Passat 2012 : le processus d'américanisation se poursuit
Volkswagen a choisi la petite ville de Chattanooga, au Tennessee, pour assembler cette nouvelle Passat, désormais exclusive au marché nord-américain. Moyennant un investissement de 1,1 milliard de dollars, les Passat de cinquième génération ont commencé à sortir des chaînes de montage, il y a quelques semaines. Ce sont donc des voitures fraîchement assemblées que le constructeur a mises à notre disposition, après nous avoir invités à une visite guidée de cette nouvelle usine, sa première en sol nord-américain.
Pour Volkswagen, cet investissement permet de contribuer à relancer une économie américaine qui en a bien besoin, en créant des emplois, mais aussi des partenariats avec des dizaines de fournisseurs de pièces américains et mexicains. Cette stratégie permet de mieux se positionner aux États-Unis, mais aussi d'abaisser de façon prononcée les coûts de production, évitant ainsi les dangers des fluctuations des taux de change.
C'est donc une Passat mieux adaptée au marché nord-américain, et surtout moins chère, qui nous arrivera au mois d'octobre prochain. N'ayant écoulé au Canada que 1800 unités de la Passat l'an dernier, le constructeur compte rejoindre pas moins de 8000 acheteurs pour 2012. Un défi de taille, si l'on considère de surcroît que la clientèle du modèle familial est également perdue.
Passat que de nom
Il faut toutefois savoir que la clientèle visée avec la nouvelle Passat n'est pas nécessairement celle qui se la procurait auparavant. En fait, cette voiture ne conserve de la Passat que son nom. Car, cette fois, on s'attaque véritablement au coeur de la catégorie des intermédiaires. On vise donc les acheteurs de Honda Accord, de Toyota Camry, Hyundai Sonata, Ford Fusion, Chevrolet Malibu et Cie...
Est-ce pour cette raison que les lignes sont aussi peu inspirantes? C'est encore plus frappant si on la compare aux modèles les plus récents de cette catégorie, comme les coréennes (Sonata et Optima), par exemple. Certes, ses lignes sont fluides et vieilliront sans doute très bien, mais elles sont on ne peut plus génériques. La Passat ressemble désormais à une voiture de location.
Trop d'espace ?
De nos jours, la majorité des acheteurs de berlines intermédiaires n'en font pas un usage familial. Ils sont souvent assez âgés pour ne plus avoir d'enfants à la maison, ce qui nous amène à nous interroger sur la pertinence d'offrir des berlines aussi spacieuses. Cela dit, cette observation ne semble pas être considérée par les constructeurs, puisque la Passat, comme l'Accord ou d'autres rivales, offre de l'espace à revendre. Beaucoup de dégagement à l'avant et, surtout, assez d'espace derrière pour les services de limousines aéroportuaires. Cela vous donne une idée!
À bord, les agencements de couleurs sont intéressants, mais la planche de bord très conservatrice n'a rien à voir avec ce que nous propose par exemple Kia dans sa nouvelle Optima. On remarque aussi que la qualité des matériaux est inférieure à celle du modèle précédent, ce qui se justifie toutefois par une baisse de prix substantielle.
Il faut en revanche admettre que la Passat, qui souffrait jadis de sièges manquant de soutien, propose aujourd'hui des baquets mieux sculptés et très confortables. Sur certaines versions, on peut même obtenir des sièges sport offrant un soutien franchement exceptionnel, ce qui nous rappelle directement ceux de la Volkswagen CC.
Quatre versions de la Passat seront proposées. Dans tous les cas, l'équipement est directement comparable à ce que propose la concurrence. Il faut également mentionner que certains groupes d'options sont offerts à prix franchement concurrentiels, ce qui pourrait facilement inciter l'acheteur à se laisser tenter. Bref, on peut dire que Volkswagen a fait ses devoirs.
4, 5 ou 6 cylindres
L'approche mécanique est toutefois différente dans la mesure où le moteur d'entrée de gamme se veut désormais un 5-cylindres, celui-là même que l'on retrouve dans les modèles Golf et Jetta. Jumelé à une boîte manuelle à cinq rapports ou automatique à six rapports, il effectue un travail correct, sans plus. Les accélérations sont dans la moyenne, et le couple généreux joue en sa faveur. Mais les reprises pourraient être un peu plus mordantes.
En dehors de ce 5-cylindres qui, de surcroît, n'aura rien d'un petit buveur, on propose le moteur TDI (turbodiesel à injection directe) de 2 litres, produisant 140 chevaux et 236 lb-pi de couple. Voilà un moteur exceptionnel en tout point, offrant de bonnes accélérations, un couple incroyable et un silence étonnant. Il peut être jumelé à une boîte manuelle ou automatique (DSG), toutes deux à six rapports.
