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Travailleurs, au château!

L'occasion d'une vision d'ensemble se fait rare au sein du «village global»

Normand Thériault   23 février 2008  Emploi
Les dernières décennies ont vu se mettre en place un monde où les communications triomphent. Pourtant, dans le monde du travail, jamais il n'a été autant possible d'oeuvrer sans avoir jamais à se déplacer. Petit guide pour faire disparaître les contradictions internes de l'économie de marché.

La réalité est devenue virtuelle. Dans le monde des communications (surtout dans le monde des communications), il est devenu possible de travailler toute une vie sans qu'il y ait nécessité d'un contact en direct. Par téléphone (et encore!), en recourant au courriel surtout, s'opèrent échanges d'informations et de produits finis sans jamais rencontrer personne, ou presque. Quant aux outils annexes de production, ils n'existent souvent que par le seul mode conceptuel.

Ainsi, rares sont les joyeux travailleurs de ce journal qui savent de quoi ont l'air les presses et autres instruments qui chaque jour assurent que Le Devoir transforme en papier ces pixels qui s'accumulent sur les écrans cathodiques (à moins qu'ils ne soient à cristaux liquides, voire en plasma)? En fait, à l'exception de quelques responsables de la production, il faudrait donner à tous les autres une carte «google» pour qu'ils puissent se rendre sur le site de l'imprimerie. Loin est donc le temps où les édifices étaient ébranlés par les rotatives.

Et il en est de même en tous les secteurs. Qui connaît aujourd'hui son gérant de caisse populaire? Qui peut mettre un visage sur ces personnes qui continuellement le sollicitent par téléphone et autres voies électroniques?

En fait, le vendeur de brosses Fuller et les madames Avon de ce monde semblent avoir disparu, relégués dans le cyberespace. Dans plus d'une situation, qui a un achat à faire, avant même d'envisager une visite de boutiques ou de grandes surfaces, regarde sur quelques sites de la Toile pour voir s'il n'est pas possible d'obtenir, souvent à meilleur prix, l'objet ou le service qu'il désire. Et il en va de même pour la facturation car, par souci dit environnemental (dont la première conséquence est en fait une diminution des coûts), un grand nombre d'entreprises préfèrent le document électronique à la version papier. Et ne serait-ce du fait que les objets, eux, demeurent toujours tridimensionnels, les compagnies de messagerie n'auraient plus qu'à prévoir de devoir bientôt mettre la clé sous la porte.

«En vrai»

Marshall McLuhan avait utilisé une belle expression pour décrire la réalité qui est devenue nôtre il y a maintenant 40 ans: le «village global». Mais que ce village est dépeuplé, au même moment où par tous les canaux le monde s'infiltre dans les demeures et les divers secteurs d'activité! La mondialisation amène même une transformation du paysage économique lorsque les entreprises sont relocalisées en des pays lointains, les compagnies préférant le profit immédiat et une politique de rabais en rafale, et ce, au détriment de la richesse collective locale.

On présente même comme étant un progrès le fait que des travailleurs et travailleuses n'aient plus, pour plus d'un et d'une d'entre eux, à quitter leur demeure pour remplir une fonction rémunérée. Le pouvoir décisionnel se retrouve ainsi entre les mains d'une élite, qu'elle soit financière ou politique.

Pourtant, qui tient commerce ou oeuvre dans le vaste monde des relations, là encore souvent d'affaires mais aussi humaines, sait combien il est utile de voir («en vrai», comme dirait un enfant pour distinguer le dessin animé du film traditionnel) la personne avec qui on échange, souvent sur une base quotidienne.

Avec luxe et confort

Ce n'est donc pas par hasard qu'épisodiquement les tenants d'un domaine, qu'ils soient spécialistes ou acteurs, convoquent une grande rencontre. Ainsi, l'année dernière, ce sont 18 000 personnes qui se sont déplacées vers Montréal à l'occasion du congrès international des Lions. Plus simplement, en région, il est habituel de voir à Saint-Hyacinthe les délégués syndicaux se rassembler pour débattre de leurs conditions de travail. Et la semaine prochaine, Solidarité rurale donne rendez-vous à son petit monde à Drummondville.

Souvent même, l'aventure tourne au grand luxe. Qui n'est pas heureux de séjourner dans un château, que ce soit à Québec, Ottawa ou Montebello? Qui ne profite pas avec plaisir des montagnes quand son entreprise ou son organisme décide de faire le point à proximité des pistes de ski?

Et les régions qui les accueillent de comptabiliser les profits engrangés pour ces «nuitées» hautement rentables. Car, en congrès, ce n'est pas que le gîte qui est à la clé, mais aussi le couvert, et plus d'une activité connexe. Pour les obligés du «neuf à cinq», c'est donc l'envers de la routine, le temps étant consacré aux échanges, et non à la seule opération de la tâche journalière. Il y a là de quoi améliorer la qualité du travail.

Aussi, où que vous soyez, demandez de vivre en direct. Osez le tour du Québec. En fait, il est tout à fait acceptable, même dans un monde de profit et de libre entreprise, aussi néolibéral que puisse être le contexte, de répandre un slogan qui proposerait que les travailleurs de tous les secteurs aient accès à une vie de château! Et bienvenue alors dans le monde des congrès.
 
 
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