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Sans travailleurs, comment faire rouler l'économie?

Éric Desrosiers   1 décembre 2007  Emploi
Photo : Agence Reuters
Le problème de la pénurie de main-d'oeuvre pourrait devenir le principal frein au développement économique du Québec. Certaines entreprises et quelques régions en subissent déjà les effets, et la situation ne fera que s'aggraver à mesure que les baby-boomers prendront leur retraite. Les principales pistes de solution sont connues mais n'auront rien de magique. Bref, aussi bien s'y faire tout de suite: les 25 prochaines années risquent d'être un long moment difficile à passer.

«On avait l'habitude de se demander comment on ferait pour créer des emplois. Il faudra dorénavant se demander comment on arrivera à les combler», a résumé en entrevue le ministre québécois de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MESS), Sam Hamad. «C'est un défi majeur parce que si les entreprises ne trouvent pas la main-d'oeuvre dont elles ont besoin, elles finiront par perdre des contrats et les investisseurs iront ailleurs.»

Selon les projections de son ministère, la population du Québec en âge de travailler (de 15 à 64 ans) croîtra de moins en moins vite au cours des dix prochaines années et amorcera un déclin à partir de 2016. La raison de cela est évidemment l'arrivée à l'âge de la retraite de l'imposante cohorte des baby-boomers. Ce choc démographique se produira aussi ailleurs, mais rarement de façon aussi prononcée qu'au Québec, répètent les experts depuis des années.

Le bon côté des choses, c'est que le taux de chômage, à 7 % en ce moment, continuera sans doute de baisser et que les employeurs devront améliorer les salaires et les conditions de travail pour espérer attirer et retenir les travailleurs. Mais cela n'y changera rien, comme le montre l'Alberta à l'heure actuelle, aux prises avec une pénurie de travailleurs à cause du boum pétrolier. «Des restaurants McDonald's sont obligés de fermer le soir parce qu'ils ne trouvent personne pour tourner des boulettes à 15 $ de l'heure», raconte André Grenier, économiste et coordonnateur d'une équipe d'analyse du marché du travail au MESS.

L'augmentation des coûts de main-d'oeuvre encouragera aussi les entreprises à investir dans de nouveaux équipements et dans la formation du personnel afin d'accroître leur productivité. Mais là encore, il n'y aura pas de miracle, pense André Grenier. «Vous pouvez remplacer une partie de vos employés par des machines, mais les machines ne peuvent pas tout faire.»

Au total, on estime que les effets de la démographie sur la quantité de main-d'oeuvre disponible feront passer le potentiel de croissance économique du Québec d'environ 2,4 % par année aujourd'hui à seulement 1,5 % en 2030, affirme le Conference Board du Canada. «La situation sera encore pire si on ne fait pas de progrès avec les facteurs fondamentaux que sont l'investissement en capital et la productivité», note Marie-Christine Bernard, directrice associée aux prévisions provinciales pour le MESS.

Mauvais pour la santé

Toutes les régions du Québec ne sont pas frappées de la même façon. Tous les secteurs économiques non plus. Un des secteurs les plus affectés risque d'être celui de la santé et des services sociaux, déjà aux prises avec une pénurie de main-d'oeuvre. «Je crains que cela soit le cas le plus critique parce que pour le reste, à la limite, l'économie et la population peuvent toujours s'adapter, dit André Grenier. Mais ce n'est pas vrai que tout le monde voudra aller dans ce domaine, où on travaille les nuits et les fins de semaine dans des conditions qui ne sont pas toujours faciles, alors que plein d'autres secteurs seront aussi à la recherche de main-d'oeuvre et seront prêts à leur offrir des conditions très intéressantes.»

«Il n'y a pas de solution magique, prévient Sam Hamad. Il s'agit de mettre en place un ensemble de moyens connus et qu'il faudra pousser un peu plus loin.» Il faudra entre autres, selon lui, amener plus de bénéficiaires de l'aide sociale à réintégrer le marché du travail, favoriser une meilleure intégration des personnes handicapées, encourager la natalité, favoriser la conciliation famille-travail et surtout augmenter le nombre de travailleurs immigrants.

