Québec 2005, professions et PME - Il faut remettre sur rail la locomotive de l'exportation
«Nos exportateurs auraient avantage à diversifier leurs marchés vers les États du sud et de l'ouest»
Les entreprises manufacturières qui exportent leurs produits à l'extérieur du Québec sont considérées comme la locomotive de notre développement économique. Expédiant chaque année pour 130 milliards de dollars de marchandises, elles constituent le plus important employeur du Québec, avec leurs 630 000 travailleurs. De surcroît, les trois quarts de ces emplois reposent sur le commerce extérieur alors qu'en région, un emploi direct sur trois dépend du secteur manufacturier.
Depuis cinq ans toutefois, comme le constate Daniel Charron, nos exportations sont en difficulté puisqu'elles sont inférieures de six milliards de dollars à ce qu'elles étaient en l'an 2000. Plus important encore: alors que le Québec enregistrait il y a cinq ans des surplus commerciaux de sept milliards de dollars avec l'étranger, voilà que nous avons à présent une balance commerciale déficitaire. «C'est un élément dont on parle très peu, souligne M. Charron, mais c'est un phénomène troublant puisqu'une petite économie comme la nôtre a davantage à gagner qu'à perdre sur la scène internationale.» À ses yeux, en effet, l'économie canadienne ne représente que 2 % de l'économie mondiale; «c'est dire que 98 % des marchés potentiels se trouvent à l'extérieur du pays!».
Économiste de formation, Daniel Charron préside les Manufacturiers et Exportateurs du Québec, un regroupement de 650 membres qui constitue la plus vieille association d'entreprises au Canada. «Notre mission, indique-t-il, est de faire la promotion et la défense des intérêts des entreprises manufacturières exportatrices du Québec. Nous faisons également la promotion de ce secteur en tant que locomotive du développement économique.» Il précise en outre que plus des deux tiers des membres des MEQ sont des PME comportant de 40 à 200 employés.
Pour montrer à quel point l'exportation propulse notre économie, il rappelle que les études réalisées par les gouvernements indiquent qu'environ 40 % de notre produit intérieur brut (PIB) dépend de celles-ci, et qu'entre 85 % et 90 % des exportations sont constituées de biens manufacturés. «Nous exportons donc principalement des objets manufacturés», souligne-t-il.
Freins multiples sur la locomotive
On imagine qu'il est plus difficile d'exporter nos produits vers les États-Unis — notre marché principal — depuis les attentats du 11 septembre 2001. Toutefois, le p.-d.g. des MEQ émet un bémol: «Je dirais que les difficultés ont commencé auparavant car, dès l'an 2000, on ressentait déjà des signes de ralentissement dans l'économie américaine. Bien sûr, poursuit-il, ces difficultés ont été exacerbées par les attentats mais, depuis, se sont ajoutés un dollar canadien fort ainsi qu'une foule de mesures aux frontières américaines, sans oublier quelques conflits particuliers, dont celui du bois d'oeuvre... Voilà qui constitue un beau mélange d'obstacles à franchir pour nos entreprises.»
Il observe heureusement que la situation tend à s'améliorer: «L'année 2004 a été meilleure que 2003, dit-il, mais on n'est pas encore revenu au niveau d'exportations de 2000.» Qu'en sera-t-il de 2005? Il est trop tôt pour le dire, mais Daniel Charron s'attend à ce qu'il s'agisse d'une année où l'on constatera une certaine amélioration de nos exportations.
Par contre, depuis peu, de nouveaux facteurs viennent entraver davantage nos exportations, à savoir une nouvelle augmentation de la valeur du dollar canadien — «ce qui affecte davantage notre "compétitivité" sur les marchés étrangers» — ainsi que les récentes augmentations considérables des coûts de l'énergie. «Ce dernier facteur nuit de plusieurs façons à nos exportations, explique l'économiste. Bien entendu, il nous en coûte plus cher en frais de transport. Mais il m'apparaît que le principal impact sera davantage l'incertitude que cela fait planer sur l'économie américaine. C'est-à-dire que plus il en coûte cher à chaque Américain pour faire le plein d'essence, moins chacun d'entre eux a les moyens de consommer... les produits que nous fabriquons.»
Et puisque le Canada est un exportateur de pétrole, la hausse du prix du baril accroît davantage la valeur de notre dollar. «Voilà qui pénalise particulièrement les économies de l'Ontario et du Québec, qui ne sont justement pas exportatrices de pétrole», fait remarquer M. Charron.