Ne consommant qu'environ 6,5 litres aux 100 kilomètres en moyenne, il constituera certainement le moteur le plus convoité de la gamme — du moins au Canada, nos voisins du sud ayant une sorte de blocage psychologique avec le diesel. Volkswagen prévoit néanmoins que 45 % des acheteurs opteront pour ce dernier, et qu'une autre tranche de 45 % pourrait opter pour le 5-cylindres. Quant aux 10 % restants, ils opteront pour le V6 de 3,6 litres, lequel produit 280 chevaux. Naturellement, ce dernier change complètement la donne quant au rendement du véhicule. Mais attendez-vous à voir votre facture d'essence passer du simple au double, par rapport au moteur TDI. Par contre, quel moteur exceptionnel!
Idéale pour un représentant sur la route en quête de confort, de fonctionnalité et d'efficacité énergétique, la Passat TDI deviendra sans doute un modèle très prisé. Volkswagen a d'ailleurs déjà pris contact avec des dizaines d'entreprises ayant des employés sur la route, qui conduisent actuellement des berlines rivales. On ne souhaite évidemment pas tapisser les routes de Passat par l'entremise des agences de location à court terme, mais Volkswagen considère qu'une bonne part de la clientèle pourrait provenir du milieu commercial. Pour ma part, je ne peux imaginer meilleur taxi que cette voiture, qui propose un maximum d'espace et de confort, pour une consommation comparable aux hybrides de la catégorie.
Aseptisée
Confortable et silencieuse, la Passat propose une conduite plus aseptisée. La tenue de route demeure très bonne, et la voiture répond efficacement aux commandes du conducteur, mais, cette fois, les adeptes de la conduite sans histoire y trouveront aussi leur compte. Pour les amateurs de conduite «à l'allemande», cela ne constitue peut-être pas une bonne nouvelle, mais il est clair qu'une majorité d'acheteurs (les Américains surtout) seront satisfaits. La Passat demeure néanmoins d'une grande stabilité, et drôlement plus agile que la moyenne de ses rivales.
Combien?
Ah, la grande question! Alors, voici: la Passat 2012 débute à 23 975 $, et peut atteindre tout près de 40 000 $, lorsqu'elle est équipée au maximum. Le modèle TDI le moins cher débute toutefois à 27 475 $, somme à laquelle il faut ajouter 1400 $ pour obtenir la boîte automatique. Essentiellement, la moyenne des Passat devrait se vendre autour de 28 000 $ à 30 000 $, soit un montant équivalent à celui des autres berlines intermédiaires.
Ainsi, on constate, comme avec la Jetta, que Volkswagen a choisi de se diriger vers le volume en proposant une voiture un peu plus générique, mais qui, par son prix et ses caractéristiques, devrait rejoindre beaucoup plus d'acheteurs. Car si, au Québec, l'histoire d'amour avec Volkswagen demeure forte, on est loin du compte aux États-Unis. Et c'est principalement là que la marque allemande se doit d'augmenter ses ventes pour devenir, comme elle le souhaite, le premier constructeur mondial d'ici quelques années.
***
Collaborateur du Devoir
Pour Volkswagen, cet investissement permet de contribuer à relancer une économie américaine qui en a bien besoin, en créant des emplois, mais aussi des partenariats avec des dizaines de fournisseurs de pièces américains et mexicains. Cette stratégie permet de mieux se positionner aux États-Unis, mais aussi d'abaisser de façon prononcée les coûts de production, évitant ainsi les dangers des fluctuations des taux de change.
C'est donc une Passat mieux adaptée au marché nord-américain, et surtout moins chère, qui nous arrivera au mois d'octobre prochain. N'ayant écoulé au Canada que 1800 unités de la Passat l'an dernier, le constructeur compte rejoindre pas moins de 8000 acheteurs pour 2012. Un défi de taille, si l'on considère de surcroît que la clientèle du modèle familial est également perdue.
Passat que de nom
Il faut toutefois savoir que la clientèle visée avec la nouvelle Passat n'est pas nécessairement celle qui se la procurait auparavant. En fait, cette voiture ne conserve de la Passat que son nom. Car, cette fois, on s'attaque véritablement au coeur de la catégorie des intermédiaires. On vise donc les acheteurs de Honda Accord, de Toyota Camry, Hyundai Sonata, Ford Fusion, Chevrolet Malibu et Cie...
Est-ce pour cette raison que les lignes sont aussi peu inspirantes? C'est encore plus frappant si on la compare aux modèles les plus récents de cette catégorie, comme les coréennes (Sonata et Optima), par exemple. Certes, ses lignes sont fluides et vieilliront sans doute très bien, mais elles sont on ne peut plus génériques. La Passat ressemble désormais à une voiture de location.
Trop d'espace ?
De nos jours, la majorité des acheteurs de berlines intermédiaires n'en font pas un usage familial. Ils sont souvent assez âgés pour ne plus avoir d'enfants à la maison, ce qui nous amène à nous interroger sur la pertinence d'offrir des berlines aussi spacieuses. Cela dit, cette observation ne semble pas être considérée par les constructeurs, puisque la Passat, comme l'Accord ou d'autres rivales, offre de l'espace à revendre. Beaucoup de dégagement à l'avant et, surtout, assez d'espace derrière pour les services de limousines aéroportuaires. Cela vous donne une idée!