«Le grand avantage du Québec, c'est que les immigrants veulent venir chez nous», dit-il. Des progrès ont récemment été réalisés pour une meilleure reconnaissance des diplômes étrangers, assure-t-il, notamment avec l'Ordre des ingénieurs.

On doit également aplanir les obstacles fiscaux et institutionnels qui, notamment dans le secteur public, découragent les travailleurs âgés de retarder le moment de leur retraite ou de continuer à travailler à mi-temps. Le ministre Hamad compte également sur les entreprises qui manquent d'employés qualifiés pour qu'elles se chargent elles-mêmes d'une partie de la formation et du perfectionnement de leur personnel.

Un mauvais moment à passer

Les tendances démographiques auxquelles le Québec fait face sont lourdes, rappellent toutefois les experts. On peut bien rêver, par exemple, d'accroître la proportion de la population en âge de travailler qui a un emploi, mais ce taux d'emploi (76,5 %) est déjà un des plus élevés des pays développés. Le débat sur les accommodements raisonnables montre bien également qu'il y a une certaine limite à la capacité du gouvernement d'accroître le nombre d'immigrants que le Québec décide d'accueillir chaque année.

Il y a peu de chances qu'on parvienne à inverser complètement ces tendances démographiques, acquiesce André Grenier, mais rien ne dit qu'on n'arrivera pas à les atténuer. «On est avertis de ce qui nous attend. On sait qu'il faut agir.»

Pour le reste, l'économiste ne s'en fait pas trop. Après tout, la population du Japon a bien commencé à décroître et l'économie du pays n'est pas en train de s'effondrer. Elle croît seulement un peu moins vite.

Sans compter que les difficultés auxquelles le Québec fait face ne dureront pas éternellement. «Le gros du problème sera circonscrit dans le temps, dit M. Grenier. C'est le passage des baby-boomers à la retraite, qui sera suivi par leurs besoins en services de santé. Quand ce sera fait, ce sera fait. Ce qu'il faut essayer de faire, dans le fond, c'est de minimiser le choc des 25 prochaines années.»






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  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 1 décembre 2007 08h59
    Minimiser le choc
    « Les baby-boomers se sont aménagé de très bonnes retraites. Il semble toutefois qu'ils n'aient pas vu plus loin que leur nombril, oubliant d'assurer une transition entre leur situation et le contexte économique actuel, prévisible il y a plus de deux décennies. Ce sont leurs enfants et petits-enfants qui vont écoper de cette vision de classe. On regarde dans la direction qui nous arrange.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Jean-Pierre Aubry
    Inscrit
    samedi 1 décembre 2007 10h01
    Est-ce que nos gouvernements sont dans la locomotive de tête ou dans le wagon de queue ?
    « Dans l'édition du Devoir de ce matin, il y a cinq articles fort intéressants sur l'évolution de l'emploi au Québec :
    · Québec demande des comptes, écrit par François Desjardins, suite aux 900 mises à pied par AbitibiBowater ;
    · Patrons cherchent désespérément employés, écrit par Fabien Deglise, suite au manque de travailleurs dans le commerce de détail ;
    · L'Abitibi minière importatrice de main-d'oeuvre, écrit par Émilie Parent-Bouchard, suite au manque de travailleurs dans le secteur minier de l'Abitibi ;
    · Québec, aux pertes du plein emploi, écrit par Éric Desrosiers, suite aux difficultés de commerçants de Québec à trouver de la main-d'oeuvre au début des célébrations du 400e
    · Sans travailleurs comment faire tourner l'économie, écrit par Éric Desrosiers, suite constat que la pénurie de main-d'oeuvre risque de mettre un frein au développement économique du Québec ;

    De ces cinq articles, je tire les conclusions suivantes :

