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Lexus IS-F - Débridée et délinquante

Philippe Laguë   4 août 2008  Automobile
Les Lexus sont des voitures qui, au mieux, me laissent froid. Je reconnais leurs qualités (raffinement, confort, fiabilité, et tout ça) et je n'hésite pas une seule seconde à les recommander; mais personnellement, elles m'ennuient. Il y avait une exception: la berline IS, le modèle d'entrée de gamme. Mais, depuis sa refonte, il y a deux ans, elle est devenue une Lexus comme les autres: bien élevée, sage comme une image... et aussi ennuyeuse à regarder qu'à conduire. Jusqu'à ce qu'apparaisse une créature appelée IS-F.

Ce paquet de dynamite concentrée déguisé en berline de luxe est la réplique nippone aux réputées BMW M3, Audi S4 et Mercedes C63 AMG, des berlines sport allemandes gonflées aux stéroïdes, qui carburent à l'adrénaline. Aux côtés de ses soeurs, les IS 250 et 350, l'IS-F est le mouton noir. Or, il se trouve que j'ai un faible pour les délinquantes...

Le design Lexus...

Autant la première de la lignée, l'IS 300 (1999-2006), était une réussite esthétique, autant le modèle de deuxième génération ressemble à... une Lexus. Non pas qu'elle soit laide, mais sa ligne anonyme n'a pas la présence, ni l'impact visuel, de ses rivales allemandes.

L'IS-F a un peu plus de gueule avec ses jantes sport et ses pneus à profil très bas, sans parler de la bosse sur le capot qui laisse supposer qu'il y a quelque chose de gros là-dessous...

... et la qualité Lexus

Les Lexus ont de grandes qualités, je le répète. La qualité de construction en est une. Comme toujours, à l'intérieur, l'assemblage est irréprochable et la finition, cossue. En sa qualité de sportive de la famille, l'IS-F a droit, en sus, à un pédalier en aluminium perforé et à un volant recouvert de cuir, perforé lui aussi. Ces deux matériaux sont omniprésents dans l'habitacle; il y a de l'aluminium (recouvert de plastique, cette fois) dans la console et les portières. Quant aux sièges, ils sont évidemment habillés de cuir.

À l'avant, les baquets, inspirés de ceux que l'on retrouve dans des voitures de course, enveloppent le corps et le gardent bien en place. Ils sont évidemment très confortables: nous sommes à bord d'une Lexus, après tout.

Il en va de même pour les places arrière, avec une banquette bien sculptée, séparée par une console au centre et un appuie-bras qui cache une trappe pour les skis. Le dégagement est correct pour les jambes, mais un peu juste pour la tête.

Lexus, c'est Toyota, ce qui veut aussi dire une ergonomie bien pensée, avec des commandes simples et accessibles, ainsi que des espaces de rangement là où il en faut, et plus encore: outre les vide-poches dans les portières, on trouve deux boîtes à gants et une autre dans la console.

Tigre d'Asie

Roues arrière motrices, V8 de 423 chevaux, 0-100 km/h en moins de 5 secondes: l'IS-F, sur papier, annonce de grandes choses. Et le F de son appellation, c'est pour Fuji, comme le mont, bien sûr, mais aussi la piste de course. Qui appartient à Toyota, qui possède Lexus. CQFD.

Dès que l'on appuie sur l'interrupteur qui démarre la bête, le V8 émet un grondement qui laisse entrevoir un sacré tempérament. En maintenant l'accélération, la sonorité descend d'une octave, dans un registre encore plus grave. Et si l'on continue, on change de registre à nouveau. Bref, on ne reconnaît plus le placide V8 qui dort sous le capot des Lexus GS et LS. Bon, il a été modifié (bielles en titane, vilebrequin renforcé), mais tout de même... C'est Dr Jekyll et Mr. Hyde!

Pour gérer ce tigre d'Asie, pas de boîte manuelle, hélas, mais une boîte automatique dotée d'un mode séquentiel, qui permet de passer les rapports manuellement à l'aide de leviers de chaque côté du volant. C'est la mode. Ladite boîte n'a pas cinq ou six rapports, mais bien huit! Pourquoi? Bonne question. Entre vous et moi, ça ne sert pas à grand-chose, on le constate à l'usage. Toutefois, les passages sont fluides, rapides avec, en prime, un double débrayage lors des rétrogradations. J'aime.

Plus sages

Plus sages, les IS 250 et 350 ont droit à des V6 de 2,5 et 3,5 litres respectivement. D'où leur appellation, vous l'aurez deviné (vous êtes vraiment forts). Puissance respective: 204 et 306 chevaux, ce qui est plus qu'adéquat. Mais pour le caractère, on repassera: ces moteurs mettent l'accent sur la souplesse, la douceur et la discrétion, et c'est franchement réussi de ce côté; mais ils sont avares de sensations. On est loin des 6-cylindres de BMW !

Le plus petit des V6 peut être jumelé, au choix, à une boîte manuelle ou automatique, toutes deux à six rapports. Le 3,5 litres doit se contenter, lui, de la boîte automatique, ce qui est un peu décevant. Autre incongruité: le rouage intégral, essentiel pour notre climat, est réservé exclusivement à l'IS 250. Voilà comment on perd des acheteurs aux mains de BMW, Audi et Mercedes.

