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Appel public à l'épargne - Peu d'entreprises québécoises sont publiques

L'inscription en Bourse alourdit la gestion

Marie Lambert-Chan   17 octobre 2007  Emploi
Gaétan Morin, premier vice-président aux investissements du Fonds de solidarité FTQ, constate que l’inscription à la Bourse est coûteuse en temps, en énergie et en ressources financières et humaines pour les PME. Photo: Fonds de Solidarité FTQ
Gaétan Morin, premier vice-président aux investissements du Fonds de solidarité FTQ, constate que l’inscription à la Bourse est coûteuse en temps, en énergie et en ressources financières et humaines pour les PME. Photo: Fonds de Solidarité FTQ
Le premier appel public à l'épargne est un tournant majeur dans la vie d'une entreprise: elle peut en sortir gagnante tout comme elle peut s'y casser les dents. Le Fonds de solidarité se fait un devoir d'accompagner ses entreprises partenaires qui souhaitent s'inscrire à la Bourse. Aperçu des avantages et des inconvénients d'être une société ouverte.

Dans le jargon financier, le «premier appel public à l'épargne» (PAPE) est ce moment crucial où une entreprise s'inscrit en Bourse pour émettre des actions à un très large bassin d'investisseurs. Elle passe alors du statut de société privée ou fermée à celui de société publique ou ouverte.

Cette étape, tout aussi importante que délicate dans la croissance d'une compagnie, exige une planification rigoureuse. C'est pourquoi le Fonds de solidarité FTQ accompagne volontiers ses entreprises partenaires dans le processus les menant au PAPE.

«Nous le faisons seulement si les entrepreneurs en manifestent le désir, précise Gaétan Morin, premier vice-président aux investissements au Fonds de solidarité. Mais nous considérons que le PAPE n'est ni l'une de nos priorités, ni une finalité en soi. C'est un outil parmi tant d'autres pour aider à la croissance des entreprises, ce qui est notre premier objectif.»

M. Morin se montre ici prudent. La transformation en société ouverte n'est pas toujours une partie de plaisir. «Dans les années 80, à l'époque du régime épargne-actions initié par Jacques Parizeau, c'était la folie furieuse, raconte-t-il. Le marché boursier était en effervescence et beaucoup de sociétés sont devenues publiques afin d'avoir accès à un capital plus substantiel. Cela a donné naissance à des fleurons comme les dépanneurs Couche-Tard et beaucoup d'autres. Cependant, certaines entreprises sont devenues publiques alors qu'elles n'auraient jamais dû le devenir. Elles ne répondaient tout simplement pas aux critères. Quinze ou 20 ans plus tard, ces sociétés et leurs actionnaires s'en rendent compte.»

Pour : l'accès au capital

Les entreprises qui songent à s'inscrire en Bourse ont atteint une certaine maturité, selon Gaétan Morin. «Elles affichent le chiffre d'affaires magique de 100 millions de dollars ou plus, elles ont connu une bonne croissance au cours des dernières années et, selon leurs prévisions, continueront en ce sens», explique-t-il. Un conseil d'administration fort fait partie également de leurs atouts, ce que ne manquent pas de remarquer les courtiers en valeurs mobilières. Sans ces qualités, l'entreprise perd de son intérêt aux yeux des actionnaires, note le vice-président.

L'accès au capital est souvent la motivation première des compagnies lorsqu'elles décident de faire un premier appel public à l'épargne, remarque M. Morin. L'inscription en Bourse peut aussi constituer un levier pour d'autres sources de financement, puisque l'entreprise, en devenant ouverte, fait la démonstration de sa solidité financière. Cette nouvelle notoriété aura des impacts non seulement sur les nouveaux prêteurs, mais aussi les clients, les fournisseurs et les concurrents.

«Le fait d'être publique peut aider une société quand elle se met en mode acquisition-fusion, explique Gaétan Morin. Cela peut faciliter les transactions, parce qu'on sait à qui on a affaire.»

L'inscription en Bourse procure par ailleurs une liquidité accrue de l'actif. Les actions se transforment en monnaie d'échange. «Une société publique pourrait décider d'acheter une autre entreprise publique, non pas en lui donnant 20 millions de dollars, mais plutôt en lui offrant une valeur de 20 millions en actions de sa société. L'autre entreprise pourra les revendre à la Bourse par la suite.»

Contre : la reddition de comptes

Peu d'entreprises québécoises sont publiques. «Elles représentent environ 15 % de notre portefeuille», confirme Gaétan Morin, qui observe que plusieurs sociétés sont redevenues privées au cours des deux dernières années. C'est que tout n'est pas rose au pays du PAPE et les entrepreneurs doivent être bien conscients des nombreux inconvénients que cela comporte.

L'inscription à la Bourse est coûteuse en temps, en énergie et en ressources financières et humaines. «C'est très contraignant, juge le vice-président. Une fois qu'elles sont publiques, les sociétés doivent rendre des comptes aux investisseurs et aux courtiers en valeurs immobilières pratiquement tous les jours. Le téléphone sonne tout le temps. L'entreprise doit publier des rapports financiers trimestriels et annuels. Elle doit sortir des communiqués de presse pour tempérer le marché au cas où surviendrait un événement qui pourrait affecter le cours des actions. Ça prend pratiquement un avocat à l'interne pour faire le pont entre tous les intervenants concernés, notamment la Bourse et l'Autorité des marchés financiers. Tout devient plus lourd à gérer.»

La reddition de comptes au quotidien donne parfois l'impression aux entrepreneurs qu'ils n'ont plus de contrôle sur leur compagnie. Avant de passer à l'action, ils doivent obtenir l'approbation de leur conseil d'administration ou de leurs actionnaires qui, généralement, adoptent une vision à court terme de la croissance de l'entreprise.

«Quand on leur expose cette situation, il arrive que des entreprises passent leur tour, affirme M. Morin. Leur décision dépend souvent de leur philosophie et de leurs besoins. Si elles décident de demeurer privées, elles peuvent se permettre d'avoir une vision plus à long terme et d'investir en conséquence, quitte à avoir des pertes pendant un an ou deux.»

Le premier vice-président aux investissements se permet ici d'insister. «Contrairement à certaines institutions de capital de risque, tout particulièrement aux États-Unis, le Fonds de solidarité n'appuie pas ses entreprises partenaires dans le but de les inscrire à la Bourse, afin de revendre ses participations rapidement. Nous leur offrons la liberté du choix. Et si leur expérience en Bourse ne les satisfait pas, nous serons encore à leurs côtés quand elles se privatiseront de nouveau.»

***

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