    1. Les pénuries de main-d'oeuvre sont présentes depuis un bon bout de temps et elles s'amplifieront avec le vieillissement de la population.
    2. Ces pénuries ralentiront sensiblement la croissance économique du Québec.
    3. Nos gouvernements ne semblent pas être pas dans la locomotive de tête mais dans le wagon de queue. Ils ne présentent pas aux citoyens une bonne analyse de l'évolution des grandes variables macroéconomiques pour les dix prochaines années, de l'évolution des divers secteurs économiques et des ajustements économiques qu'il faudra faire pour mieux réagir à ces tendances économiques. Nos gouvernements réagissent souvent aux événements, notamment aux annonces de mises à pied, sans une stratégie claire. La surprise exprimée hier par le ministre Claude Béchard, sa demande à AbitibiBowater de rendre des comptes (même réaction avec les raffineurs) et ses menaces ne font que démontrer le niveau d'improvisation du gouvernement. Finalement, il n'y a très peu de coordination entre les deux ordres de gouvernement.
    4. Le discours des syndicats est essentiellement une demande au gouvernement de faire reculer le train en injectant des subventions. Cependant, quand on analyse l'évolution des programmes de subventions des deux ordres de gouvernement ces cinq dernières années (incluant les subventions d'Ottawa aux trois grands manufacturiers américains du secteur de l'automobile), on peut comprendre leurs attentes.
    5. "Dans un monde en plein changement où les entreprises font face à de très nombreux chocs (affectant les prix, la demande et la technologie), le gouvernement ne peut assurer la survie de toutes les entreprises et usines. Il doit plutôt créer des conditions qui permettent la création des nouvelles entreprises et l'arrivée de nouveaux investissements. Il doit mettre l'accent non pas sur un soutien artificiel à l'emploi par de subventions aux entreprises en difficulté, mais, comme le font les pays scandinaves, sur un fort soutien la formation des travailleurs mis à pied pour qu'ils puissent acquérir de nouvelles habiletés et décroche des emplois dans d'autres entreprises. Il faut mettre l'accent sur la flexibilité de notre économie." Voir Les priorités pour les prochains plans budgétaires du Gouvernement du Québec, http://www.asdeq.org/activites/comite-politiques-publiques/pdf/priorites.pdf . Faciliter le passage des employés du secteur du bois/papier au secteur minier est un exemple concret de ce qu'il y a à faire.
    6. Le gouvernement semble passer beaucoup trop de temps à regarder dans le rétroviseur et pas assez à regarder où on s'en va. C'est ce qui arrive quand un gouvernement ne peut présenter un plan budgétaire formel de 5 à 7 ans et qu'il ne peut même pas avoir un budget annuel qui contient des provisions pour imprévus.

    Jean-Pierre Aubry »

  • Patrice Leroux
    Inscrit
    samedi 1 décembre 2007 10h26
    Des conditions de travail indécentes
    « Un secteur de la santé et des services sociaux qui ira en s'affaiblissant : on fait tout pour empirer les choses. Les salaires pour commencer; les employés de l'état gagnaient environ 20% de plus que dans le secteur privé vers la fin des années 70. À partir de 1982, avec des lois matraques, le gouvernement a diminué régulièrement leur pouvoir d'achat. Les salaires sont maintenant 15% moins élevé que dans le secteur privé. La pénurie de personnel par ailleurs met une pression souvent insoutenable sur les travailleur qui désirent demeurer dans leur secteur. On appele pour se déclarer malade? On subit une immense pression pour entrer quand même. Les infirmières doivent sacrifier leur vie de famille. On les oblige à faire du temps supplémentaire. Les médecins sont obligés de faire des heures de fou. Travailler à aider les autres n'a plus la cote de nos jours et il faut revaloriser ces emplois mais quand les conditions de travail continuent, gouvernement après gouvernement, à se dégrader, il ne faut pas s'illusioner : la dégradation des services va s'amplifier. »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    samedi 1 décembre 2007 11h06
    @ M Leroux
    « Était il normal que les employés soit payé 20% de plus que ceux qui paye pour eux? Et aujourd'hui on dit que les salaires sont 15% inférieur, mais le cheque de paie ne dit pas tous, combien nous coûte un employé au publique avec tous ses avantage dont le plus coûteux est la sécurité d'emploie blindé. Combien y a-t-il d'employés payé à ne rien faire chez eux? Vous ne dite pas que dans le privé, les travailleurs doivent toujours être productif sinon c'est la porte. Et Dieu merci qu'il en soit ainsi. Si le salaire est si important pour les employé de l'état, que l'on coupe ailleurs et amener au niveau de la moyenne Québécoise dans le privé, dans les fonds de pensions plus généreux, les vacances, les trop nombreux congé de maladie accumulatif, dans la sécurité d'emploie. Voyez vous dans un emploie il y a beaucoup plus que le salaire qui compte. Souvent au privé les salaire sont plus haut car la majorité d'entre nous n'on pas de fond de pension garanti, on n'a pas la sécurité d'emploie à vie et PLUS IMPORTANT ON EST PRODUCTIF. J'admet qu'au niveau des service de la santé il y des lacune et que quelque chose doit être fait. Pour ce qui est de tout le reste des employés publique, provincial, municipal et parapublique beaucoup de chose devrait être révisé pour couper les coût d'au moins 25% »

