Audi R8: pour tutoyer Porsche et Ferrari
L’impact visuel de l’Audi R8 n’a rien à envier à celui de sa cousine italienne, la Lamborghini Gallardo.
Audi s'est bâti une forte image en course automobile, d'abord en rallye, au début des années 80, puis en endurance, en remportant les 24 heures du Mans huit fois au cours des neuf dernières années. Il ne restait plus qu'à transférer ce savoir-faire, cette expertise, dans une voiture de production. Certes, le groupe Volkswagen compte déjà un catalogue bien garni de voitures exotiques avec des marques comme Lamborghini, Bugatti et Bentley; mais il fallait tirer parti des succès récents de la marque aux anneaux en compétition. D'où la R8.
La belle
Moteur central, traction intégrale, carrosserie tout aluminium: Audi a fait les choses en grand. Visuellement, aussi: ce bolide pourrait très bien passer pour une création de Modène ou de Maranello. L'impact visuel n'a rien à envier à celui de sa cousine italienne, la Lamborghini Gallardo. Un bémol, toutefois, la partie centrale, qui fait tant jaser. Ce panneau situé derrière les portes brise la pureté des lignes, encore plus s'il est d'une couleur différente, ce qui est souvent le cas. En revanche, la vitre arrière qui offre une vue directe sur le moteur fait un effet boeuf à chaque arrêt.
Quelle ambiance!
L'impact visuel est aussi fort quand on examine l'habitacle: volant semi-circulaire, façon F1; grille de sélection en échelle, façon Ferrari ou Lamborghini; pédalier aluminium; tableau de bord avec l'instrumentation regroupée dans une nacelle... Belle ambiance! Comme toujours chez Audi, l'instrumentation est plus que complète, l'ergonomie, irréprochable, et la finition, très soignée. Des bruits de caisse se faisaient entendre dans une des deux R8 que j'ai pu conduire, mais il convient de préciser qu'elle avait plus de 10 000 kilomètres au compteur. Or, 10 000 kilomètres aux mains de chroniqueurs auto, cela équivaut à 10 000 kilomètres de torture. Dur, dur pour une voiture...
Quoi de mieux qu'un essai-marathon pour évaluer la qualité des sièges? Pour avoir roulé près de 3000 kilomètres en R8, je confirme que ces baquets sont irréprochables, tant pour le soutien que pour le confort. Malgré la hauteur du véhicule, les «grands 6-pieds» seront heureux de savoir qu'il y a beaucoup de dégagement pour la tête.
Artillerie lourde
La première cible de la R8 est allemande, comme elle: une certaine Porsche 911... La mesure étalon. LA référence. Depuis plus de 45 ans. Aux 6-cylindres de Zuffenhausen, la firme d'Ingolstadt a choisi d'opposer le V8 4,2 litres maison. Un choix «naturel», car ledit V8 est utilisé à plusieurs sauces dans la gamme Audi, avec une puissance variant selon le modèle. Niché dans la R8, il génère 420 chevaux. Contexte: c'est plus que le 6-cylindres atmosphérique de la 911 Carrera S (385 chevaux), mais moins que la 911 Turbo ou la Nissan GT-R (500 et 485 chevaux). Qu'importe, puisque la R8 peut aussi recevoir un V10 de 5,2 litres, qui lui permet de dépasser la barre des 500 chevaux. Si sa cylindrée vous dit quelque chose, c'est qu'il vient de chez Lamborghini. Ou plutôt l'inverse: c'est Audi qui fournit ce moteur à la marque italienne, qui lui appartient depuis 1998. Résumons: avec ses deux moteurs, la R8 peut ratisser large, côté concurrence.
La musique, c'est important pour une voiture sport. Le grondement du V8 ravit l'oreille sportive; ce n'est pas la sonorité incomparable (et inégalable) des moteurs italiens, mais il a un joli timbre et du coffre. Pour situer les amateurs, ça se situe entre le cri primal de la Corvette et la sonorité bien ronde et riche du V8 Ferrari. Pas mal, quand même! Le V10 émet un son assez similaire et il faudra une oreille experte pour différencier les deux.
La bête
Bon, la musique, c'est bien beau, mais qu'en est-il du rendement? Alors là, attention: la R8 est une bête. Très civilisé à vitesse de croisière, le V8 se déchaîne dès qu'on le titille. Généreux en couple, il ne dédaigne pas les envolées à haut régime. Le V10, lui, en raffole carrément! Les accélérations sont dignes d'une voiture de ce calibre, tout comme les reprises, instantanées. Y a-t-il une si grosse différence entre le V8 et le V10? Au risque de choquer les puristes (ou les snobs qui aiment faire l'étalage de la puissance de leurs engins), la réponse est non: 420 chevaux ou 525, c'est comme avoir 20 ou 25 millions de dollars... Évidemment, sur une piste de course, c'est autre chose: cette différence de puissance a toute son importance. En plus, vous ne perdrez pas votre permis de conduire... Mais en usage normal — tout est relatif —, le V8 suffit amplement. De plus, grâce à l'injection directe, ces deux moteurs consomment, ma foi, raisonnablement. Pour un pur-sang de ce genre, s'entend.
