par Léonard Otis, bien qu’il demeure son plus ardent promoteur. Photo: Solidarité rurale
    Trop peu de Québécois connaissent Léonard Otis. L'hommage que Solidarité rurale vient de lui rendre lors de sa 15e conférence nationale est plus que mérité. Vert comme un if, Léonard Otis, à 84 ans, demeure un infatigable promoteur d'une forêt saine, mais aussi nourricière.

    Né sur une ferme à Saint-Damase-de-la-Matépédia, Léonard Otis s'intéresse tôt à la forêt. Jeune homme, il exercera pendant plusieurs hivers le métier de travailleur forestier, notamment en Abitibi et sur la Côte-Nord. «Mais j'étais malheureux. J'aimais la forêt et je voyais bien que la manière de l'exploiter la détruisait. La forêt doit être au service des hommes et non du capital.»

    À 26 ans, il rachète la ferme familiale et rentre au bercail. Il s'engage aussitôt dans les organismes régionaux et assume des postes de direction. C'est à cette époque qu'il commence à acheter ses premiers terrains boisés, convaincu qu'il est possible d'exploiter sainement une forêt. Il fonde en 1958 le Syndicat des producteurs de bois du Bas-Saint-Laurent.

    Dans les années 1970, le gouvernement du Québec envisage sérieusement de fermer les villages du Bas-Saint-Laurent. Évidemment, Léonard Otis s'y oppose farouchement. «L'idée était de raser les villages, de reboiser et ensuite de concéder la forêt aux grandes entreprises forestières.» Pour contrer cette vision de la forêt, Léonard Otis propose la formule de la ferme forestière. «On a réussi à sauver les villages, mais pas à vendre la formule de la ferme forestière.» À la suite de ces événements, Léonard Otis vend la ferme familiale à sa fille et se concentre sur sa ferme forestière, faisant le pari que l'on peut en vivre. Pari réussi, car sa ferme forestière l'a nourri et le nourrit encore.

    Ferme forestière

    La formule de la ferme forestière n'a pas été inventée par Léonard Otis, bien qu'il demeure son plus ardent promoteur. D'autres avant lui en avaient parlé, comme Esdras Minville dans les années 1930. «Minville disait que le bûcheron plante sa tente là où on a besoin de lui. Et il la replantera ailleurs s'il n'y a plus de travail. Ce ne sont pas des gens fixés au sol. C'est tout le contraire avec une ferme forestière dont on est le propriétaire. Oui, on voudra l'exploiter pour en tirer un salaire. Mais cette forêt est aussi un actif que l'on voudra exploiter de façon à créer une plus-value.»

    L'exploitation d'une ferme forestière ne ressemble en rien à l'exploitation forestière traditionnelle. Et cela ne s'apparente pas non plus à la sylviculture puisqu'il n'est pas nécessaire d'ensemencer. Au fond, on prélève de la forêt ce qu'elle nous donne naturellement. «D'une part, on récolte tout le bois perdu, comme les arbres déracinés et les branches brisées par le vent. On ne fait pas de coupe à blanc, mais plutôt une coupe de jardinage. On élimine les arbres moins intéressants et on abat seulement ceux qui sont vraiment arrivés à maturité. Et l'on conserve les plus beaux sujets. Ce sont eux l'avenir de la forêt, ce sont eux qui ensemenceront.»

    Ce type d'exploitation forestière peut-elle fournir suffisamment de volume de bois pour être rentable? «Sur une période de 60 ans, on peut récolter trois fois le volume de bois qu'on fait maintenant avec l'exploitation industrielle.» Le principe pourtant est simple. La coupe à blanc d'une forêt donne immédiatement un imposant volume de bois, mais cette forêt mettra 60 ans à se régénérer et ne fournira rien pendant cette période. Au contraire, la ferme forestière fournit tous les ans.

    Sans compter que la manière d'exploiter une ferme forestière favorise la faune, ce qui rend possible d'y tenir des activités de chasse et de pêche, une autre source de revenus pour le propriétaire. Ce dernier peut aussi exploiter une érablière, par exemple.

    Situation au Québec

    Au Québec, la forêt est majoritairement publique, c'est-à-dire qu'elle appartient aux citoyens; c'est donc le gouvernement qui en assume la gestion. Cette dernière consiste principalement à concéder des droits de coupe aux entreprises forestières. Seulement 14,5 % de la forêt québécoise appartient à des propriétaires privés.

    Ce type de gestion est-il efficace? «Ça fait 100 ans que ce système est en place et on passe d'une crise forestière à une autre. Et ça se fait toujours sur le dos des travailleurs et des collectivités, comme c'est le cas présentement. Il est peut-être temps de comprendre que ça ne marche pas.»

    Pourrait-on faire mieux alors? Pour nous en convaincre, Léonard Otis suggère de jeter un regard sur ce qui se fait en Finlande. «La Finlande a un territoire trois fois plus petit que le Québec et l'on y produit trois fois plus de bois. Et le bois est payé deux fois plus cher qu'ici. Si c'est possible en Finlande, pourquoi ça ne le serait pas au Québec?»

    Mais la gestion finlandaise de la forêt est à l'opposé de la gestion québécoise. En Finlande, 72 % de la forêt est privée et elle appartient majoritairement à de petits propriétaires, dont 50 % sont aussi des cultivateurs. Quatre-vingt pour cent de la coupe provient de la forêt privée et des petits propriétaires en Finlande, tandis qu'au Québec, ils ne comptent que pour 24 % de la coupe.

    «Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement s'entête à ne pas céder la forêt publique à de petits producteurs.» Ces derniers pourraient ensuite l'exploiter selon la formule de la ferme forestière, dont la rentabilité et la productivité ne sont plus à démontrer. De plus, l'implantation de ces fermes forestières pourrait revitaliser les régions. «C'est l'avenir de nos petites paroisses, et cela pourrait empêcher nos jeunes de partir. Plusieurs sont intéressés par la forêt, mais ils ne veulent plus seulement être des travailleurs. Avec la ferme forestière, ils deviennent propriétaires et quand on est propriétaire, on est fier et on investit dans son avenir.» De plus, une masse critique de fermes forestières dans une région assurerait un volume de bois suffisant pour attirer des transformateurs.

    «Je ne sais plus quel argument

    invoquer pour convaincre le gouvernement, mais ça m'apparaît évident que c'est une solution que l'on doit mettre en pratique. Nous sommes à l'époque du développement durable et la ferme forestière est un exemple parfait de développement durable. Je crois que seule l'opinion publique fera bouger le gouvernement et c'est pourquoi je continue à en parler.» On peut en apprendre davantage en consultant le livre de Léonard Otis, intitulé Une forêt pour vivre, publié aux Éditions de la Pleine Lune.

    Collaborateur du Devoir












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