mercredi 25 novembre 2009 Dernière mise à jour 00h11


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Paysages en transformation

Normand Thériault   8 mars 2008  Emploi
Des quotas de lait? Une protection accrue pour l'industrie porcine? Nenni. Quand Solidarité rurale tient conférence, c'est pour redéfinir le monde rural en s'appuyant sur des acquis, certes, mais surtout en proposant des solutions qui le maintiendront viable tout en étant un modèle de développement réussi. Le monde rural doit demeurer un acquis fort pour le Québec.

Ils étaient des centaines à se rendre à Drummondville pour la 15e conférence nationale de Solidarité rurale. La semaine dernière, du mercredi au vendredi, ils s'étaient donc rassemblés sous une bannière audacieuse: «Chambardement global: la réplique du monde rural».

Et ils n'étaient pas là pour faire la seule défense des acquis, mais plutôt pour informer que, dans un monde en transformation, la tentation de simplement s'opposer à tout ce qui n'était pas là hier encore doit faire place à d'autres mesures, imposées par la nécessité de devoir innover. Ils seront donc, ces campagnards et villageois, des acteurs de changement et non des défenseurs des mesures conservatrices.

En ouverture, Jacques Proulx, le président de Solidarité rurale du Québec, avait d'ailleurs nettement désigné le défi auquel sont confrontés ces citoyens du Québec: «Le statu quo n'est plus tenable et les ruraux doivent se tenir debout et répliquer aux chambardements.»

Ressources

Il existe un monde rural qui, dès que l'on quitte la plaine du Saint-Laurent, ne vit pas des revenus générés par le seul élevage ou l'exploitation agricole classique, là où culture et fourrage sont des soutiens pour une industrie qui fonctionnerait à grande échelle. En fait, qui se promène au Québec constate que si les terres défrichées au temps de la «colonisation» sont toujours là, elles ne sont plus utilisées aujourd'hui comme au temps de leur vocation première: combien de villages survivent maintenant sans compter un seul cultivateur sur leur territoire?

Et pourtant, cet espace, ces lieux hors des centres urbains, ont plus d'une ressource et affichent plus d'un attrait: combien de citadins n'aimeraient-ils point que la porte de leur maison s'ouvre sur des espaces verts, des paysages vallonnés et de l'eau qui forme lacs et rivières? Toutefois, on ne peut pas vivre en étant nourri et vêtu par la seule beauté du paysage.

Mais cet héritage, reçu d'un passé pionnier, doit aussi être conservé et non simplement exploité. Pour Solidarité rurale, le discours économique, celui qui ne voit les choses que sous le seul angle de la rentabilité et du profit, ne tient plus compte d'un monde où le respect, tant de la nature que de ceux et celles qui l'habitent, et l'obligation d'exploiter de façon «écologique» les ressources imposent de nouvelles attitudes.

Forêt et agriculture

À Drummondville, on rendait hommage à deux pionniers qui ont ouvert la voie vers un développement durable. Que l'un ait eu à coeur l'avenir de la forêt pendant que l'autre oeuvre toujours dans les champs de l'agriculture, cela ne tient pas du hasard: le Québec ne vit-il pas au rythme de deux récents rapports, l'un s'adressant à l'industrie forestière et l'autre au monde agricole? (Ajoutons à cela un autre rapport, celui sur la santé, et on trace le paysage des préoccupations du Québec.)

Léonard Otis est l'homme qui soutient une formule d'exploitation: la ferme forestière. Jeune, il fut travailleur forestier: «J'aimais la forêt et je voyais bien que la manière de l'exploiter la détruisait.» Aujourd'hui, il s'oppose au modèle toujours en place, celui qui prévaut dans l'exploitation forestière et que les mots «coupe à blanc» souvent désignent. Pourtant, lui qui voit la forêt comme une ressource que l'on cultive, qu'on entretient, prêche donc pour la conservation, la «bonne»: «Ça fait 100 ans que le système [actuel] est en place et on passe d'une crise forestière à une autre. Et ça se fait toujours sur le dos des travailleurs et des collectivités, comme c'est le cas présentement. Il est peut-être temps de comprendre que ça ne marche pas.»

