L'Acura TL : esthètes s'abstenir...
Une belle mécanique enfermée dans une boîte repoussante à regarder
Photo : Acura
La nouvelle berline TL était photographiée de dos sur la page couverture de son dossier de presse!
À retenir
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Fiche technique - Acura TL 2010
- Moteurs: V6 3,5 litres et 3,7 litres (SH-AWD)
- Puissance: 280 ch / 254 lb-pi; 305 ch / 275 lb-pi
- 0 à 100 km/h: 6,3 sec.
- Vitesse maximale : 230 km/h
- Consommation : 10,3 litres/100 km
- Échelle de prix : 39 990 $ (TL) à 48 490 $ (TL SH-AWD Tech)
C'était du jamais vu dans l'industrie automobile: l'an dernier, Acura a réussi à lancer un nouveau produit en évitant de le montrer de face et sous son vrai jour pendant plusieurs mois. Fait inusité, mais ô combien révélateur, la nouvelle berline TL était photographiée de dos sur la page couverture de son dossier de presse! Le long des autoroutes, les grands panneaux d'affichage extérieurs nous en montraient aussi une vue de trois quarts arrière dans la pénombre. Quant aux messages publicitaires télévisés, ils étaient filmés de nuit, et la voiture y défilait très rapidement sous l'éclairage insuffisant de quelques lampadaires épars. Visiblement, on avait quelque chose à cacher chez Acura, car même les concessionnaires de la marque tournaient leur TL le dos à la rue, probablement par peur de faire fuir la clientèle...
Il faut dire que la génération précédente de la TL avait tout pour elle: un moteur fougueux, aussi efficace que sobre, un habitacle cossu et confortable, un comportement routier aussi enjoué que rassurant, une fiabilité au-dessus de tout soupçon, et une ligne, ma foi, pas trop désagréable à regarder. Sans parler de son prix très compétitif pour la catégorie. Cette voiture était un des véritables chouchous des chroniqueurs automobiles qui n'hésitaient jamais à la recommander. Pour qu'elle soit parfaite et qu'elle brille parmi les meilleures, il ne lui manquait qu'une petite dose de prestance à l'extérieur et d'un soupçon de raffinement dans l'habitacle.
Malédiction!
Le sort en aura décidé autrement, car Acura a choisi de renforcer les qualités techniques de sa TL tout en sabotant son style. Si, sous certains angles, le dessin de la carrosserie peut paraître acceptable, l'ensemble a de quoi rendre nauséeux n'importe quel esthète. À commencer par cette calandre monstrueuse qui confond allègrement le dynamisme et la brutalité, ou l'agressivité avec la violence, à mi-chemin entre un chasse-neige et un gigantesque décapsuleur, et qui ne réussit qu'à attirer l'attention sur les proportions inélégantes d'un porte-à-faux avant interminable.
Et que dire de la résolution abominable de certains détails de surface qui n'ont tout simplement pas leur place dans les ligues majeures de l'automobile. En plus de nuire aux ventes de la TL, ces lignes nuisent aussi aux fonctions premières du véhicule en restreignant l'accès au coffre arrière qui est, au demeurant, plutôt vaste. En profitant d'une refonte pour défigurer sa berline la plus vendue, Acura a du même coup brisé le coeur des fidèles de la TL. Ce qui est encore plus consternant, c'est lorsque l'on comprend qu'il s'agit là de la proposition de design gagnante, celle qui a été retenue parmi plusieurs hypothèses qui ont été créées par les studios d'Acura. Il y a de quoi s'interroger sur la compétence des designers de la marque, ou sur la perspicacité des responsables qui ont donné le feu vert à la mise en production d'une telle horreur.
Mis à part sa robe qui finira par vous causer des dommages permanents à la rétine si vous la regardez trop longtemps, cette nouvelle version de la TL a reçu des améliorations notables sur le plan technique. Plusieurs redoutaient que l'arrivée d'une direction à assistance électrique ne vienne atténuer le plaisir de conduire; or il n'en est rien. À ce chapitre, la TL s'est vu doter, en 2009, du système de traction intégrale SH-AWD jusque-là réservé au vaisseau amiral de la gamme, l'Acura RL. Grâce à ce dispositif qui transfère la motricité aux roues extérieures en sortie de courbe, il est possible, en conduite sportive, de devancer le point de corde et de «forcer» le virage avec l'accélérateur. Et ça marche! Ce système gomme les erreurs de trajectoire des plus téméraires, tout en rendant la balade plus fluide et plus confortable pour les passagers.
Bénédiction!