Le freinage est directement proportionnel à l'accélération, ce qui est toujours une bonne chose. Il est surpuissant, vif et prompt. Pas de surprise, c'est une allemande.
Pour mon plus grand plaisir, les deux exemplaires que j'ai pu conduire étaient munis d'une boîte manuelle; désolé pour les amateurs de boîtes séquentielles, mais, pour moi, c'est comme faire l'amour avec un condom. Si ce n'est pas nécessaire, je préfère sans. Question de sensations. Ne nous égarons pas: ladite boîte est un modèle d'étagement et de précision. Clac, clac, clac, les passages se font à la perfection. Pour qui n'a jamais expérimenté la chose, la grille de sélection intimide de prime abord, mais elle ne fait que faciliter les manoeuvres.
Athlète d'élite
L'ennemi numéro un d'une sportive, c'est le poids, on ne le dira jamais assez. La R8 peut dire un gros merci à sa carrosserie tout aluminium, qui la rend plus légère que ses rivales à traction intégrale (Nissan GTR et Porsche 911 Turbo). En slalom, épreuve révélatrice s'il en est (et impitoyable pour les kilos en trop), la R8 se montre ultra-agile, avec de super réflexes, que lui confère sa direction. Celle-ci est parfaite: rapide, d'une précision chirurgicale d'une fermeté savamment dosée. Bon, d'accord, elle est presque parfaite: le rayon de braquage est un peu trop grand.
La R8 est agile, très stable aussi: même lorsque l'on effectue des changements de trajectoires brusques, elle reste imperturbable et, dans les grandes courbes, son aplomb impressionne. La motricité exceptionnelle du système quattro y est pour beaucoup, en plus de contribuer à la tenue de route phénoménale de la R8. Si, si, phénoménale! À l'extrême limite, elle devient survireuse, mais, si vous êtes rendu là, il est déjà trop tard...
Conclusion
Audi a réussi de façon magistrale son entrée dans le très sélect créneau des voitures exotiques. D'entrée de jeu, la R8 rivalise sans complexe avec les meilleures sportives du moment, même les plus prestigieuses. Après s'être imposée aux 24 heures du Mans, comme Porsche et Ferrari avant elle, la marque aux anneaux se permet maintenant de venir jouer sur leur terrain. Sans complexe, j'insiste.
***
Collaborateur du Devoir
***
FICHE TECHNIQUE
AUDI R8
- Moteur: V8 4,2 L
- Puissance: 420 ch
- 0-100 km/h: 5,3 s
- Vitesse maximale: 301 km/h
- Consommation: 13,6 L/100 km
- Prix: 141 000 $
La belle
Moteur central, traction intégrale, carrosserie tout aluminium: Audi a fait les choses en grand. Visuellement, aussi: ce bolide pourrait très bien passer pour une création de Modène ou de Maranello. L'impact visuel n'a rien à envier à celui de sa cousine italienne, la Lamborghini Gallardo. Un bémol, toutefois, la partie centrale, qui fait tant jaser. Ce panneau situé derrière les portes brise la pureté des lignes, encore plus s'il est d'une couleur différente, ce qui est souvent le cas. En revanche, la vitre arrière qui offre une vue directe sur le moteur fait un effet boeuf à chaque arrêt.
Quelle ambiance!
L'impact visuel est aussi fort quand on examine l'habitacle: volant semi-circulaire, façon F1; grille de sélection en échelle, façon Ferrari ou Lamborghini; pédalier aluminium; tableau de bord avec l'instrumentation regroupée dans une nacelle... Belle ambiance! Comme toujours chez Audi, l'instrumentation est plus que complète, l'ergonomie, irréprochable, et la finition, très soignée. Des bruits de caisse se faisaient entendre dans une des deux R8 que j'ai pu conduire, mais il convient de préciser qu'elle avait plus de 10 000 kilomètres au compteur. Or, 10 000 kilomètres aux mains de chroniqueurs auto, cela équivaut à 10 000 kilomètres de torture. Dur, dur pour une voiture...
Quoi de mieux qu'un essai-marathon pour évaluer la qualité des sièges? Pour avoir roulé près de 3000 kilomètres en R8, je confirme que ces baquets sont irréprochables, tant pour le soutien que pour le confort. Malgré la hauteur du véhicule, les «grands 6-pieds» seront heureux de savoir qu'il y a beaucoup de dégagement pour la tête.