  • Yann Takvorian
    Inscrit
    samedi 1 décembre 2007 12h10
    Mouche et vinaigre encore?
    « Cet été, j'avais publié dans LaPresse une lettre décriée (Les mouches et le vinaigre) qui non seulement annonçait cette évolution catastrophique de l'économie québécoise mais surtout, le rejet massif que cette perspective allait développer chez les immigrants (futurs ou actuels).

    Faut arrêter de prendre les immigrants (surtout qualifiés) pour des abrutis finis, même si les Ordres le sous-entendent avec leur protectionnisme et que l'idée populaire le confirme de sa xénophobie.

    Un immigrant n'ira pas sacrifier ses diplômes, sa formation, ses économies et l'avenir de ses enfants pour une province pauvre qui s'enfonce dans l'échec de ses politiques sociales, où il sera déconsidéré, transis de froid, marginalisé et montré du doigt comme un "euzot" à chaque "accommodement raisonnable".

    Un immigrant n'ira pas payer les factures des autres et réparer des dégâts qu'il n'a pas causés, pour des nationalistes qui n'en voudront pas pour leurs fêtes. Peut-être sous la contrainte, mais jamais de plein gré.

    Au mieux, le Québec recevra une horde de réfugiés de pays plus pauvres qui viendront alourdir la barque au lieu de la maintenir à flot. Le Québec se rend compte que sa politique d'immigration importe surtout... des problèmes! Parce que la fuite des cerveaux est un handicap sérieux pour la Province. Ce sont eux qui feront ou non l'économie de demain, pas les manoeuvres qui se font déjà damer le pion par la Chine.

    Dans ma lettre, j'étais pessimiste sur l'avenir du Québec et c'est une des raisons qui m'a fait rentrer en Europe, comme 60% des immigrants Français et comme une majorité (je n'ai pas dit la totalité) des immigrants en général. Le Québec n'est pour nombreux qu'un lieu de transit. Les meilleurs le boudent dès le départ. Même si bernés par le Ministère de l'Immigration, une fois réalisé que le jeu n'en valait pas la chandelle, Dorval ou la 40 prennent pour eux des allures de sortie de secours.

    Alors, ne comptez pas sur les immigrants, surtout quand ceux-ci se feront offrir des ponts d'or en Europe, aux USA et en Australie, lieux qui connaîtront bientôt des problèmes similaires mais ont tellement plus à offrir en à-côtés que quelques arpents de neige et des routes défoncées.

    Un nouveau baby-boom? C'est présumer des hommes qui en ont assez de se faire manger la laine sur le dos par les féministes enragées de cette Province. Un matriarcat mysandrique meurt de la maladie dont il se veut le remède. Si la tendance se maintient au MCF, "Condom et bistouri" remplacera à terme le "je me souviens" sur les plaques.

    Que restera-t-il? Un mouroir pauvre et résigné qui se rappellera en leitmotiv le bel essai d'il y a quarante ans et que les gouvernements successifs ont été incapables de transformer.

    Dans quelques années, le Québec sera un immense CHSLD.
    Et croyez-le ou non, tout le monde s'en fichera. »

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