Vers une ère coopérative
Le plan d'ensemble du Conseil de la coopération du Québec vise à offrir une solution aux enjeux sociaux actuels
Photo : Pascal Ratthé
Hélène Simard est présidente du Conseil de la coopération du Québec (CCQ) depuis deux ans. Le CCQ a pour rôle de représenter auprès des gouvernements les 3000 coopératives et 39 mutuelles qui existent au Québec, qui comptent sept millions de me
Sans faire de bruit, le mouvement coopératif québécois a depuis quelques années effectué une réflexion et conçu un plan d'action qui annonce «une nouvelle ère», laquelle pourrait prendre l'allure d'une révolution tranquille si toutes les idées contenues dans ce plan devaient être appliquées intégralement.
L'impact des changements proposés serait en effet considérable au sein de plusieurs communautés, particulièrement dans les milieux ruraux où la décroissance démographique entraîne déjà la disparition de plusieurs services commerciaux, gouvernementaux et communautaires. Il y a aussi des défis qui se posent face à la mondialisation et à la privatisation. Le plan d'ensemble qui est mis en avant par le Conseil de la coopération du Québec (CCQ) vise à offrir une solution à ces grands enjeux sociaux actuels. Il pourrait certainement alimenter les conversations aujourd'hui, qui est la Journée internationale des coopératives.
Le CCQ a pour rôle de représenter auprès des gouvernements les 3000 coopératives et 39 mutuelles qui existent au Québec et qui comptent sept millions de membres. En 2004, les actifs coopératifs atteignaient 111 milliards et le chiffre d'affaires, 19,2 milliards. En tête du groupe, le Mouvement Desjardins déclarait pour le Québec plus de 100 milliards de dollars en actifs, cinq millions de membres et 37 310 employés, selon les données établies à la fin de 2004. Les mutuelles avaient des actifs de 5,9 milliards et 4613 employés. Cela laissait aux 2484 coopératives non financières des actifs de 4,1 milliards, 900 000 membres, 37 000 employés et un chiffre d'affaires de 8,4 milliards.
On retrouve des coopératives dans plusieurs secteurs d'activité, dans les milieux agricole, forestier, funéraire, alimentaire, scolaire. Il y a des coops de travail, d'habitation, de soins de santé, de services à domicile, de garderies, de travailleurs actionnaires, etc.
Le CCQ détient aussi un rôle de concertation inter-coopérative et la responsabilité de développer une vision d'ensemble. C'est en raison de ces deux missions spécifiques qu'il a coordonné les consultations auprès des membres et les travaux en vue de l'élaboration de ce plan avec l'objectif de le mettre en application d'ici 2007. Mais les défis à surmonter sont considérables, compte tenu des habitudes de fonctionnement de nombreuses coopératives, probablement la majorité d'entre elles.
Néanmoins, ceux qui ont participé à la démarche ont clairement manifesté une volonté de changement en remettant en question «la culture actuelle du développement cloisonné». Pour relever les défis, le mouvement dans son ensemble doit s'interroger sur l'efficacité de sa structure organisationnelle, pour faire cesser «le fonctionnement en silo» et faire en sorte que l'efficacité devienne organique. On constate en fait actuellement «l'absence de synergie des organisations sectorielles, tant entre elles qu'avec les organisations régionales».
Hélène Simard, présidente du CCQ depuis deux ans, met tout en oeuvre pour faire travailler les coops ensemble et notamment les faire progresser dans une perspective de multi-fonctionnalité. Cela pourrait avoir pour résultat d'en arriver à des coops qui adoptent le modèle des magasins généraux d'antan, c'est-à-dire un endroit où l'on trouve de tout, de l'essence aussi bien que des vidéos, une épicerie et pourquoi pas aussi un restaurant.
Dans un village où l'épicerie a fermé ses portes, les citoyens ont demandé à la coopérative agricole de quincaillerie d'ajouter une section épicerie. À Saint-Bernard-de-Michaudville, en Montérégie, pour éviter la fermeture de la caisse pop, on a développé une coopérative qui possède une épicerie et qui développe de nouveaux services, par exemple des repas préparés pour les personnes âgées et une entente avec une coopérative funéraire. Un slogan lancé au début comme une boutade pourrait fort bien devenir très sérieux: «Des coops du berceau jusqu'au tombeau».
«Nous faisons actuellement l'inventaire de toutes les coops qui offrent déjà deux activités différentes», mentionne Mme Simard, qui a une large connaissance des enjeux, puisqu'elle a déjà été vice-présidente de la Commission de protection du territoire agricole avant de s'occuper de la politique de ruralité au gouvernement du Québec, en tant que sous-ministre adjointe pendant six ans au ministère des Régions.