Viser davantage le marché américain?
Le président-directeur général des Manufacturiers et Exportateurs du Québec décrit la croissance fulgurante de nos exportations en rappelant que nous sommes «un jeune joueur» en la matière. «En 1976, dit-il, on exportait pour moins de cinq milliards de dollars alors que, 30 ans plus tard, nous expédions pour quelque 80 milliards de dollars de produits manufacturés.» Depuis la signature de l'Accord de libre-échange avec les États-Unis il y a une quinzaine d'années, nos exportations ont triplé, de même que le nombre d'entreprises exportatrices.
Daniel Charron balaie même du revers de la main ceux qui critiquent le fait que nos entreprises exportent essentiellement vers les États-Unis. «Peut-être sommes-nous trop concentrés, dit-il, mais ce qui importe avant tout, c'est le fait que nous exportions beaucoup! Et quoi de plus naturel que de commencer quelque part et de s'y concentrer?»
Admettant sans peine que plus de 80 % de nos exportations sont destinées aux États-Unis, il réfute les questions souvent posées: est-ce beaucoup trop et ne devrions-nous pas diversifier nos exportations vers les marchés européens et asiatiques? «À cela, je réponds deux choses. Bien sûr qu'il est important de diversifier nos exportations vers d'autres marchés lucratifs. Mais, d'un autre côté, il y a beaucoup de diversification à faire à l'intérieur même du marché américain. Vous savez, les États-Unis ne forment pas un seul et unique marché, mais il s'agit plutôt de milliers de marchés!»
Selon l'analyse de la situation que fait M. Charron, nous serions en réalité trop concentrés sur le marché du nord-est des États-Unis. Par conséquent, nos exportateurs auraient avantage à diversifier leurs marchés vers les États du sud et de l'ouest.
«Par exemple, nous sommes très peu présents en Californie et au Texas», dit-il. Or, l'économie californienne, c'est l'équivalent de l'économie française ou britannique, alors que l'économie du Texas équivaut à celle du Canada tout entier. «On a donc tout intérêt à diversifier nos marchés d'exportation à l'intérieur même du marché américain. C'est quelque chose dont on parle moins, mais qu'il faudra faire», de conclure l'économiste Charron.
Collaborateur du Devoir
Les entreprises manufacturières qui exportent leurs produits à l'extérieur du Québec sont considérées comme la locomotive de notre développement économique. Expédiant chaque année pour 130 milliards de dollars de marchandises, elles constituent le plus important employeur du Québec, avec leurs 630 000 travailleurs. De surcroît, les trois quarts de ces emplois reposent sur le commerce extérieur alors qu'en région, un emploi direct sur trois dépend du secteur manufacturier.
Depuis cinq ans toutefois, comme le constate Daniel Charron, nos exportations sont en difficulté puisqu'elles sont inférieures de six milliards de dollars à ce qu'elles étaient en l'an 2000. Plus important encore: alors que le Québec enregistrait il y a cinq ans des surplus commerciaux de sept milliards de dollars avec l'étranger, voilà que nous avons à présent une balance commerciale déficitaire. «C'est un élément dont on parle très peu, souligne M. Charron, mais c'est un phénomène troublant puisqu'une petite économie comme la nôtre a davantage à gagner qu'à perdre sur la scène internationale.» À ses yeux, en effet, l'économie canadienne ne représente que 2 % de l'économie mondiale; «c'est dire que 98 % des marchés potentiels se trouvent à l'extérieur du pays!».
Économiste de formation, Daniel Charron préside les Manufacturiers et Exportateurs du Québec, un regroupement de 650 membres qui constitue la plus vieille association d'entreprises au Canada. «Notre mission, indique-t-il, est de faire la promotion et la défense des intérêts des entreprises manufacturières exportatrices du Québec. Nous faisons également la promotion de ce secteur en tant que locomotive du développement économique.» Il précise en outre que plus des deux tiers des membres des MEQ sont des PME comportant de 40 à 200 employés.
Pour montrer à quel point l'exportation propulse notre économie, il rappelle que les études réalisées par les gouvernements indiquent qu'environ 40 % de notre produit intérieur brut (PIB) dépend de celles-ci, et qu'entre 85 % et 90 % des exportations sont constituées de biens manufacturés. «Nous exportons donc principalement des objets manufacturés», souligne-t-il.
