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Québec 2005, professions et PME - Ordres comptables et rapport Plante: la « guerre des ordres » a toujours cours

Le stéréotype du comptable — un homme portant lunettes, complet sombre et chaussettes brunes — a la couenne dure. Pourtant la profession a énormément évolué. D'une part, de plus en plus de femmes la choisissent et, d'autre part, la tâche ne consiste plus à aligner seulement des chiffres.

D'entrée de jeu, il faut savoir qu'il existe au Québec, comme dans le reste du Canada, non pas un, mais trois ordres professionnels qui régissent et encadrent l'exercice de la profession de comptable dans le but, évidemment, de protéger le public.

Le plus important d'entre eux, en ce qui concerne la taille, est aussi le plus ancien. C'est l'Ordre des comptables agréés du Québec (OCAQ) qui fête cette année ses 125 ans et compte près de 17 000 membres. L'Ordre des comptables généraux licenciés (CGA) vient en deuxième place avec environ 10 000 membres. Arrive ensuite l'Ordre des comptables en management accrédités du Québec (CMA) avec environ 6500 membres.

Bien que ces trois ordres professionnels aient chacun leurs particularités et spécificités, ils ont surtout beaucoup de similitudes puisqu'il s'agit à la base de la même profession. Et la formation de base demeure la même.

«Quiconque veut exercer la profession de comptable doit au préalable détenir un baccalauréat en sciences comptables», explique Michel Théroux, président de l'Ordre des CA. Pour obtenir ce baccalauréat, il y a évidemment la voie naturelle que sont les études universitaires entreprises à la suite du cégep.

Dans le cas tant des CGA que des CMA, on a mis en place une structure d'accueil qui permet à des gestionnaires, tout comme à des techniciens en sciences comptables, d'entreprendre de manière plus souple leur formation universitaire. «Il faut avoir la flexibilité d'aller chercher les candidats là où ils sont», explique Alain Girard, président des CGA.

Une fois le diplôme en poche, l'étudiant doit ensuite réussir l'examen d'entrée. Chaque ordre possède son examen qui se déroule sur deux ou trois jours aux mêmes dates à travers le Canada. Ensuite, s'il choisit de devenir CA, le candidat devra compléter une quatrième année universitaire ainsi qu'un stage rémunéré de deux ans dans un cabinet de comptables. S'il opte pour les CGA, il devra ajouter 15 crédits universitaires au baccalauréat et il est tenu d'accomplir des stages soit en entreprise, soit dans la fonction publique ou parapublique. Pour obtenir le titre de CMA, il devra compléter un stage de deux ans en entreprise. «Un stage qui est encadré par un programme de leadership stratégique que nous avons mis en place et qui vise à donner des habiletés de gestion au comptable», précise François Renauld, président-directeur général des CMA.

La profession aujourd'hui

Ces habiletés de gestion que l'on veut inculquer aux nouveaux comptables reflètent assez justement ce qu'est devenue cette profession. D'une part, de plus en plus de comptables travaillent au sein d'entreprises ou d'organismes gouvernementaux. Si ces deux lieux de pratique sont les créneaux naturels des CGA et CMA, c'est aussi vrai aujourd'hui pour les CA. «Il y a dix ans, 60 % nos membres étaient en cabinet, souligne Michel Théroux; aujourd'hui, c'est le contraire.» De plus, le travail d'un comptable ne se limite pas à la seule vérification des données comptables. «On compte 39 sous-spécialités en comptabilité, allant de la fiscalité à la juricomptabilité.»

D'autre part, les comptables en entreprise sont souvent appelés à assumer des fonctions qui dépassent le strict cadre des sciences comptables. «Bien sûr, certains travaillent en comptabilité et parviennent même à se hisser jusqu'au poste de vice-président aux finances, explique Alain Girard. Mais d'autres assument des postes de gestion et de management.» Même constat chez François Renauld. «De plus en plus, on demande aux comptables de fournir l'information financière à partir de laquelle l'entreprise décidera, par exemple, de la rentabilité d'un projet d'investissement, précise-t-il. Quand il fait de la vérification, un comptable dresse le portrait passé de l'entreprise. Mais dans les cas de conseil, c'est sur le devenir de l'entreprise qu'il travaille.»

La certification des états financiers

Présentement au Québec, la certification des états financiers des entreprises publiques, c'est-à-dire celles qui sont cotées en Bourse, demeure un acte exclusif des CA. «On peut faire la certification d'organismes tels que les municipalités, les commissions scolaires, mais pas les entreprises», souligne François Renauld. Situation que lui et son collègue Alain Girard jugent inique. Ce dernier ajoute que «notre position sur le sujet n'a pas changé depuis des années. À compétences égales, exercice égal».

Il y a quelques années, l'ancien gouvernement avait commandé une étude à ce sujet. Le rapport Plante, comme on le nomme dans le milieu, devait se pencher sur la question de la formation et des compétences requises pour assumer la certification des états financiers des entreprises publiques, et faire par la suite des recommandations au gouvernement. Le milieu attend toujours le dépôt de ce rapport.

Un événement récent pourrait peut-être faire avancer les choses. Les CGA du Nouveau-Brunswick ont contesté ce règlement québécois en vertu de l'Accord sur le commerce intérieur (ACI) et ont obtenu gain de cause. «Ce règlement contrevient à l'ACI parce que, en interdisant la certification par un comptable hors Québec, on vient nuire à la mobilité de la main-d'oeuvre», explique Alain Girard. Sans compter que, selon François Renauld, c'est une loi archaïque qui n'a plus sa raison d'être. «C'est une loi qui date de 1946, passée sous Duplessis. Nous sommes les seuls au Canada qui avons un règlement pareil.»

Les deux hommes espèrent évidemment que le présent gouvernement finira bien par leur donner raison en abolissant ce règlement. Si tel était le cas, la distinction entre les trois ordres — autre que les créneaux respectifs où ils se trouvent en majorité, soit en cabinet, en entreprise ou dans la fonction publique — disparaîtra. L'exercice de la profession de comptable sera le même pour tous.

N'y aurait-il pas lieu alors de fondre les trois ordres en un seul? «Il y a eu par le passé quelques tentatives, mais elles n'ont pas fonctionné», explique François Renauld. Selon Alain Girard, ces échecs sont «principalement dus au fait que les comptables ont approché cette idée avec beaucoup trop d'émotivité». Constat partagé par François Renauld, qui croit qu'à la longue la logique reprendra ses droits. «On exerce tous la même profession, on devrait tous habiter la même maison.»

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