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La Suzuki SX4 DDiS : trop bonne pour nous

Pascal Boissé   6 juillet 2009  Automobile
Bien qu’il s’agisse d’une sous-compacte d’un format identique à celui d’une Honda Fit, son aspect extérieur entretient l’ambiguïté en métissant les codes et en adoptant certains traits des VUS.
Bien qu’il s’agisse d’une sous-compacte d’un format identique à celui d’une Honda Fit, son aspect extérieur entretient l’ambiguïté en métissant les codes et en adoptant certains traits des VUS.
Avec une certaine stabilisation du prix des carburants, les acheteurs de véhicules sont devenus amnésiques. Bien peu se rappellent la panique générale de l'été dernier. Les constructeurs, eux, délaissent leurs projets de véhicules éco-énergiques et retombent dans leurs vieilles habitudes de la course à la puissance, au lieu d'importer chez nous ces moteurs diesel qui leur sauvent la mise ailleurs dans le monde, là où les prix des produits pétroliers rendent prohibitif l'usage d'autres types de motorisation. À titre d'exemple, l'Acura TSX qui devait hériter du diesel ultrapropre que Honda vend déjà en Europe a maintenant droit à un puissant V6 à la place. Et Nissan, qui devait importer une version diesel de sa Maxima dès cette année, a remis son projet à une date indéterminée. L'Amérique, et particulièrement les États-Unis, n'est pas la terre de prédilection des moteurs diesel. Les normes y sont calibrées pour favoriser les moteurs à essence (qui consomment plus), et les prix du carburant plus faibles rendent l'investissement requis pour un diesel difficile à justifier. Et c'est sans parler des préjugés du public à l'égard de ce type de moteurs.

Malheureusement pour les Québécois, friands de sous-compactes et de moteurs diesel, les produits offerts chez nous sont généralement alignés sur les goûts et les aspirations automobiles des Étatsuniens. C'est dans ce contexte que j'ai fait l'essai de la Suzuki SX4 en version turbodiesel 1,6 L DDiS, un modèle importé directement d'Europe par Suzuki Canada aux fins d'étude de marché. Ne courez pas tout de suite chez le concessionnaire, cette version de la SX4 n'est pas disponible au Canada.

Suzu... qui?

La Suzuki SX4 est un petit véhicule méconnu du grand public, et j'écris «véhicule», car, bien qu'il s'agisse d'une sous-compacte d'un format identique à celui d'une Honda Fit, son aspect extérieur entretient l'ambiguïté en métissant les codes et en adoptant certains traits des VUS. Il faut préciser que la SX4 est le seul de sa catégorie à pouvoir être doté, en option, de la traction aux quatre roues. Il s'agit là d'un atout important qui répond aux besoins des gens qui redoutent les dangers de la conduite en hiver. Cependant, il est toujours étonnant de constater à quel point la marque Suzuki a peu de résonance dans l'imaginaire des automobilistes. En effet, on me demande fréquemment: «Je cherche une petite voiture économique, fiable et qui aurait quatre roues motrices: que me recommandes-tu?» Les gens sont toujours surpris quand je leur parle de la SX4, et ils font même la moue de déception quand je prononce le nom de Suzuki. Pourquoi? Il faut dire que ce constructeur n'a pas jamais mis la priorité sur sa mise en marché sur notre continent: peu de modèles, peu de publicité, une stratégie de marque faible et un réseau de vente très discret. Notons que la situation est bien différente ailleurs dans le monde, où Suzuki impose sa production automobile avec autant de vigueur que ses motocyclettes.

La SX4, qui remplace la défunte Aerio dans la gamme Suzuki, est le fruit d'un partenariat avec le constructeur italien Fiat qui, d'ailleurs, vend sa propre version du véhicule, en Europe, sous le nom de Sedici. Le style du véhicule est aussi d'origine italienne puisque c'est le bureau d'études Italdesign, dirigé par le grand Giugiaro, qui a planché sur la ligne de la SX4. Le résultat n'est pas vilain, loin de là, mais avouons que celui qui a été nommé «designer automobile du siècle» par l'Automotive Hall of Fame a déjà fait des trucs plus spectaculaires par le passé. Si la SX4 à hayon est jolie et originale, Suzuki a cru bon trafiquer son design afin de créer une version berline en tronquant l'habitacle et en greffant un coffre arrière. Hum... Plus mignonne, plus pratique, plus compacte et plus polyvalente, on préférera de loin la version à hayon.