Quant à Henri-Paul Proulx, cet ancien président de l'UPA, devenu plus tard le président fondateur de cette Solidarité rurale, il est un homme qui s'est réjoui un jour de pouvoir opérer un retour à la terre, dans une ferme, fut-elle modeste. Il est toutefois un homme d'ouverture. Pour lui, le développement de la campagne ne doit ainsi pas être sacrifié sous prétexte de satisfaire les seuls besoins agricoles. Il devrait être donc admis par tous, exploitants, décideurs, utilisateurs ou résidants, que «le développement du monde rural ne peut pas reposer seulement sur l'agriculture et sur des questions économiques. Il faut aussi considérer les éléments sociaux et culturels, regarder les retombées des actions sur le monde rural dans sa globalité et sur ses collectivités.»

Un monde en complémentarité

Il existe ainsi une nouvelle approche dans le monde rural. On peut dénoncer la mondialisation, elle qui entraîne la fermeture de petites usines: mais elle est toujours là. On peut regretter le temps d'une relative abondance: il faut cependant survivre. Et dans ce coin d'Amérique qu'est le Québec, il faut aussi unir les forces. On devrait donc mettre un terme aux luttes «fratricides», celles qui opposent le monde rural à celui des villes, ou encore les régions aux grands centres urbains. La complémentarité s'impose. Aux villages, aux régions, aux villes, un même défi: inventer et développer ce qui est particulier à chaque lieu, à chaque ensemble.

Et il faut donc cesser de toujours s'en remettre aux solutions faciles, qui consistent souvent à «crier» pour obtenir des autres de quoi satisfaire un besoin immédiat: ce qui se passe avec Alcoa à Baie-Comeau, où l'on crée quelques emplois au détriment de la richesse collective, n'est pas le seul modèle. L'innovation s'impose. L'invention aussi.

À Drummondville, Solidarité rurale a démontré qu'au Québec se trouvent des acteurs qui, au temps du «chambardement global», osent prendre position et proposer des actions pour un Québec qui soit à la fois vert et prospère. Le vrai bien-être social ne serait donc pas assuré par une simple allocation des ressources, faite au profit de la seule répétition de formules qui, au contraire, ne garantissent pas que richesse, renouvellement et entretien de celles-ci vont de pair.

Il y a de l'espoir dans nos campagnes.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Renaud Blais
    Inscrit
    dimanche 9 mars 2008 11h21
    Dépasser l'économisme
    « Je retiens du texte précédent cette phrase: "Pour Solidarité rurale, le discours économique, celui qui ne voit les choses que sous le seul angle de la rentabilité et du profit, ne tient plus compte d'un monde où le respect, tant de la nature que de ceux et celles qui l'habitent, et l'obligation d'exploiter de façon «écologique» les ressources imposent de nouvelles attitudes."

    Il y a là une remise en question fondamentale de notre société dominée par les tenants du profit à tous prix. Ce point de vue qui place le profit au dessus des considérations humaine et écologique tellement dérangeantes. De plus, ce discours dominant, de plus en plus solidement questionné, nous sert sont "développement durable". Justement la définition de cette expression a été complètement revue par les tenants du profit à tous prix. Quand on revendique un développement durable il est question de la durabilité du développement, foutaise. Ce qui doit être durable ce n'est pas le développement mais l'écosystème qui lui est essentiel à la vie humaine, ceci contrairement au développement qui lui n'est pas essentiel à la survie de l'humanité.

    Goerges orwell dans son roman "1984" parlait de novlangue pour qualifier la langue "revue et corrigée" par les dominants. Je crois qu'il faudrait utiliser ce terme pour qualifier la langue des dominants de ce XXIe siècle qui nous imposent leur point de vue en dominant TRÈS LARGEMENT TOUT CE QUI SE DIT DANS LES GRANDS MÉDIAS, privés autant que publics.

    Pour illustrer et vérifier mon point de vue, prenez le temps de mesurer la considération qu'obtient une déclaration de l'Institut économique de Montréal par rapport à une déclaration du FRAPPRU, par exemple.
    Renaud Blais
    Altermondialiste, pour l'espoir »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
1 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009