Plaisirs interdits

Maintenant, LA question: peut-on s'amuser au volant d'une Lexus ? Oui et non. Avec l'IS-F, plaisirs interdits et sensations fortes sont au programme, mais les deux autres privilégient le confort. Ce qui est quand même dommage, car leur devancière, l'IS 300, était la seule berline japonaise de cette catégorie capable de rivaliser avec la BMW Série 3, la référence en matière d'agrément de conduite. La deuxième génération a perdu cette étincelle qui faisait le charme de ce modèle. Par contre, force est d'admettre que la douceur de roulement est exceptionnelle. Vraiment.

Pour les montées d'adrénaline, c'est l'IS-F qui s'impose. Une panoplie d'aides électroniques au pilotage aura tôt fait de mettre en confiance: ABS, antipatinage, contrôle de trajectoire, répartition du freinage... Et quel freinage! Surpuissant et résistant, sans doute capable d'arrêter un Boeing. Bonne chose, car l'IS-F accélère comme un avion à réaction et peut atteindre des vitesses capables de vous faire perdre votre permis de conduire pour les 432 prochaines années.

Si l'on décide de s'éclater sur un parcours sinueux (ou sur un circuit, ce qui est possible à deux ou trois endroits au Québec), on constate, de prime abord, une certaine mollesse des trains roulants. L'IS-F tient la route comme une championne, mais elle n'a pas encore l'aplomb d'une allemande, se dit-on... Toutefois, il suffit de passer en mode Sport, en appuyant simplement sur un commutateur au tableau de bord (bien caché, d'ailleurs) et là, ça devient vraiment sérieux! Tout se durcit, suspension, direction, et l'IS-F devient une véritable berline sport de haut niveau, capable de faire la nique aux BMW, Audi et Mercedes de ce monde.

Conclusion

Lexus qui fait une voiture excitante, qui l'eût cru? Chez les Japonais, on se serait plutôt attendu à Nissan (Infiniti), Honda (Acura) ou même Mazda pour nous faire goûter quelque chose d'aussi épicé. Mais il semblerait que c'est Toyota qui avait du wasabi dans son garde-manger !

La beauté de la berline IS, c'est qu'elle peut aussi se montrer raisonnable et retrouver ses bonnes manières. Les IS 250 et 350 sont des voitures luxueuses, raffinées, très confortables et construites avec rigueur.

Qui plus est, elles affichent une fiabilité exemplaire, ce qui n'est certes pas le cas de leurs rivales allemandes, et le service après-vente des concessionnaires de la marque est lui aussi nettement supérieur. Voilà qui pèse lourd dans la balance.

***

Collaborateur du Devoir

***

FICHE TECHNIQUE LEXUS IS-F

- Moteur: V8 5,0 L

- Puissance: 400 ch 0-100 km/h: 4,7 s

- Vitesse maximale: 262 km/h

- Consommation moyenne: 14,5 L/ 100 km

- Échelle de prix : 31 900 $ (IS 250) à 68 500 $ (IS-F Série 2)
 
 
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  • Pierre Garon - Inscrit
    4 août 2008 09 h 12
    En effet...
    Cette IS-F m'excite énormément! Malheureusement, il faut être très fortuné pour se permettre une voiture de 70 000$ que l'on va utiliser que 6 mois par année! Mais j'ai une question pour vous: comme prix de consolation, j'ai la chance d'acheter une IS300 Sportcross 2002, dont vous dites du bien (esthétisme, agrément de conduite). Il parait que ce modèle, Sportcross, est très rare au Québec, qu'il y en aurait eu à peine une dizaine de vendus?(pouvez-vous vérifier?) Est-ce un mauvais signe ou au contraire, un plus d'acheter un modèle si rare? Merci.
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  • Jean-Michel Carrier - Inscrit
    4 août 2008 10 h 02
    vous êtes en forme M. Laguë!
    Chronique très bien rédigée! Agréable à lire et instructif. Merci!
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  • Claude L'Heureux - Abonné
    4 août 2008 16 h 40
    Jeux de fou
    Il faut avoir trop d'argent pour acheter ces voitures qui font augmenter les coûts de l'essence et tout ce qui s'y rattache. C'est l'économie qui en prend pour son rhume. Il faudrait donc augmenter les impôts pour les acheteurs ayant ce niveau de revenus ainsi que les taxes de ces véhicules de fou afin de garder notre économie plus compétitive...

    Claude L'Heureux, Québec
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  • Claude Tremblay - Abonné
    5 août 2008 06 h 15
    IS-F vs SRT8
    Depuis 2 ans, je conduis une Chrysler 300C SRT8, avec assez de puissance (425 ch) pour me faire perdre mon permis de conduire pendant toutes les années qui me restent à vivre!

    Seulement, où peut-on pas trop loin d'où je demeure (Hawkesbury, Ontario), lâcher la bride de tous ces chevaux qui s'endorment sous le capot avec nos limites désuètes de 100 kmh (imposées en partie par la qualité douteuse de nos autoroutes et la piètre performance de nos as du volant!).

    Quant à la SRT8, y a-t-il quelqu'un parmi les lecteurs qui peut comparer la IS-F à la SRT8 quant à leur qualité en tant que voitures grand sport?
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