Salon de l'auto de Detroit - Déroute ou mutation?
Photo : Agence France-Presse
Les beaux décors, les fontaines, les jeux d’éclairage spectaculaires sont restés à l’entrepôt. Chez Chrysler et GM (dont on voit ici le président Rick Wagoner), le dépouillement des kiosques fait peine à voir.
L'ambiance glauque et les déboires des constructeurs automobiles, dus à l'effondrement de leurs ventes au cours des derniers mois, ont obligé les organisateurs du Salon automobile de Detroit, qui ouvre ses portes au public samedi, à des réaménagements de dernière minute. En effet, sept constructeurs ont décidé d'annuler leur présence, craignant que les coûts engagés n'entraînent pas les retombées escomptées.
Ceux qui ne se sont pas abstenus ont réduit leurs prestations: fini les feux d'artifice, les cascades et les acrobates. Place aux signes visibles de l'austérité pour éviter le courroux des actionnaires. La situation est particulièrement évidente chez GM et Chrysler, littéralement condamnés à la mendicité pour éviter une faillite imminente. Avec, en toile de fond, les négociations pour obtenir des liquidités de plusieurs milliards de dollars grâce à un prêt gouvernemental, on comprend que les beaux décors, les fontaines et les jeux d'éclairage spectaculaires soient restés à l'entrepôt. Chez ces deux cons-tructeurs, le dépouillement des kiosques fait peine à voir.
Une atmosphère «électrisante»
De même qu'il ne faut pas avoir l'air de dépenser inconsidérément l'argent du contribuable devenu commanditaire, il faut se plier aux exigences formulées à Washington selon lesquelles les constructeurs devraient dorénavant fabriquer des produits plus écologiques et moins énergivores. Il y a ainsi une quantité fantastique de projets de voitures électriques sur le plancher: des prototypes sérieux, appuyés sur une stratégie manufacturière solide, telles la Chevrolet Volt et des variantes qui découleront de la même plate-forme mécanique, mais aussi d'improbables concepts frisant la fumisterie.
Partout, on voit ces prototypes bardés d'autocollants qui annoncent les miracles dont ils sont capables, et pratiquement chaque constructeur communique exclusivement sur l'axe des technologies vertes. Dans bien des cas, ce bouquet de bonnes intentions ne durera que le temps du Salon, surtout si le prix de l'essence en venait à se stabiliser à un niveau bas pendant quelques mois. Par ailleurs, avec toute cette récupération opportune des technologies vertes, maintenant arrivées à maturité, par les autres constructeurs, c'est Honda et Toyota qui se sont fait dérober leur créneau autrefois exclusifs de constructeurs soi-disant vertueux.
Un non-événement
Une des conséquences des annulations a été l'annonce, il y a quelques semaines, par les organisateurs du Salon de Detroit, que des constructeurs chinois allaient combler les vides sur le plancher d'exposition principal. Cette annonce a créé une véritable commotion: en même temps que nous assisterions à l'enterrement de l'industrie automobile telle que nous la connaissons, nous serions aussi les témoins de l'invasion chinoise, joignant l'insulte à l'injure en venant sceller le cercueil. Certes, deux fabricants chinois se sont présentés à Detroit, BYD et Brillance, mais il faut noter qu'ils étaient au nombre de cinq l'an dernier, même s'ils étaient relégués au sous-sol du Centre Cobo. Globalement, il s'agit d'une présence minimale de la Chine qui n'a rien à voir avec l'invasion attendue. De plus, il est toujours sidérant de constater l'ampleur du fossé culturel qui semble séparer les Chinois des Coréens ou des Japonais dans leur aptitude à comprendre une autre culture avant de pouvoir s'y immiscer pour y vendre des produits.
Où sont les poneys?
Une autre conséquence de la crise a été l'escamotage de ce qui devait être le clou du spectacle: le lancement de voitures sport populaires, que les Américains nomment «pony cars» ou «muscle cars». Le Salon de Detroit 2009 devait être une grande fête de la renaissance du genre, avec l'arrivée de la Dodge Challenger, de la nouvelle Mustang et de sa version extrême, la Shelby GT500, ainsi que de la présentation de la Chevrolet Camaro réinventée. Du moins, c'est ce que l'on prévoyait l'an dernier à pareille date, avant que la flambée des prix du pétrole et que la crise du crédit ne viennent jeter une douche glacée sur les plans des constructeurs américains. Mues par de gros moteurs V8, ces voitures sont une sorte d'hommage nostalgique à une époque où l'Amérique consommait et polluait avec insouciance. Au lieu du lancement auquel elles croyaient avoir droit, ces voitures sont restées dans l'ombre. L'insouciance que vendait jadis Detroit n'a plus bonne presse dans les médias de Washington ni au Congrès.
De toute évidence, les constructeurs ont gardé les mauvaises nouvelles pour plus tard. Ce n'était pas souhaitable pour eux d'annoncer à Detroit la disparition de divisions ou de bannières, des mises à pied massives, ou des mesures de protection contre leurs créanciers. Mais ça viendra, plus tôt que tard. À force de voir les représentants des constructeurs refuser d'annoncer les mauvaises nouvelles imminentes et toujours montrer du doigt des facteurs externes pour expliquer leurs malheurs, on finit par se demander dans quel monde ils vivent. Le déni est rarement un outil de transformation productif. Et tous ceux qui, en allant à Detroit, croyaient assister à un enterrement de l'industrie automobile, ont eu droit à un baroud d'honneur: les derniers soubresauts avant que des changements fondamentaux ne reconfigurent en profondeur l'échiquier de cette industrie.
