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Conflit du bois d'oeuvre: le Canada perd patience

Pierre Pettigrew: «Il est impérieux que quelqu’un se réveille à Washington.»
Photo : Agence Reuters
Pierre Pettigrew: «Il est impérieux que quelqu’un se réveille à Washington.»
Regina — La guerre commerciale qui oppose le Canada et les États-Unis dans le dossier du bois d'oeuvre risque de dégénérer en un important affrontement diplomatique dans les prochaines semaines. Exaspéré par l'attitude américaine, le gouvernement fédéral a haussé le ton à des décibels inégalés hier, à l'occasion du caucus libéral qui se déroule à Regina, en Saskatchewan.

La patience d'Ottawa est épuisée et Washington doit «se réveiller» s'il ne veut pas compromettre le fonctionnement même de l'ALENA, ont tonné en choeur les principaux ministres fédéraux. «La position des Américains est absolument intenable, a lancé le premier ministre Paul Martin. C'est inacceptable. Les faits sont clairs, nous avons gagné cette cause, et ce, avec les règles de l'ALENA. Quand une décision est rendue, elle devrait être honorée.»

C'est la décision des États-Unis, le 10 août dernier, de ne pas respecter le verdict du comité extraordinaire mis en place par l'ALENA pour se pencher une énième fois sur le dossier du bois d'oeuvre qui a mis Ottawa en furie. Dans ce litige, tous les jugements rendus, tant par l'ALENA que par l'OMC, donnent raison au Canada: la surtaxe de 21 % — elle était de 27 % il y a quelques mois encore — imposée par les États-Unis sur l'exportation de bois d'oeuvre canadien est injustifiable.

«Il est impérieux que quelqu'un se réveille à Washington et cesse de suivre aveuglément une coalition du bois qui les a depuis 30 ans trompés aller-retour», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, visiblement ulcéré. Selon lui, le Canada ne peut plus seulement espérer un changement d'attitude des États-Unis. «On a fait des accords, on a négocié gentiment pour essayer d'avoir une certaine paix, mais cette fois-ci nous avons réussi depuis cinq ans à aller au fond des choses du point de vue juridique. C'est la première fois que nous n'acceptons plus de négocier en parallèle», a soutenu M. Pettigrew.

Le ministre affirme que le gouvernement du Canada et les Canadiens en général «se posent de sérieuses questions» sur l'avenir de l'ALENA. «C'est la crédibilité des Américains en tant qu'adeptes du libre-échange qui est en jeu», a dit Pierre Pettigrew.

Même son de cloche de la part de son collègue de l'Industrie, David Emerson. «Je vais employer une analogie qu'on utilisait quand j'étais plus jeune et que je jouais au hockey. Quand quelqu'un te frappe vicieusement et avec agressivité, tu prends son numéro [pour te venger]. Là, il est temps qu'on prenne leur numéro», a-t-il dit quelques minutes après s'être adressé à des gens d'affaires de Regina.

Secteurs de représailles

Le ministre du Commerce international, Jim Peterson, est actuellement à l'oeuvre avec ses fonctionnaires pour identifier des secteurs de représailles qui feront «le plus mal possible aux États-Unis sans pénaliser nos compagnies», a dit David Emerson.

Le Canada doit effectivement se préparer, puisque l'OMC pourrait donner le feu vert dès septembre à Ottawa pour qu'il puisse imposer une première tranche de 200 millions de dollars en représailles. Une autre décision de l'OMC, qui doit être rendue cette fois vers la fin de l'automne ou au début de l'hiver, accorderait alors au Canada le pouvoir d'imposer des sanctions de quatre milliards de dollars, soit les quatre cinquièmes du montant perçu en trop par Washington depuis 2002.

Les produits qui feront l'objet d'éventuelles sanctions économiques de la part du Canada devront toutefois être choisis avec précaution, puisque les échanges commerciaux entre les deux pays atteignent près de un milliard de dollars par jour, alors que le Canada envoie 80 % de ses exportations chez son voisin du Sud. Aucun domaine en particulier n'a encore été décidé par Ottawa. «Nous voulons être certains que, peu importe les options que nous allons choisir, ça va nous permettre de faire valoir notre point sans nous tirer dans le pied», a soutenu le ministre des Finances, Ralph Goodale.
 
 
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