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Éthique et commerce - Le milieu de la mode fait mauvaise figure

Fabien Deglise   8 décembre 2006  Emploi
Dans la cuvée 2006 de son bulletin de la transparence, l'ETAG est catégorique: à peine neuf compagnies obtiennent la note de passage. (Photo Newscom)
Dans la cuvée 2006 de son bulletin de la transparence, l'ETAG est catégorique: à peine neuf compagnies obtiennent la note de passage. (Photo Newscom)
Plusieurs grands détaillants canadiens du milieu de la mode, tels Le Château, Harry Rosen, Jacob, Reitmans, Polo Ralph Lauren, Sears ou encore Lululemon, peinent à démontrer qu'ils respectent les normes internationales de travail dans leurs usines de production partout dans le monde. C'est du moins la conclusion à laquelle arrive le Groupe d'action pour le commerce éthique (Ethical Trading Action Group, ou ETAG) dans un rapport rendu public hier.

Après avoir passé au crible les programmes et politiques — ou constaté l'absence de ceux-ci — en matière de gestion, d'approvisionnement et de défense des droits humains de 31 entreprises, l'ETAG, dans la cuvée 2006 de son bulletin de la transparence, est catégorique: à peine neuf compagnies obtiennent la note de passage.

Levi Strauss, Reebok, Mountain Equipment Co-op, Adidas, GAP, Nike (qui fabrique également les chaussures Converse) ainsi que H&M, Eddie Bauer et Liz Clairborne sont du nombre, indique cette coalition canadienne formée d'organismes issus du monde de l'éducation, du milieu syndical et du secteur du développement international, unis pour promouvoir des pratiques commerciales plus respectueuses des droits des travailleurs dans le monde.

Lancé pour la première fois l'an dernier, ce bulletin repose uniquement sur l'analyse des informations publiques des compagnies contactées par l'ETAG et non sur la visite d'usines de production, dont la localisation, souligne l'organisme dans son rapport d'une centaine de pages, est rarement dévoilée.

À partir de cette mer de documents, le groupe mesure les engagements pris par les dirigeants de ces entreprises pour bien choisir et surveiller les chaînes d'approvisionnement, pour respecter des normes de travail reconnues à l'échelle internationale, mais aussi pour faire preuve de transparence sur leur gestion et leurs orientations sociales, histoire d'aider investisseurs et consommateurs à faire des choix éthiques. L'exercice permet ainsi de noter les détaillants de vêtements sur 100, la plus haute note révélant un plus grand attachement à l'éthique des affaires, selon la coalition. En 2006, aucune entreprise évaluée n'a obtenu de note parfaite. Les plus éthiques se partagent des notes allant de 62 à 78 %.

«Au cours de la dernière année, plusieurs grandes marques et plusieurs détaillants ont revu leur approche de mise en conformité aux normes internationales du travail, a commenté hier Kevin Thomas, porte-parole de l'ETAG. L'information publique dans ce domaine est même en train de devenir un impératif commercial. Mais malgré ces quelques améliorations, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour valoriser les conditions de travail dans les usines textiles à travers le monde.»

Plusieurs échouent au test

Avec des notes variant de 0 à 23 %, plusieurs entreprises font mauvaise figure dans ce palmarès du commerce éthique du vêtement au Canada. C'est le cas par exemple de YM, qui exploite des enseignes comme Stitches, Urban Planet ou Sirens, de Tristan & America, de Harry Rosen, de Forzani, de Sears et de La Senza, qui arrivent au bas de la liste établie par l'ETAG. Certaines pour avoir refusé de répondre au questionnaire, d'autres pour la minceur ou l'inexistence de leurs politiques de gestion visant à inscrire leurs activités dans des cadres moralement plus acceptables.

Par ailleurs, des détaillants comme Roots, Winners, Wal-Mart, HBC ou encore Zara se retrouvent, eux, dans la moyenne, selon les critères définis par le Groupe d'action pour le commerce éthique.

Selon Gilles Fortin, président de Tristan & America, une compagnie montrée du doigt par le rapport de l'ETAG, cet exercice d'évaluation est aussi «inutile» que «choquant», a-t-il indiqué au Devoir. «Nous fabriquons la plus grande quantité de nos vêtements au Canada, et ce en respectant les normes imposées par le gouvernement. Si l'on est mal noté, c'est parce que nous n'avons pas répondu. Nous recevons chaque année plusieurs demandes de différents groupes. Or nous ne pouvons pas mettre des ressources pour répondre à tous ces documents. Nous avons d'autres choses à faire.»

Mise également sur la sellette, l'entreprise La Senza n'a pas souhaité faire de commentaires, a indiqué la porte-parole Anna Palestini. Les dirigeants du Château, pour leur part, n'ont pas donné suite à notre demande d'entrevue.

Sans dénigrer le bulletin publié pour une deuxième année par l'ETAG, le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD) estime toutefois que celui-ci est à prendre avec des pincettes. «C'est un outil parmi d'autres dans le secteur à la mode de l'approvisionnement éthique, a expliqué dans un entretien téléphonique Diane Brisebois, présidente de l'organisme. C'est utile pour faire réfléchir les compagnies sur leurs politiques, mais il faut voir que, parmi les entreprises contactées, plusieurs n'ont pas voulu fournir de renseignements sur leurs activités. Dans un monde compétitif, il y a des informations qui ne se partagent pas. Et de ce fait, on se retrouve alors à comparer des choses incomparables.»

Malgré ces failles, le bulletin de l'ETAG a été reçu avec satisfaction par la Coalition québécoise contre les ateliers de misère, qui croit qu'un tel palmarès peut, à moyen terme, faire changer beaucoup de choses. «C'est une manière de faire pression sur les entreprises pour qu'elles revoient leurs façons de faire, a commenté Marie-Noëlle Roy, coordonnatrice de ce regroupement. L'éthique, c'est coûteux, ça demande des efforts. Et on se rend compte qu'en étant montrés du doigt, les gestionnaires ont tendance à davantage réagir pour protéger l'identité de leur marque.»






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