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Une approche maladroite

Jean-Robert Sansfaçon   30 août 2007  Emploi
Le lock-out qui dure depuis le printemps dernier au cimetière Notre-Dame-des-Neiges indispose, avec raison, les 480 familles dont la dépouille d'un parent n'a pas encore pu être inhumée. En attendant, les corps sont conservés dans un endroit réfrigéré, mais il va de soi qu'à raison d'une trentaine de défunts de plus par semaine, ce lieu, qui peut en accueillir 700, sera rempli avant l'hiver. Si le conflit perdure, voilà qui compliquera les choses.

Cela ne justifie pas pour autant la menace d'intervention du gouvernement lancée mardi par le premier ministre Jean Charest et son ministre du Travail, David Whissell.

Même s'il s'agit du secteur privé, le conseil des ministres pourrait certes adopter un décret qui forcerait la fabrique et les syndiqués à enterrer les morts au nom de la «dignité humaine», par exemple. On pourrait même soumettre ce service à la Loi sur les services essentiels.

Pourtant, il existe une solution de remplacement à l'enterrement — la crémation —, et les méthodes de conservation temporaire des dépouilles assurent le respect de la dignité humaine. Sur une base volontaire, on voit d'ailleurs de plus en plus souvent des familles choisir de n'enterrer les cendres d'un défunt que plusieurs mois après la mort, voire de les disperser aux quatre vents.

Il n'y a donc pas d'urgence au sens strict, et ni la santé ni la sécurité publiques ne sont menacées. Ce conflit est de nature privée et doit le rester. De toute façon, pour en arriver à une entente durable, il vaut bien mieux laisser la négociation suivre son cours avec l'aide du conciliateur. Les choses avancent, dit-on: tant mieux!

Sur le fond du problème, l'ampleur des demandes des employés d'entretien, dont le salaire annuel tourne autour de 50 000 $, mérite d'être soulignée. Parmi leurs revendications, il y a le passage à la semaine de 32 heures au lieu de 37,5 heures réparties sur quatre jours sans baisse de salaire, la retraite à 60 ans sans pénalité, l'interdiction de la sous-traitance même pour les gros travaux de paysagement ainsi qu'un minimum de 36 semaines de travail par année au lieu de 26 semaines pour les salariés saisonniers, qui comptent pour la moitié du personnel. Ce sont là des demandes coûteuses pour la fabrique, qui exige de son côté une réorganisation du travail en fonction des besoins.

Dans ce dossier particulier, on sent la présence de l'archevêché derrière la sortie du premier ministre. Impuissant à intervenir directement dans un conflit qui oppose la fabrique au syndicat, l'archevêché ajoute sa pression à celle des familles pour un règlement coûte que coûte. Mais du côté patronal comme du côté syndical, on reçoit mal cette menace d'intervention du gouvernement, qui ne permettrait pas d'en arriver à une solution négociée.

S'il faut souhaiter, malgré tout, que la sortie du premier ministre amène les parties à accélérer les négociations, il aurait tout de même été préférable que le ministre du Travail convoque patron et syndicat dans un premier temps, bien avant de sortir la masse. Pour le moment, même si cela est triste, ces retards dans le processus d'inhumation dans un seul des nombreux cimetières du Québec, fût-il le plus grand, n'appellent d'aucune façon à l'adoption d'un décret gouvernemental.
 
 
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  • Ginette Bertrand - Inscrite
    30 août 2007 02 h 37
    Les morts ont aussi des droits
    Il y a quelque chose de profondément choquant dans vos propos. Je conçois qu'à titre d'éditorialiste, vous devez observer une certaine distance, mais dans ce cas-ci l'objectivité frôle la désinvolture.

    Il existe une solution de remplacement à l'enterrement--la crémation, dites-vous. Depuis quand les voeux exprimés par les défunts ou leur famille quant à la disposition de leur corps devraient-ils être soumis aux diktats d'un syndicat, dont l'ampleur des demandes mérite d'être soulignée, ajoutez-vous? Ces demandes m'apparaissent plutôt surréalistes, voire outrancières. On n'a pas affaire ici à des guenillous exploités par une bizzness sans scrupules pour qui le profit est un dogme, mais à des gens bien payés et soumis à des horaires de travail très raisonnables dont le patron est une fabrique sans but lucratif.

