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Le dollar bondit à 83,15 ¢US - Un taux directeur inchangé, mais pas pour longtemps

La Banque du Canada prépare les marchés à un rehaussement du loyer de l'argent

Source: J. P. Moczulski Reuters
La Banque du Canada se félicite qu’au «Canada, de nouveaux progrès ont été accomplis sur le plan de l’ajustement aux changements en cours à l’échelle mondiale, et l’économie fonctionne près des limites de
Source: J. P. Moczulski Reuters La Banque du Canada se félicite qu’au «Canada, de nouveaux progrès ont été accomplis sur le plan de l’ajustement aux changements en cours à l’échelle mondiale, et l’économie fonctionne près des limites de
La Banque du Canada a une fois de plus laissé son taux directeur inchangé, hier, à 2,5 %. Cela risque fort d'être la dernière fois, a-t-elle cependant averti, la prochaine étape au programme étant une remontée graduelle du loyer de l'argent, une correction qui pourrait bien nuire à l'économie québécoise.

«Afin de soutenir la demande globale et de faciliter l'adaptation de l'économie canadienne aux changements en cours sur la scène internationale, la banque a laissé le taux cible du financement à un jour inchangé depuis octobre 2004, a-t-elle rappelé dans le communiqué expliquant la décision largement anticipée par les marchés. Toutefois, à la lumière de la projection de la banque, une certaine réduction du degré de détente monétaire sera requise dans un proche avenir afin de maintenir la demande et l'offre globale en équilibre et de garder l'inflation au taux visé.»

La porte grande ouverte

Ce n'est pas la première fois que la banque centrale canadienne dit aux marchés de se préparer à un relèvement du loyer de l'argent. Mais, jusqu'à présent, cette correction n'avait été qualifiée que de «requise au fil du temps».

Cette fois-ci, l'institution dirigée par le gouverneur David Dodge ouvre toute grande la porte au début d'un rehaussement des taux d'intérêt dès sa prochaine réunion de politique monétaire prévue le 7 septembre, ont estimé hier la plupart des analystes.

La nouvelle a fait bondir le dollar canadien, qui s'est apprécié hier de 0,95 ¢ pour atteindre 83,15 ¢US. Elle a moins réussi aux marchés boursiers, l'indice S&P/TSX chutant de 9,80 points à 10 207,92.

«Pour notre part, on attendait cela plus tôt, a expliqué Paul-André Pinsonnault, économiste principal Revenu fixe à la Financière Banque Nationale. Mais la Banque du Canada semble convenir, maintenant, qu'il est temps de ramener graduellement les taux vers un niveau dont l'effet serait plus neutre sur l'économie.»

Ce niveau est habituellement établi entre 150 et 250 points de base au-dessus de l'inflation, c'est-à-dire un taux directeur entre 3,5 % et 4,5 % lorsque l'inflation est à 2 %.

Le relèvement se ferait lentement, à la manière de la Réserve fédérale américaine (Fed), dit l'économiste, à raison de 25 points de base à chacune des deux premières réunions de l'automne. Il serait marqué, comme à l'habitude, d'une pause à la dernière réunion de l'année, prévue le 6 décembre, histoire de ne pas nuire au magasinage de Noël, et reprendrait son cours dès la réunion suivante.

Mauvais pour le Québec

Une pareille remontée des taux d'intérêt, décidée en fonction de la réalité canadienne prise dans son ensemble, pourrait bien desservir l'économie québécoise, fait remarquer François Dupuis, chef économiste adjoint et stratège au Mouvement Desjardins. «Quelques économies régionales, dont celle du Québec, éprouvent toujours des difficultés face à la hausse marquée du huard et à l'intensification de la concurrence étrangère», a-t-il commenté hier.

La hausse des taux d'intérêt n'est toutefois pas une certitude, a-t-il fait remarquer. «Les contextes économique et inflationniste actuels laissent toujours une bonne marge de manoeuvre pour que la banque patiente encore un certain temps [...] De plus, il n'est pas exclu que la réduction de la détente monétaire se fasse aussi, en partie ou en totalité, par une nouvelle remontée du dollar canadien, comme ce fut le cas en 2003 et 2004.»

L'impact du huard sur la croissance économique canadienne ne semble pas préoccuper la Banque du Canada outre mesure, note l'économiste principal à la Banque de Montréal, Sal Guatieri. Celle-ci n'en fait spécifiquement mention nulle part dans son communiqué.

Elle s'y félicite même, au contraire, qu'au «Canada, de nouveaux progrès ont été accomplis sur le plan de l'ajustement aux changements en cours à l'échelle mondiale, et l'économie fonctionne près des limites de sa capacité de production». Selon Paul-André Pinsonnault, la banque se réfère, ici, au fait que de plus en plus d'entreprises canadiennes semblent profiter de l'appréciation de la devise canadienne pour augmenter leurs achats de biens d'équipement à l'étranger et améliorer ainsi leur productivité.

Pour le reste, la Banque du Canada note que ses prévisions «relatives à la production et à l'inflation au Canada ont peu changé» depuis le mois d'avril. «On estime donc que l'économie continuera de tourner près de son plein potentiel cette année et l'an prochain, et que l'inflation reviendra à 2 % d'ici la fin de 2006.» Elle était à 1,6 % en mai.

David Dodge en dira plus, demain, sur sa lecture de la situation économique canadienne et mondiale, alors qu'il rendra publique la mise à jour du Rapport sur la politique monétaire. Il a toutefois déjà dit à plusieurs reprises combien le préoccupaient le niveau d'endettement record des Américains et la volatilité extrême des prix du pétrole. «Les risques qui pèsent sur les perspectives d'ici la fin de 2006 semblent équilibrés, a dit hier la Banque du Canada, mais à moyen terme, les risques attribuables aux déséquilibres mondiaux s'accroissent.»
 
 
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