L'âme de la voiture réside toujours dans son sublime et très suave moteur V6 de 3,7 litres (305 ch / 275 lb-pi) que l'on ne se lasse pas d'entendre chanter sous le capot. Le système SH-AWD lui vole bien un peu de puissance, en s'assurant de bien répartir la traction aux quatre roues et en prévenant les débordements. Bien que les accélérations n'apparaissent pas foudro-yantes puisque tout se passe dans le calme, il ne faut pas se fier aux apparences. Pour 2010, la TL en version SH-AWD peut désormais recevoir une boîte manuelle à six rapports, ce qui comblera les plus enthousiastes. Avec la boîte automatique, il est dommage que les palettes situées derrière le volant, et qui contrôlent les changements de rapports manuels en mode Sport, n'aient pas de redondance sur le levier de vitesse.
L'habitacle de la TL demeure un endroit très confortable pour passer de longues heures sur la route. Du moins, pour ceux qui s'assoient devant. En effet, il est surprenant de constater, dans une voiture de cette catégorie, que les places arrière soient un peu «justes» pour des adultes. Cela pourrait être imputable aux dossiers très épais des sièges avant qui volent de précieux millimètres aux tibias des passagers arrière. Ici aussi, le coup de crayon n'est pas très inspiré et reste un peu brouillon, mais les matériaux d'habillage sont d'une qualité irréprochable.
Signalons aussi ces accents métalliques décoratifs qui remplacent avantageusement l'igno-ble «faux bois en plastique lustré» que l'on nous impose dans l'ensemble des autres voitures de cette catégorie. Comme ce fut le cas pour d'autres produits de la gamme Acura, on déplorera le départ de l'écran tactile multifonctionnel qui est remplacé par une grosse molette au bas de la console centrale. C'est beaucoup moins intuitif et cela ajoute de la confusion au tableau de bord.
Verdict...
Dans ce segment, l'élégance et le prestige suggéré par les formes de la carrosserie, appuyé par le raffinement de l'habitacle, sont des différenciateurs importants qui permettent à un constructeur de gagner du terrain sur ses concurrents (demandez à Audi, BMW, ou Mercedes-Benz ce qu'ils en pensent...). Apparemment, Acura a choisi de faire fi de ces codes avec ses produits récents. Et c'est peut-être ce qui explique que les ventes de la gamme de luxe de Honda soient en chute libre.
En effet, on ne peut montrer du doigt la fiabilité exemplaire, la sécurité de premier plan, le brio de la mécanique ni même l'économie de carburant remarquable de ses véhicules pour justifier une telle déroute, pas plus que l'on ne peut faire porter le chapeau à la crise économique qui aura permis à d'autres constructeurs de voitures de luxe de prospérer plus que jamais.
Sous sa forme actuelle, l'Acura TL demeure une excellente voiture, agréable à conduire et confortable, mais dont il faut chercher la beauté dans ses prouesses techniques. Bref, c'est une belle mécanique enfermée dans une boîte qui demeure repoussante à regarder. Ce qui nous amène à ce paradoxe inévitable: pourquoi se donner la peine de créer un aussi bon produit, pour ensuite l'habiller de façon aussi hideuse? Et je ne dois pas être le seul à me poser cette question. Il y a sûrement quelques concessionnaires Acura assez perplexes qui doivent se poser la même question en regardant leurs statistiques de vente qui dégringolent.
Il faut dire que la génération précédente de la TL avait tout pour elle: un moteur fougueux, aussi efficace que sobre, un habitacle cossu et confortable, un comportement routier aussi enjoué que rassurant, une fiabilité au-dessus de tout soupçon, et une ligne, ma foi, pas trop désagréable à regarder. Sans parler de son prix très compétitif pour la catégorie. Cette voiture était un des véritables chouchous des chroniqueurs automobiles qui n'hésitaient jamais à la recommander. Pour qu'elle soit parfaite et qu'elle brille parmi les meilleures, il ne lui manquait qu'une petite dose de prestance à l'extérieur et d'un soupçon de raffinement dans l'habitacle.
Malédiction!
Le sort en aura décidé autrement, car Acura a choisi de renforcer les qualités techniques de sa TL tout en sabotant son style. Si, sous certains angles, le dessin de la carrosserie peut paraître acceptable, l'ensemble a de quoi rendre nauséeux n'importe quel esthète. À commencer par cette calandre monstrueuse qui confond allègrement le dynamisme et la brutalité, ou l'agressivité avec la violence, à mi-chemin entre un chasse-neige et un gigantesque décapsuleur, et qui ne réussit qu'à attirer l'attention sur les proportions inélégantes d'un porte-à-faux avant interminable.