    Quelles sont les intentions cachées de l'omnipuissante CSN dans ce conflit interminable, et pourquoi tout le monde l'aborde-t-il avec des gants blancs jusqu'aux coudes, voilà ce que j'aimerais bien savoir.

    Ces retards d'inhumation dans un des nombreux cimetières du Québec, dites-vous mine de rien, risquent à mon avis de créer un précédent. À bon droit, un décret gouvernemental pourrait, si j'ose dire, couper l'herbe sous le pied d'autres syndicats qui seraient tentés d'imiter celui du cimetière Notre-Dame-des Neiges.

    Les solutions négociées sont toujours préférables, mais pas au prix de la dignité humaine dans ses derniers retranchements.
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  • Paul Caghassi - Inscrit
    30 août 2007 06 h 35
    commentaires
    cher Monsieur,
    je respecte profondément votre opinion mais je ne pense pas vous donner le droit de disposer du Corps de ma Mere de ma maniere que vous suggerez.
    au nom de quel principe de société vous obligerez des familles a changer les derniers voeux de leurs defunts.
    ....je vous rappele aussi qu'un cimetiere bien que Privé , donne un service publique et le gouvernement doit et devait intervenir...
    pour votre information aussi ( je pense que vous devriez faire une recherche plus poussée pour vos sujets) .. le Crematorium de ce meme cimetiere est aussi en lock out et greve donc les corps vont continuer a s'accumuler.
    ce meme cimetiere est aussi en flagrante contravention de la ville de Montreal
    cordialement
    Paul Caghassi
    coprésident ADDDF
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  • jacques noel - Inscrit
    30 août 2007 07 h 56
    50,000$ par année?
    ou pour 36 semaines?
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  • Jean-Pierre Aubry - Abonné
    30 août 2007 09 h 16
    Qui s'accaparent de la rente économique du cimetière ?
    Existe-t-il vraiment des solutions de remplacement à l'enterrement au cimetière Notre-Dame-des-Neiges ?

    Certes comme vous le dites M. Sansfaçon : "Sur une base volontaire, on voit d'ailleurs de plus en plus souvent des familles choisir de n'enterrer les cendres d'un défunt que plusieurs mois après la mort, voire de les disperser aux quatre vents." Mais pour beaucoup de familles, cette solution n'est pas possible, ne serait-ce que pour respecter les dernières volontés de leurs proches. Enterrer ses proches dans un autre cimetière, n'est pas une option possible pour tous, compte tenu du désir de plusieurs familles d'enterrer ses membres dans un lieu commun.

    En somme, plusieurs familles sont prêtes à payer une prime pour enterrer leurs morts dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Cette prime est un montant d'argent qui représente l'écart entre les frais payés et les frais que des coûts d'opération cohérents avec les forces du marché et une marge bénéficiaire normale impliqueraient.

    La fabrique peut s'accaparer de cette prime ou cette rente économique en retenant une marge bénéficiaire anormalement élevée. Je ne sais pas si c'est le cas, mais j'aimerais en savoir plus sur la marge bénéficiaire de la fabrique.

    Les employés par le biais de leur syndicat peuvent également s'accaparer d'une partie ou de la totalité de cette rente en faisant en sorte que ses membres aient une rémunération bien au-delà de ce que le marché offre. Il n'y a pas de doute selon l'information donnée dans cet éditorial que les employés s'accaparent d'une bonne partie de cette rente : "Sur le fond du problème, l'ampleur des demandes des employés d'entretien, dont le salaire annuel tourne autour de 50 000 $, mérite d'être soulignée. Parmi leurs revendications, il y a le passage à la semaine de 32 heures au lieu de 37,5 heures réparties sur quatre jours sans baisse de salaire, la retraite à 60 ans sans pénalité, l'interdiction de la sous-traitance même pour les gros travaux de paysagement ainsi qu'un minimum de 36 semaines de travail par année au lieu de 26 semaines pour les salariés saisonniers, qui comptent pour la moitié du personnel." En fait, les restrictions que le syndicat veut imposer au niveau de la sous-traitance sont, en soi, une reconnaissance implicite par le syndicat lui-même du fait que la rémunération de ses membres est au dessus de celle du marché.

    Jean-Pierre Aubry
    Président du Comité des politiques publiques
    Association des économistes québécois
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