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Le marché du travail surprend par sa vigueur

Gérard Bérubé   3 novembre 2007  Emploi
Le marché du travail au Canada a continué de surprendre les analystes. La création d'emplois a été plus forte que prévu le mois dernier, ce qui a eu pour effet de maintenir le taux de chômage à son niveau le plus bas des 33 dernières années. Les économistes se sont dits étonnés par la capacité de l'économie canadienne à absorber la crise manufacturière.

L'économie canadienne a inscrit un gain net de 63 000 emplois le mois dernier, soit bien au-delà des 12 000 prévus par les analystes. Le taux de chômage est passé de 5,9 à 5,8 % entre septembre et octobre, pour se maintenir à un niveau jamais vu depuis novembre 1974. Statistique Canada a également souligné que le taux d'emploi, de 63,7 %, atteint un niveau record.

Depuis le début de l'année, l'emploi au Canada est en hausse de 2,1 %, ou de 346 000, «soit le taux de croissance le plus fort observé au cours des cinq dernières années pour la période de janvier à octobre», a ajouté l'agence nationale.

Les provinces

Par province, il revient à l'Ontario d'être l'instigateur de la moitié des gains nets d'emplois mesurés à l'échelle nationale, et ce, pour un deuxième mois consécutif. La province voisine a créé 32 000 emplois en octobre, ce qui a permis au taux de chômage de passer de 6,2 à 6 %. Ce dernier taux se situe cependant loin du record de 4,7 % établi en Ontario en juin 1989. De plus, depuis le début de 2007, l'emploi dans cette province est en progression de 1,7 %, soit un rythme inférieur à la moyenne canadienne.

Pour sa part, le Québec a inscrit un gain net de 10 100 emplois le mois dernier. Cette augmentation, combinée à une hausse de la population active, se traduit par un taux de chômage de 6,9 %, inchangé par rapport à septembre. Le taux de chômage québécois se maintient à un niveau inégalé en 33 ans, alors que le taux d'emploi, de 61,2 %, se situe à un niveau record. Statistique Canada a également fait ressortir que l'emploi au Québec est en progression de 2,2 % depuis le début de 2007, soit un rythme légèrement supérieur à la moyenne canadienne.

Amélioration

Dans son commentaire, Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins, a fait part de son étonnement envers «l'étendue de l'amélioration du marché du travail». Il a souligné que «l'emploi s'est accru de façon significative dans plusieurs secteurs des services, ce qui témoigne une fois de plus de la capacité de l'économie canadienne à absorber les emplois perdus au sein de la fabrication de biens». Statistique Canada a également relevé le contraste avec l'emploi dans le secteur manufacturier, en baisse de 0,5 % depuis le début de 2007. «Jusqu'à présent en 2007, les pertes significatives constatées dans le secteur de la fabrication ont été presque totalement contrebalancées par une progression marquée de l'emploi dans les secteurs de la construction et des services publics.»

À la Financière Banque Nationale, l'analyste Stéfane Marion a plutôt réservé son étonnement à «la dichotomie» qui continue entre les secteurs public et privé. Il retient que le secteur public, dont le poids dans l'emploi total est de 19 %, «a créé la totalité des nouveaux emplois nets ces trois derniers mois au Canada». Il a parlé d'un «découplage sans précédent» qui ne saurait durer.

Chez Desjardins, on ajoute que les statistiques d'octobre «dressent le portrait d'une économie qui se rapproche sérieusement du plein-emploi». Il en résulte des pressions sur les salaires, qui ont continué de s'intensifier le mois dernier. La hausse annuelle du salaire horaire moyen a été de 4,1 % en octobre, de loin supérieure à la progression annuelle de l'indice des prix à la consommation (2,5 %). «Octobre marque le troisième mois consécutif de hausses salariales sur 12 mois supérieures à 4 %», a fait remarquer Statistique Canada.

«La Banque du Canada se retrouve littéralement coincée entre les risques à la hausse et ceux à la baisse. D'une part, certains intervenants réclament des réductions des taux directeurs afin de contrer les effets néfastes de l'appréciation du huard, des difficultés du marché immobilier américain et d'un resserrement des conditions de crédit au pays. D'autre part, la bonne tenue du marché du travail témoigne de la vitalité de l'économie intérieure et fait craindre une intensification des pressions inflationnistes en provenance des salaires», a résumé Benoit P. Durocher, qui s'attend toutefois à un statu quo monétaire au cours des prochains mois.
 
 
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