Et que dire de la résolution abominable de certains détails de surface qui n'ont tout simplement pas leur place dans les ligues majeures de l'automobile. En plus de nuire aux ventes de la TL, ces lignes nuisent aussi aux fonctions premières du véhicule en restreignant l'accès au coffre arrière qui est, au demeurant, plutôt vaste. En profitant d'une refonte pour défigurer sa berline la plus vendue, Acura a du même coup brisé le coeur des fidèles de la TL. Ce qui est encore plus consternant, c'est lorsque l'on comprend qu'il s'agit là de la proposition de design gagnante, celle qui a été retenue parmi plusieurs hypothèses qui ont été créées par les studios d'Acura. Il y a de quoi s'interroger sur la compétence des designers de la marque, ou sur la perspicacité des responsables qui ont donné le feu vert à la mise en production d'une telle horreur.
Mis à part sa robe qui finira par vous causer des dommages permanents à la rétine si vous la regardez trop longtemps, cette nouvelle version de la TL a reçu des améliorations notables sur le plan technique. Plusieurs redoutaient que l'arrivée d'une direction à assistance électrique ne vienne atténuer le plaisir de conduire; or il n'en est rien. À ce chapitre, la TL s'est vu doter, en 2009, du système de traction intégrale SH-AWD jusque-là réservé au vaisseau amiral de la gamme, l'Acura RL. Grâce à ce dispositif qui transfère la motricité aux roues extérieures en sortie de courbe, il est possible, en conduite sportive, de devancer le point de corde et de «forcer» le virage avec l'accélérateur. Et ça marche! Ce système gomme les erreurs de trajectoire des plus téméraires, tout en rendant la balade plus fluide et plus confortable pour les passagers.
Bénédiction!
L'âme de la voiture réside toujours dans son sublime et très suave moteur V6 de 3,7 litres (305 ch / 275 lb-pi) que l'on ne se lasse pas d'entendre chanter sous le capot. Le système SH-AWD lui vole bien un peu de puissance, en s'assurant de bien répartir la traction aux quatre roues et en prévenant les débordements. Bien que les accélérations n'apparaissent pas foudro-yantes puisque tout se passe dans le calme, il ne faut pas se fier aux apparences. Pour 2010, la TL en version SH-AWD peut désormais recevoir une boîte manuelle à six rapports, ce qui comblera les plus enthousiastes. Avec la boîte automatique, il est dommage que les palettes situées derrière le volant, et qui contrôlent les changements de rapports manuels en mode Sport, n'aient pas de redondance sur le levier de vitesse.
L'habitacle de la TL demeure un endroit très confortable pour passer de longues heures sur la route. Du moins, pour ceux qui s'assoient devant. En effet, il est surprenant de constater, dans une voiture de cette catégorie, que les places arrière soient un peu «justes» pour des adultes. Cela pourrait être imputable aux dossiers très épais des sièges avant qui volent de précieux millimètres aux tibias des passagers arrière. Ici aussi, le coup de crayon n'est pas très inspiré et reste un peu brouillon, mais les matériaux d'habillage sont d'une qualité irréprochable.
Signalons aussi ces accents métalliques décoratifs qui remplacent avantageusement l'igno-ble «faux bois en plastique lustré» que l'on nous impose dans l'ensemble des autres voitures de cette catégorie. Comme ce fut le cas pour d'autres produits de la gamme Acura, on déplorera le départ de l'écran tactile multifonctionnel qui est remplacé par une grosse molette au bas de la console centrale. C'est beaucoup moins intuitif et cela ajoute de la confusion au tableau de bord.
Verdict...
Dans ce segment, l'élégance et le prestige suggéré par les formes de la carrosserie, appuyé par le raffinement de l'habitacle, sont des différenciateurs importants qui permettent à un constructeur de gagner du terrain sur ses concurrents (demandez à Audi, BMW, ou Mercedes-Benz ce qu'ils en pensent...). Apparemment, Acura a choisi de faire fi de ces codes avec ses produits récents. Et c'est peut-être ce qui explique que les ventes de la gamme de luxe de Honda soient en chute libre.
En effet, on ne peut montrer du doigt la fiabilité exemplaire, la sécurité de premier plan, le brio de la mécanique ni même l'économie de carburant remarquable de ses véhicules pour justifier une telle déroute, pas plus que l'on ne peut faire porter le chapeau à la crise économique qui aura permis à d'autres constructeurs de voitures de luxe de prospérer plus que jamais.
Sous sa forme actuelle, l'Acura TL demeure une excellente voiture, agréable à conduire et confortable, mais dont il faut chercher la beauté dans ses prouesses techniques. Bref, c'est une belle mécanique enfermée dans une boîte qui demeure repoussante à regarder. Ce qui nous amène à ce paradoxe inévitable: pourquoi se donner la peine de créer un aussi bon produit, pour ensuite l'habiller de façon aussi hideuse? Et je ne dois pas être le seul à me poser cette question. Il y a sûrement quelques concessionnaires Acura assez perplexes qui doivent se poser la même question en regardant leurs statistiques de vente qui dégringolent.
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