Une approche maladroite
Le lock-out qui dure depuis le printemps dernier au cimetière Notre-Dame-des-Neiges indispose, avec raison, les 480 familles dont la dépouille d'un parent n'a pas encore pu être inhumée. En attendant, les corps sont conservés dans un endroit réfrigéré, mais il va de soi qu'à raison d'une trentaine de défunts de plus par semaine, ce lieu, qui peut en accueillir 700, sera rempli avant l'hiver. Si le conflit perdure, voilà qui compliquera les choses.
Cela ne justifie pas pour autant la menace d'intervention du gouvernement lancée mardi par le premier ministre Jean Charest et son ministre du Travail, David Whissell.
Même s'il s'agit du secteur privé, le conseil des ministres pourrait certes adopter un décret qui forcerait la fabrique et les syndiqués à enterrer les morts au nom de la «dignité humaine», par exemple. On pourrait même soumettre ce service à la Loi sur les services essentiels.
Pourtant, il existe une solution de remplacement à l'enterrement — la crémation —, et les méthodes de conservation temporaire des dépouilles assurent le respect de la dignité humaine. Sur une base volontaire, on voit d'ailleurs de plus en plus souvent des familles choisir de n'enterrer les cendres d'un défunt que plusieurs mois après la mort, voire de les disperser aux quatre vents.
Il n'y a donc pas d'urgence au sens strict, et ni la santé ni la sécurité publiques ne sont menacées. Ce conflit est de nature privée et doit le rester. De toute façon, pour en arriver à une entente durable, il vaut bien mieux laisser la négociation suivre son cours avec l'aide du conciliateur. Les choses avancent, dit-on: tant mieux!
Sur le fond du problème, l'ampleur des demandes des employés d'entretien, dont le salaire annuel tourne autour de 50 000 $, mérite d'être soulignée. Parmi leurs revendications, il y a le passage à la semaine de 32 heures au lieu de 37,5 heures réparties sur quatre jours sans baisse de salaire, la retraite à 60 ans sans pénalité, l'interdiction de la sous-traitance même pour les gros travaux de paysagement ainsi qu'un minimum de 36 semaines de travail par année au lieu de 26 semaines pour les salariés saisonniers, qui comptent pour la moitié du personnel. Ce sont là des demandes coûteuses pour la fabrique, qui exige de son côté une réorganisation du travail en fonction des besoins.
Dans ce dossier particulier, on sent la présence de l'archevêché derrière la sortie du premier ministre. Impuissant à intervenir directement dans un conflit qui oppose la fabrique au syndicat, l'archevêché ajoute sa pression à celle des familles pour un règlement coûte que coûte. Mais du côté patronal comme du côté syndical, on reçoit mal cette menace d'intervention du gouvernement, qui ne permettrait pas d'en arriver à une solution négociée.
S'il faut souhaiter, malgré tout, que la sortie du premier ministre amène les parties à accélérer les négociations, il aurait tout de même été préférable que le ministre du Travail convoque patron et syndicat dans un premier temps, bien avant de sortir la masse. Pour le moment, même si cela est triste, ces retards dans le processus d'inhumation dans un seul des nombreux cimetières du Québec, fût-il le plus grand, n'appellent d'aucune façon à l'adoption d'un décret gouvernemental.
Cela ne justifie pas pour autant la menace d'intervention du gouvernement lancée mardi par le premier ministre Jean Charest et son ministre du Travail, David Whissell.
Même s'il s'agit du secteur privé, le conseil des ministres pourrait certes adopter un décret qui forcerait la fabrique et les syndiqués à enterrer les morts au nom de la «dignité humaine», par exemple. On pourrait même soumettre ce service à la Loi sur les services essentiels.
Pourtant, il existe une solution de remplacement à l'enterrement — la crémation —, et les méthodes de conservation temporaire des dépouilles assurent le respect de la dignité humaine. Sur une base volontaire, on voit d'ailleurs de plus en plus souvent des familles choisir de n'enterrer les cendres d'un défunt que plusieurs mois après la mort, voire de les disperser aux quatre vents.
Il n'y a donc pas d'urgence au sens strict, et ni la santé ni la sécurité publiques ne sont menacées. Ce conflit est de nature privée et doit le rester. De toute façon, pour en arriver à une entente durable, il vaut bien mieux laisser la négociation suivre son cours avec l'aide du conciliateur. Les choses avancent, dit-on: tant mieux!
Sur le fond du problème, l'ampleur des demandes des employés d'entretien, dont le salaire annuel tourne autour de 50 000 $, mérite d'être soulignée. Parmi leurs revendications, il y a le passage à la semaine de 32 heures au lieu de 37,5 heures réparties sur quatre jours sans baisse de salaire, la retraite à 60 ans sans pénalité, l'interdiction de la sous-traitance même pour les gros travaux de paysagement ainsi qu'un minimum de 36 semaines de travail par année au lieu de 26 semaines pour les salariés saisonniers, qui comptent pour la moitié du personnel. Ce sont là des demandes coûteuses pour la fabrique, qui exige de son côté une réorganisation du travail en fonction des besoins.
Dans ce dossier particulier, on sent la présence de l'archevêché derrière la sortie du premier ministre. Impuissant à intervenir directement dans un conflit qui oppose la fabrique au syndicat, l'archevêché ajoute sa pression à celle des familles pour un règlement coûte que coûte. Mais du côté patronal comme du côté syndical, on reçoit mal cette menace d'intervention du gouvernement, qui ne permettrait pas d'en arriver à une solution négociée.
S'il faut souhaiter, malgré tout, que la sortie du premier ministre amène les parties à accélérer les négociations, il aurait tout de même été préférable que le ministre du Travail convoque patron et syndicat dans un premier temps, bien avant de sortir la masse. Pour le moment, même si cela est triste, ces retards dans le processus d'inhumation dans un seul des nombreux cimetières du Québec, fût-il le plus grand, n'appellent d'aucune façon à l'adoption d'un décret gouvernemental.
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