Volume lumineux

Dans l'habitacle, l'assemblage et la finition de la SX4 sont irréprochables, surtout si on tient compte de la catégorie. Le tableau de bord est simple, clair, et les différentes commandes sont bien disposées. C'est minimaliste dans le bon sens du terme. La garde au toit importante donne une belle impression d'espace, ce qui est accentué par la taille des vitres qui apportent une très bonne visibilité périphérique. Vu de l'extérieur, on ne devine pas la taille de l'espace disponible derrière les sièges arrière. Quand ces derniers sont rabattus, un volume aussi important que pratique est dégagé. La configuration particulière des montants du pare-brise occulte le point de corde en conduite rapide sur des routes sinueuses, ce qui peut devenir agaçant, mais la vitre intermédiaire entre le montant et la portière devient très utile en ville.

Revenons à cette version turbodiesel DDiS si exotique de ce côté-ci de la mare. Ce petit moulin, d'origine Peugeot, est fort peu discret: à froid, ses vibrations sont telles que l'image se brouille dans le rétroviseur! On est très loin des diesels surpuissants et onctueux que les Allemands installent sous le capot de leurs berlines de grand luxe. Aussi rugueux et agricole soit-il, ce moteur n'émet, par contre, aucun effluve désagréable et aucune fumée noire. Même à l'arrêt, les vitres baissées, la présence du diesel est pratiquement indécelable pour le nez (mais pas pour les oreilles!). Sa puissance est bien faible (88 ch/158 lb-pi), mais la courbe de couple très plate vous facilite la vie en conduite urbaine. Somme toute, il s'agit d'un petit véhicule très agréable à conduire et, étrangement, ce mini diesel ajoute un charme original à l'engin. En Europe, le SX4 est offert en configuration traction-avant seulement avec ce moteur. Là-bas, pour la version 4x4, Suzuki a recours à un diesel un peu plus gros d'origine Fiat (1,9 L/118ch/206lb-pi).

Parfait pour le Québec

La SX4 DDiS est très économe en carburant dans des conditions normales, mais aussi par temps froid (ce qui est rarement le cas des hybrides...). La consommation moyenne de 5,7 L/100 km de la SX4 DDiS est à peu près ce qu'on tirerait d'une voiture hybride très efficace munie de pneus d'été spéciaux à basse friction, dans des conditions idéales, et en conduisant du bout des doigts, la langue entre les dents, en demeurant très en deçà de la limite permise en tout temps. Rien de cela avec le petit turbodiesel: une conduite normale suffit et les résultats sont là 12 mois sur 12, sans effort ni migraine.

L'idéal pour notre climat serait la version à quatre roues motrices dotée du turbodiesel de 1,9 L. Les «quatre pattes» en option sont un différentiateur de poids dans le segment des sous-compactes. Il faut regarder du côté des compactes Subaru Impreza ou du duo Pontiac Vibe / Toyota Matrix pour trouver un équivalent. Le diesel 1,9 L fait passer la consommation à 6,6 L/100 km, ce qui demeure plus que raisonnable. Bien qu'on aimerait avoir plus de véhicules de cette trempe sur le marché, et malgré le vif intérêt suscité par ce modèle chez tous ceux qui l'ont conduit, le constructeur réfléchit toujours sur la possibilité d'importer la SX4 DDiS au Canada. Chez Suzuki, on reste évasif. Il faudrait probablement que le prix de l'essence remonte au-delà des 1,50 $/L pour qu'ils se décident. De plus, les représentants de Suzuki ont refusé de répondre à une autre de mes questions: à qui dois-je envoyer un dépôt afin mettre mon nom sur la liste d'attente?

***

FICHE TECHNIQUE - Suzuki SX4 DDiS 2009

- Moteurs: I4 turbodiesel 1,6 L

- Puissance: 88 ch / 158 lb-pi

- 0 à 100 km/h: 12,2 sec.

- Vitesse maximale: 175 km/h

- Consommation: 5,7 L/100 km

- Échelle de prix: SX4 DDiS pas vendue au Canada (estimé: environ 20 500 $)

- SX4 à essence de 17 200 $ à 22 700 $ (JLX 4RM)
 
 
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