Artillerie lourde
La première cible de la R8 est allemande, comme elle: une certaine Porsche 911... La mesure étalon. LA référence. Depuis plus de 45 ans. Aux 6-cylindres de Zuffenhausen, la firme d'Ingolstadt a choisi d'opposer le V8 4,2 litres maison. Un choix «naturel», car ledit V8 est utilisé à plusieurs sauces dans la gamme Audi, avec une puissance variant selon le modèle. Niché dans la R8, il génère 420 chevaux. Contexte: c'est plus que le 6-cylindres atmosphérique de la 911 Carrera S (385 chevaux), mais moins que la 911 Turbo ou la Nissan GT-R (500 et 485 chevaux). Qu'importe, puisque la R8 peut aussi recevoir un V10 de 5,2 litres, qui lui permet de dépasser la barre des 500 chevaux. Si sa cylindrée vous dit quelque chose, c'est qu'il vient de chez Lamborghini. Ou plutôt l'inverse: c'est Audi qui fournit ce moteur à la marque italienne, qui lui appartient depuis 1998. Résumons: avec ses deux moteurs, la R8 peut ratisser large, côté concurrence.
La musique, c'est important pour une voiture sport. Le grondement du V8 ravit l'oreille sportive; ce n'est pas la sonorité incomparable (et inégalable) des moteurs italiens, mais il a un joli timbre et du coffre. Pour situer les amateurs, ça se situe entre le cri primal de la Corvette et la sonorité bien ronde et riche du V8 Ferrari. Pas mal, quand même! Le V10 émet un son assez similaire et il faudra une oreille experte pour différencier les deux.
La bête
Bon, la musique, c'est bien beau, mais qu'en est-il du rendement? Alors là, attention: la R8 est une bête. Très civilisé à vitesse de croisière, le V8 se déchaîne dès qu'on le titille. Généreux en couple, il ne dédaigne pas les envolées à haut régime. Le V10, lui, en raffole carrément! Les accélérations sont dignes d'une voiture de ce calibre, tout comme les reprises, instantanées. Y a-t-il une si grosse différence entre le V8 et le V10? Au risque de choquer les puristes (ou les snobs qui aiment faire l'étalage de la puissance de leurs engins), la réponse est non: 420 chevaux ou 525, c'est comme avoir 20 ou 25 millions de dollars... Évidemment, sur une piste de course, c'est autre chose: cette différence de puissance a toute son importance. En plus, vous ne perdrez pas votre permis de conduire... Mais en usage normal — tout est relatif —, le V8 suffit amplement. De plus, grâce à l'injection directe, ces deux moteurs consomment, ma foi, raisonnablement. Pour un pur-sang de ce genre, s'entend.
Le freinage est directement proportionnel à l'accélération, ce qui est toujours une bonne chose. Il est surpuissant, vif et prompt. Pas de surprise, c'est une allemande.
Pour mon plus grand plaisir, les deux exemplaires que j'ai pu conduire étaient munis d'une boîte manuelle; désolé pour les amateurs de boîtes séquentielles, mais, pour moi, c'est comme faire l'amour avec un condom. Si ce n'est pas nécessaire, je préfère sans. Question de sensations. Ne nous égarons pas: ladite boîte est un modèle d'étagement et de précision. Clac, clac, clac, les passages se font à la perfection. Pour qui n'a jamais expérimenté la chose, la grille de sélection intimide de prime abord, mais elle ne fait que faciliter les manoeuvres.
Athlète d'élite
L'ennemi numéro un d'une sportive, c'est le poids, on ne le dira jamais assez. La R8 peut dire un gros merci à sa carrosserie tout aluminium, qui la rend plus légère que ses rivales à traction intégrale (Nissan GTR et Porsche 911 Turbo). En slalom, épreuve révélatrice s'il en est (et impitoyable pour les kilos en trop), la R8 se montre ultra-agile, avec de super réflexes, que lui confère sa direction. Celle-ci est parfaite: rapide, d'une précision chirurgicale d'une fermeté savamment dosée. Bon, d'accord, elle est presque parfaite: le rayon de braquage est un peu trop grand.
La R8 est agile, très stable aussi: même lorsque l'on effectue des changements de trajectoires brusques, elle reste imperturbable et, dans les grandes courbes, son aplomb impressionne. La motricité exceptionnelle du système quattro y est pour beaucoup, en plus de contribuer à la tenue de route phénoménale de la R8. Si, si, phénoménale! À l'extrême limite, elle devient survireuse, mais, si vous êtes rendu là, il est déjà trop tard...
Conclusion
Audi a réussi de façon magistrale son entrée dans le très sélect créneau des voitures exotiques. D'entrée de jeu, la R8 rivalise sans complexe avec les meilleures sportives du moment, même les plus prestigieuses. Après s'être imposée aux 24 heures du Mans, comme Porsche et Ferrari avant elle, la marque aux anneaux se permet maintenant de venir jouer sur leur terrain. Sans complexe, j'insiste.
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FICHE TECHNIQUE
AUDI R8
- Moteur: V8 4,2 L
- Puissance: 420 ch
- 0-100 km/h: 5,3 s
- Vitesse maximale: 301 km/h
- Consommation: 13,6 L/100 km
- Prix: 141 000 $
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