Freins multiples sur la locomotive
On imagine qu'il est plus difficile d'exporter nos produits vers les États-Unis — notre marché principal — depuis les attentats du 11 septembre 2001. Toutefois, le p.-d.g. des MEQ émet un bémol: «Je dirais que les difficultés ont commencé auparavant car, dès l'an 2000, on ressentait déjà des signes de ralentissement dans l'économie américaine. Bien sûr, poursuit-il, ces difficultés ont été exacerbées par les attentats mais, depuis, se sont ajoutés un dollar canadien fort ainsi qu'une foule de mesures aux frontières américaines, sans oublier quelques conflits particuliers, dont celui du bois d'oeuvre... Voilà qui constitue un beau mélange d'obstacles à franchir pour nos entreprises.»
Il observe heureusement que la situation tend à s'améliorer: «L'année 2004 a été meilleure que 2003, dit-il, mais on n'est pas encore revenu au niveau d'exportations de 2000.» Qu'en sera-t-il de 2005? Il est trop tôt pour le dire, mais Daniel Charron s'attend à ce qu'il s'agisse d'une année où l'on constatera une certaine amélioration de nos exportations.
Par contre, depuis peu, de nouveaux facteurs viennent entraver davantage nos exportations, à savoir une nouvelle augmentation de la valeur du dollar canadien — «ce qui affecte davantage notre "compétitivité" sur les marchés étrangers» — ainsi que les récentes augmentations considérables des coûts de l'énergie. «Ce dernier facteur nuit de plusieurs façons à nos exportations, explique l'économiste. Bien entendu, il nous en coûte plus cher en frais de transport. Mais il m'apparaît que le principal impact sera davantage l'incertitude que cela fait planer sur l'économie américaine. C'est-à-dire que plus il en coûte cher à chaque Américain pour faire le plein d'essence, moins chacun d'entre eux a les moyens de consommer... les produits que nous fabriquons.»
Et puisque le Canada est un exportateur de pétrole, la hausse du prix du baril accroît davantage la valeur de notre dollar. «Voilà qui pénalise particulièrement les économies de l'Ontario et du Québec, qui ne sont justement pas exportatrices de pétrole», fait remarquer M. Charron.
Viser davantage le marché américain?
Le président-directeur général des Manufacturiers et Exportateurs du Québec décrit la croissance fulgurante de nos exportations en rappelant que nous sommes «un jeune joueur» en la matière. «En 1976, dit-il, on exportait pour moins de cinq milliards de dollars alors que, 30 ans plus tard, nous expédions pour quelque 80 milliards de dollars de produits manufacturés.» Depuis la signature de l'Accord de libre-échange avec les États-Unis il y a une quinzaine d'années, nos exportations ont triplé, de même que le nombre d'entreprises exportatrices.
Daniel Charron balaie même du revers de la main ceux qui critiquent le fait que nos entreprises exportent essentiellement vers les États-Unis. «Peut-être sommes-nous trop concentrés, dit-il, mais ce qui importe avant tout, c'est le fait que nous exportions beaucoup! Et quoi de plus naturel que de commencer quelque part et de s'y concentrer?»
Admettant sans peine que plus de 80 % de nos exportations sont destinées aux États-Unis, il réfute les questions souvent posées: est-ce beaucoup trop et ne devrions-nous pas diversifier nos exportations vers les marchés européens et asiatiques? «À cela, je réponds deux choses. Bien sûr qu'il est important de diversifier nos exportations vers d'autres marchés lucratifs. Mais, d'un autre côté, il y a beaucoup de diversification à faire à l'intérieur même du marché américain. Vous savez, les États-Unis ne forment pas un seul et unique marché, mais il s'agit plutôt de milliers de marchés!»
Selon l'analyse de la situation que fait M. Charron, nous serions en réalité trop concentrés sur le marché du nord-est des États-Unis. Par conséquent, nos exportateurs auraient avantage à diversifier leurs marchés vers les États du sud et de l'ouest.
«Par exemple, nous sommes très peu présents en Californie et au Texas», dit-il. Or, l'économie californienne, c'est l'équivalent de l'économie française ou britannique, alors que l'économie du Texas équivaut à celle du Canada tout entier. «On a donc tout intérêt à diversifier nos marchés d'exportation à l'intérieur même du marché américain. C'est quelque chose dont on parle moins, mais qu'il faudra faire», de conclure l'économiste Charron.
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