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    Jetsgo déclare faillite

    14 mai 2005
    Incapable de convaincre ses créanciers de lui accorder un délai supplémentaire, le transporteur Jetsgo n'a eu d'autre choix que de déclarer faillite, hier, au Palais de justice de Montréal.

    L'entrepreneur Michel Leblanc tentait depuis plusieurs semaines de transformer en fournisseur de vols nolisés l'entreprise qu'il avait fondée en 2001. Il avait rencontré des clients potentiels à Toronto et Ottawa et tenté de s'entendre avec les autorités fédérales qui menaçaient de lui retirer son certificat d'exploitation. Il se préparait à demander une semaine de plus — soit jusqu'au 20 mai — pour mettre la dernière main à son plan d'affaires et souhaitait redécoller à temps pour la saison estivale.

    La société de commerce électronique Moneris, les aéroports où Jetsgo faisait affaire ainsi que Nav Canada n'étaient toutefois plus prêts à attendre et avaient clairement indiqué qu'ils demanderaient la faillite de l'entreprise. Ensemble, ces créanciers représentent plus du tiers des créances de Jetsgo, qui totalisaient environ 108 millions au moment de l'arrêt de ses activités, en mars dernier. À elle seule, la société Moneris réclame 45 millions.

    Sans l'appui de ces organisations, toute restructuration était impossible. En vertu de la loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), tout plan de relance doit en effet être approuvé par la moitié des créanciers représentant les deux tiers des sommes dues.

    Aucune des parties présentes au Palais de justice n'a fait de commentaires à l'issue de l'audience qui n'a duré qu'une quinzaine de minutes. Avant de remercier le juge François Rolland, l'avocat de Jetsgo, Louis Gouin, s'est contenté de souligner qu'il n'avait jamais vécu «de vendredi 13 aussi tortueux».

    La firme RSM Richter sera responsable de la vente ordonnée des actifs du transporteur à rabais qui possède toujours une dizaine d'appareils Fokker-100 ainsi que 14 MD-83 loués à trois compagnies différentes.

    Avant de cesser ses activités, Jetsgo employait 1200 personnes, dont plusieurs pilotes à qui elle doit quelque 2,7 millions. Pour être embauché, chacun d'entre eux devait en effet obligatoirement verser 30 000 $ en espèces au transporteur.

    La faillite du transporteur n'a pas surpris outre mesure les observateurs de l'industrie du transport aérien qui ne croyaient pas beaucoup au redécollage du transporteur. Le professeur Karl Moore, qui enseigne le marketing stratégique à l'université McGill, a néanmoins été étonné de voir Michel Leblanc renoncer si rapidement. «C'est un batailleur et je pensais qu'il lutterait plus longtemps pour ressusciter Jetsgo», a-t-il confié. La fin brutale des activités de Jetsgo, qui a laissé en plan 170 000 voyageurs à la veille du congé scolaire en Ontario, a nui considérablement à la réputation de l'entreprise qui avait déjà mauvaise presse après plusieurs avaries techniques dont un atterrissage raté à Calgary.

    Michel Leblanc est cependant considéré par les analystes comme «un entrepreneur en série» dans le domaine de l'aviation. Avant Jetsgo, il avait dirigé Quebecair, Intair, Inter-Canadien et Royal Air Club. Sa famille et lui détenaient 90 % des actions de Jetsgo.

    D'après Karl Moore, il pourrait bien refaire surface avec un projet de compagnie, un jour ou l'autre. «Il l'a déjà fait, il pourrait recommencer, mais le problème pour lui sera de trouver du financement et de trouver une manière de faire faire de l'argent à un troisième transporteur au Canada», a-t-il souligné.

    Michel Leblanc n'a pas fait de commentaires sur la faillite de son entreprise hier. En mars, il avait toutefois rendu son concurrent WestJet responsables de ses malheurs et de ceux de sa compagnie. Se disant victime d'espionnage industriel, Jetsgo avait déposé le 15 octobre dernier une poursuite en dommages et intérêts de 50 millions contre Westjet, son pdg Clive Beddoe et son ancien vice-président à la planification stratégique, Mark Hill. Légalement, cette poursuite fait maintenant partie des actifs de Jetsgo. Il reviendra donc au syndic RSM Richter de décider des suites à y donner.












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