À bord, les agencements de couleurs sont intéressants, mais la planche de bord très conservatrice n'a rien à voir avec ce que nous propose par exemple Kia dans sa nouvelle Optima. On remarque aussi que la qualité des matériaux est inférieure à celle du modèle précédent, ce qui se justifie toutefois par une baisse de prix substantielle.
Il faut en revanche admettre que la Passat, qui souffrait jadis de sièges manquant de soutien, propose aujourd'hui des baquets mieux sculptés et très confortables. Sur certaines versions, on peut même obtenir des sièges sport offrant un soutien franchement exceptionnel, ce qui nous rappelle directement ceux de la Volkswagen CC.
Quatre versions de la Passat seront proposées. Dans tous les cas, l'équipement est directement comparable à ce que propose la concurrence. Il faut également mentionner que certains groupes d'options sont offerts à prix franchement concurrentiels, ce qui pourrait facilement inciter l'acheteur à se laisser tenter. Bref, on peut dire que Volkswagen a fait ses devoirs.
4, 5 ou 6 cylindres
L'approche mécanique est toutefois différente dans la mesure où le moteur d'entrée de gamme se veut désormais un 5-cylindres, celui-là même que l'on retrouve dans les modèles Golf et Jetta. Jumelé à une boîte manuelle à cinq rapports ou automatique à six rapports, il effectue un travail correct, sans plus. Les accélérations sont dans la moyenne, et le couple généreux joue en sa faveur. Mais les reprises pourraient être un peu plus mordantes.
En dehors de ce 5-cylindres qui, de surcroît, n'aura rien d'un petit buveur, on propose le moteur TDI (turbodiesel à injection directe) de 2 litres, produisant 140 chevaux et 236 lb-pi de couple. Voilà un moteur exceptionnel en tout point, offrant de bonnes accélérations, un couple incroyable et un silence étonnant. Il peut être jumelé à une boîte manuelle ou automatique (DSG), toutes deux à six rapports.
Ne consommant qu'environ 6,5 litres aux 100 kilomètres en moyenne, il constituera certainement le moteur le plus convoité de la gamme — du moins au Canada, nos voisins du sud ayant une sorte de blocage psychologique avec le diesel. Volkswagen prévoit néanmoins que 45 % des acheteurs opteront pour ce dernier, et qu'une autre tranche de 45 % pourrait opter pour le 5-cylindres. Quant aux 10 % restants, ils opteront pour le V6 de 3,6 litres, lequel produit 280 chevaux. Naturellement, ce dernier change complètement la donne quant au rendement du véhicule. Mais attendez-vous à voir votre facture d'essence passer du simple au double, par rapport au moteur TDI. Par contre, quel moteur exceptionnel!
Idéale pour un représentant sur la route en quête de confort, de fonctionnalité et d'efficacité énergétique, la Passat TDI deviendra sans doute un modèle très prisé. Volkswagen a d'ailleurs déjà pris contact avec des dizaines d'entreprises ayant des employés sur la route, qui conduisent actuellement des berlines rivales. On ne souhaite évidemment pas tapisser les routes de Passat par l'entremise des agences de location à court terme, mais Volkswagen considère qu'une bonne part de la clientèle pourrait provenir du milieu commercial. Pour ma part, je ne peux imaginer meilleur taxi que cette voiture, qui propose un maximum d'espace et de confort, pour une consommation comparable aux hybrides de la catégorie.
Aseptisée
Confortable et silencieuse, la Passat propose une conduite plus aseptisée. La tenue de route demeure très bonne, et la voiture répond efficacement aux commandes du conducteur, mais, cette fois, les adeptes de la conduite sans histoire y trouveront aussi leur compte. Pour les amateurs de conduite «à l'allemande», cela ne constitue peut-être pas une bonne nouvelle, mais il est clair qu'une majorité d'acheteurs (les Américains surtout) seront satisfaits. La Passat demeure néanmoins d'une grande stabilité, et drôlement plus agile que la moyenne de ses rivales.
Combien?
Ah, la grande question! Alors, voici: la Passat 2012 débute à 23 975 $, et peut atteindre tout près de 40 000 $, lorsqu'elle est équipée au maximum. Le modèle TDI le moins cher débute toutefois à 27 475 $, somme à laquelle il faut ajouter 1400 $ pour obtenir la boîte automatique. Essentiellement, la moyenne des Passat devrait se vendre autour de 28 000 $ à 30 000 $, soit un montant équivalent à celui des autres berlines intermédiaires.
Ainsi, on constate, comme avec la Jetta, que Volkswagen a choisi de se diriger vers le volume en proposant une voiture un peu plus générique, mais qui, par son prix et ses caractéristiques, devrait rejoindre beaucoup plus d'acheteurs. Car si, au Québec, l'histoire d'amour avec Volkswagen demeure forte, on est loin du compte aux États-Unis. Et c'est principalement là que la marque allemande se doit d'augmenter ses ventes pour devenir, comme elle le souhaite, le premier constructeur mondial d'ici quelques années.
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Collaborateur du Devoir