La santé
De tous les créneaux jugés porteurs pour le développement des coopératives, celui de la santé apparaît clairement comme l'un des plus importants. Le CCQ y porte une attention particulière depuis quelques années dans une perspective vraiment globale, c'est-à-dire une santé qui tient compte de toutes les facettes de la vie, à savoir l'habitation, l'alimentation, les revenus, les liens sociaux, etc. Cela implique en somme presque tous les «silos» coopératifs actuels, tels que les secteurs agricole et financier, ceux de la consommation, des services à domicile, des résidences pour personnes âgées et des cliniques médicales.
Mme Simard est à cet égard formelle: il faut mettre en place des structures de santé, des installations avec équipements clé en main qu'on offrira à des médecins ne demandant pas mieux que de pratiquer la médecine au lieu de gérer des immeubles. «Tant que c'est Jean Coutu qui offre un tel service, ça peut aller, mais quand ce sera les Wal-Mart et les Loblaws, ça va nous inquiéter», avoue la présidente.
On ne part pas de zéro en ce domaine. Il y a déjà l'exemple de Saint-Étienne-des-Grés qui, en 1995, créait la première coopérative de services de santé au Québec, à la suite de l'éveil de sa population de 3800 habitants, lesquels n'avaient plus de services de santé depuis 1989. Tous les leaders du village ont fait cause commune en misant sur la formule coopérative. La coop, qui a construit une polyclinique au coût de 708 000 $, n'avait que 125 membres au début; elle en compte plus de 2500 maintenant. Cette initiative a eu un impact réel, puisque la décroissance de la communauté a cessé.
On a dénombré 75 coops qui ont des activités diversifiées dans le domaine de la santé. Il y a par ailleurs un comité qui travaille avec l'appui de Solidarité rurale et des gouvernements de Québec et d'Ottawa. Il y a trois projets-pilotes en cours et il y en aura plusieurs autres l'an prochain. Parmi les défis, selon Mme Simard, il y a celui d'une présence accrue dans les milieux montréalais, notamment au sein des communautés culturelles.
Au cours des derniers mois, il y a eu diverses annonces d'investissements, dont 145 millions de la part du gouvernement québécois pour la création de 2600 logements, ce qui aura pour effet d'accélérer le développement des coopératives d'habitation. Québec a aussi consenti 12 millions, auxquels le CCQ ajoute 1,5 million, en vertu d'une entente de trois ans, pour le développement des coopératives. Cette entente faisait suite à la politique énoncée en 2003 avec les objectifs de doubler le nombre des coopératives en cinq ans et d'ajouter 20 000 emplois sur 10 ans. Le gouvernement canadien a pour sa part annoncé un investissement de 35 millions en économie sociale au Québec, dont 30 millions sur cinq ans sous forme de capital patient.
Enfin, Desjardins a donné un million au CCQ à des fins d'éducation à la coopération, surtout auprès des jeunes dans les milieux scolaires. Le CCQ fonctionne lui-même avec un budget annuel d'un million, grâce aux cotisations auprès de ses membres qui lui rapportent 100 000 $ et grâce à l'entente triennale conclue avec le gouvernement québécois.
L'impact des changements proposés serait en effet considérable au sein de plusieurs communautés, particulièrement dans les milieux ruraux où la décroissance démographique entraîne déjà la disparition de plusieurs services commerciaux, gouvernementaux et communautaires. Il y a aussi des défis qui se posent face à la mondialisation et à la privatisation. Le plan d'ensemble qui est mis en avant par le Conseil de la coopération du Québec (CCQ) vise à offrir une solution à ces grands enjeux sociaux actuels. Il pourrait certainement alimenter les conversations aujourd'hui, qui est la Journée internationale des coopératives.
Le CCQ a pour rôle de représenter auprès des gouvernements les 3000 coopératives et 39 mutuelles qui existent au Québec et qui comptent sept millions de membres. En 2004, les actifs coopératifs atteignaient 111 milliards et le chiffre d'affaires, 19,2 milliards. En tête du groupe, le Mouvement Desjardins déclarait pour le Québec plus de 100 milliards de dollars en actifs, cinq millions de membres et 37 310 employés, selon les données établies à la fin de 2004. Les mutuelles avaient des actifs de 5,9 milliards et 4613 employés. Cela laissait aux 2484 coopératives non financières des actifs de 4,1 milliards, 900 000 membres, 37 000 employés et un chiffre d'affaires de 8,4 milliards.
On retrouve des coopératives dans plusieurs secteurs d'activité, dans les milieux agricole, forestier, funéraire, alimentaire, scolaire. Il y a des coops de travail, d'habitation, de soins de santé, de services à domicile, de garderies, de travailleurs actionnaires, etc.
Le CCQ détient aussi un rôle de concertation inter-coopérative et la responsabilité de développer une vision d'ensemble. C'est en raison de ces deux missions spécifiques qu'il a coordonné les consultations auprès des membres et les travaux en vue de l'élaboration de ce plan avec l'objectif de le mettre en application d'ici 2007. Mais les défis à surmonter sont considérables, compte tenu des habitudes de fonctionnement de nombreuses coopératives, probablement la majorité d'entre elles.