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Collaborateur du Devoir
Ceux qui ne se sont pas abstenus ont réduit leurs prestations: fini les feux d'artifice, les cascades et les acrobates. Place aux signes visibles de l'austérité pour éviter le courroux des actionnaires. La situation est particulièrement évidente chez GM et Chrysler, littéralement condamnés à la mendicité pour éviter une faillite imminente. Avec, en toile de fond, les négociations pour obtenir des liquidités de plusieurs milliards de dollars grâce à un prêt gouvernemental, on comprend que les beaux décors, les fontaines et les jeux d'éclairage spectaculaires soient restés à l'entrepôt. Chez ces deux cons-tructeurs, le dépouillement des kiosques fait peine à voir.
Une atmosphère «électrisante»
De même qu'il ne faut pas avoir l'air de dépenser inconsidérément l'argent du contribuable devenu commanditaire, il faut se plier aux exigences formulées à Washington selon lesquelles les constructeurs devraient dorénavant fabriquer des produits plus écologiques et moins énergivores. Il y a ainsi une quantité fantastique de projets de voitures électriques sur le plancher: des prototypes sérieux, appuyés sur une stratégie manufacturière solide, telles la Chevrolet Volt et des variantes qui découleront de la même plate-forme mécanique, mais aussi d'improbables concepts frisant la fumisterie.
Partout, on voit ces prototypes bardés d'autocollants qui annoncent les miracles dont ils sont capables, et pratiquement chaque constructeur communique exclusivement sur l'axe des technologies vertes. Dans bien des cas, ce bouquet de bonnes intentions ne durera que le temps du Salon, surtout si le prix de l'essence en venait à se stabiliser à un niveau bas pendant quelques mois. Par ailleurs, avec toute cette récupération opportune des technologies vertes, maintenant arrivées à maturité, par les autres constructeurs, c'est Honda et Toyota qui se sont fait dérober leur créneau autrefois exclusifs de constructeurs soi-disant vertueux.
Un non-événement
Une des conséquences des annulations a été l'annonce, il y a quelques semaines, par les organisateurs du Salon de Detroit, que des constructeurs chinois allaient combler les vides sur le plancher d'exposition principal. Cette annonce a créé une véritable commotion: en même temps que nous assisterions à l'enterrement de l'industrie automobile telle que nous la connaissons, nous serions aussi les témoins de l'invasion chinoise, joignant l'insulte à l'injure en venant sceller le cercueil. Certes, deux fabricants chinois se sont présentés à Detroit, BYD et Brillance, mais il faut noter qu'ils étaient au nombre de cinq l'an dernier, même s'ils étaient relégués au sous-sol du Centre Cobo. Globalement, il s'agit d'une présence minimale de la Chine qui n'a rien à voir avec l'invasion attendue. De plus, il est toujours sidérant de constater l'ampleur du fossé culturel qui semble séparer les Chinois des Coréens ou des Japonais dans leur aptitude à comprendre une autre culture avant de pouvoir s'y immiscer pour y vendre des produits.
Où sont les poneys?
Une autre conséquence de la crise a été l'escamotage de ce qui devait être le clou du spectacle: le lancement de voitures sport populaires, que les Américains nomment «pony cars» ou «muscle cars». Le Salon de Detroit 2009 devait être une grande fête de la renaissance du genre, avec l'arrivée de la Dodge Challenger, de la nouvelle Mustang et de sa version extrême, la Shelby GT500, ainsi que de la présentation de la Chevrolet Camaro réinventée. Du moins, c'est ce que l'on prévoyait l'an dernier à pareille date, avant que la flambée des prix du pétrole et que la crise du crédit ne viennent jeter une douche glacée sur les plans des constructeurs américains. Mues par de gros moteurs V8, ces voitures sont une sorte d'hommage nostalgique à une époque où l'Amérique consommait et polluait avec insouciance. Au lieu du lancement auquel elles croyaient avoir droit, ces voitures sont restées dans l'ombre. L'insouciance que vendait jadis Detroit n'a plus bonne presse dans les médias de Washington ni au Congrès.
De toute évidence, les constructeurs ont gardé les mauvaises nouvelles pour plus tard. Ce n'était pas souhaitable pour eux d'annoncer à Detroit la disparition de divisions ou de bannières, des mises à pied massives, ou des mesures de protection contre leurs créanciers. Mais ça viendra, plus tôt que tard. À force de voir les représentants des constructeurs refuser d'annoncer les mauvaises nouvelles imminentes et toujours montrer du doigt des facteurs externes pour expliquer leurs malheurs, on finit par se demander dans quel monde ils vivent. Le déni est rarement un outil de transformation productif. Et tous ceux qui, en allant à Detroit, croyaient assister à un enterrement de l'industrie automobile, ont eu droit à un baroud d'honneur: les derniers soubresauts avant que des changements fondamentaux ne reconfigurent en profondeur l'échiquier de cette industrie.
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