Néanmoins, ceux qui ont participé à la démarche ont clairement manifesté une volonté de changement en remettant en question «la culture actuelle du développement cloisonné». Pour relever les défis, le mouvement dans son ensemble doit s'interroger sur l'efficacité de sa structure organisationnelle, pour faire cesser «le fonctionnement en silo» et faire en sorte que l'efficacité devienne organique. On constate en fait actuellement «l'absence de synergie des organisations sectorielles, tant entre elles qu'avec les organisations régionales».
Hélène Simard, présidente du CCQ depuis deux ans, met tout en oeuvre pour faire travailler les coops ensemble et notamment les faire progresser dans une perspective de multi-fonctionnalité. Cela pourrait avoir pour résultat d'en arriver à des coops qui adoptent le modèle des magasins généraux d'antan, c'est-à-dire un endroit où l'on trouve de tout, de l'essence aussi bien que des vidéos, une épicerie et pourquoi pas aussi un restaurant.
Dans un village où l'épicerie a fermé ses portes, les citoyens ont demandé à la coopérative agricole de quincaillerie d'ajouter une section épicerie. À Saint-Bernard-de-Michaudville, en Montérégie, pour éviter la fermeture de la caisse pop, on a développé une coopérative qui possède une épicerie et qui développe de nouveaux services, par exemple des repas préparés pour les personnes âgées et une entente avec une coopérative funéraire. Un slogan lancé au début comme une boutade pourrait fort bien devenir très sérieux: «Des coops du berceau jusqu'au tombeau».
«Nous faisons actuellement l'inventaire de toutes les coops qui offrent déjà deux activités différentes», mentionne Mme Simard, qui a une large connaissance des enjeux, puisqu'elle a déjà été vice-présidente de la Commission de protection du territoire agricole avant de s'occuper de la politique de ruralité au gouvernement du Québec, en tant que sous-ministre adjointe pendant six ans au ministère des Régions.
La santé
De tous les créneaux jugés porteurs pour le développement des coopératives, celui de la santé apparaît clairement comme l'un des plus importants. Le CCQ y porte une attention particulière depuis quelques années dans une perspective vraiment globale, c'est-à-dire une santé qui tient compte de toutes les facettes de la vie, à savoir l'habitation, l'alimentation, les revenus, les liens sociaux, etc. Cela implique en somme presque tous les «silos» coopératifs actuels, tels que les secteurs agricole et financier, ceux de la consommation, des services à domicile, des résidences pour personnes âgées et des cliniques médicales.
Mme Simard est à cet égard formelle: il faut mettre en place des structures de santé, des installations avec équipements clé en main qu'on offrira à des médecins ne demandant pas mieux que de pratiquer la médecine au lieu de gérer des immeubles. «Tant que c'est Jean Coutu qui offre un tel service, ça peut aller, mais quand ce sera les Wal-Mart et les Loblaws, ça va nous inquiéter», avoue la présidente.
On ne part pas de zéro en ce domaine. Il y a déjà l'exemple de Saint-Étienne-des-Grés qui, en 1995, créait la première coopérative de services de santé au Québec, à la suite de l'éveil de sa population de 3800 habitants, lesquels n'avaient plus de services de santé depuis 1989. Tous les leaders du village ont fait cause commune en misant sur la formule coopérative. La coop, qui a construit une polyclinique au coût de 708 000 $, n'avait que 125 membres au début; elle en compte plus de 2500 maintenant. Cette initiative a eu un impact réel, puisque la décroissance de la communauté a cessé.
On a dénombré 75 coops qui ont des activités diversifiées dans le domaine de la santé. Il y a par ailleurs un comité qui travaille avec l'appui de Solidarité rurale et des gouvernements de Québec et d'Ottawa. Il y a trois projets-pilotes en cours et il y en aura plusieurs autres l'an prochain. Parmi les défis, selon Mme Simard, il y a celui d'une présence accrue dans les milieux montréalais, notamment au sein des communautés culturelles.
Au cours des derniers mois, il y a eu diverses annonces d'investissements, dont 145 millions de la part du gouvernement québécois pour la création de 2600 logements, ce qui aura pour effet d'accélérer le développement des coopératives d'habitation. Québec a aussi consenti 12 millions, auxquels le CCQ ajoute 1,5 million, en vertu d'une entente de trois ans, pour le développement des coopératives. Cette entente faisait suite à la politique énoncée en 2003 avec les objectifs de doubler le nombre des coopératives en cinq ans et d'ajouter 20 000 emplois sur 10 ans. Le gouvernement canadien a pour sa part annoncé un investissement de 35 millions en économie sociale au Québec, dont 30 millions sur cinq ans sous forme de capital patient.
Enfin, Desjardins a donné un million au CCQ à des fins d'éducation à la coopération, surtout auprès des jeunes dans les milieux scolaires. Le CCQ fonctionne lui-même avec un budget annuel d'un million, grâce aux cotisations auprès de ses membres qui lui rapportent 100 000 $ et grâce à l'entente triennale conclue avec le gouvernement québécois.
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