Plus de pitié pour les p.-d.g. fraudeurs
21 mars 2005
Actualités économiques
Photo : Agence Reuters
Bernard Ebbers tente d’échapper aux photographes à son départ de la Cour fédérale de New York, où se tenait la semaine dernière son procès pour délits financiers. L’ex-p.-d.g. de WorldCom a prétendu que la manipulation des livres de comptes
Washington — La condamnation de l'ex-p.-d.g. de WorldCom est de très mauvais augure pour les prochains patrons appelés à répondre de délits financiers, et prouve que l'opinion américaine n'est pas prête à pardonner les récents scandales d'entreprises comme celui d'Enron, estiment des experts.
«Si j'étais Kenneth Lay, je tremblerais», déclare Thomas Donaldson, qui enseigne l'éthique des affaires dans une université de Pennsylvanie. Kenneth Lay est le fondateur du courtier en énergie Enron, dont il a été le président du conseil d'administration ou p.-d.g. jusqu'à la faillite de décembre 2001. Son procès est prévu pour janvier 2006.
Inculpé onze fois au total, M. Lay réfute les accusations de fraude comptable ayant mené à l'effondrement d'Enron... tout comme les niait Bernard Ebbers, de WorldCom, qu'un jury populaire a reconnu coupable de neuf chefs d'accusation cette semaine à New York, et qui risque plusieurs dizaines d'années de prison à partir du 13 juin quand sa peine sera prononcée.
Ce verdict «envoie aux dirigeants et aux conseils d'administration à travers le pays le message clair que nous n'allons plus tolérer les fautes de gestion», estime Boyd Page, un avocat d'affaires d'Atlanta en Géorgie qui a défendu des actionnaires floués, notamment de WorldCom. «C'est un avertissement à beaucoup de p.-d.g. qui pensaient pouvoir se cacher derrière une défense du type "je ne savais pas ce qui se passait"», renchérit Thomas Donaldson.
L'exemple d'Ebbers
Kenneth Lay a des raisons de s'inquiéter, car c'est aussi le système de défense qu'il a choisi, poursuit l'universitaire.
Pour Bernie Ebbers, patron autodidacte revendiquant des compétences de meneur d'hommes mais surtout pas d'expertise en finances, la manipulation des livres de comptes de WorldCom était le fait de son ex-directeur financier, Scott Sullivan. Lorsque l'ex-p.-d.g. est venu lui-même l'expliquer aux jurés, en prenant la barre des témoins, le procès a basculé: il était désormais question d'évaluer sa seule crédibilité à lui et non plus celle de Sullivan — qui disait de son côté avoir répondu aux ordres de son patron.
Ebbers, avec l'expérience d'une douzaine de fusions-acquisitions pour donner à WorldCom un tel poids dans les télécoms, pouvait-il réellement faire croire qu'il ignorait tout des chiffres?
C'était «une voie périlleuse», dit Kendall Coffey, un ancien procureur fédéral exerçant désormais dans le privé.
Le jury new-yorkais «n'a pas pu accepter la notion qu'une fraude massive puisse s'être poursuivie [sept trimestres d'affilée chez WorldCom] à l'insu» du p.-d.g., souligne pour sa part Robert Mintz, avocat du New Jersey habitué à défendre la délinquance en col blanc.
En somme, avec son verdict de culpabilité intégrale pour Ebbers, ce jury a prouvé que l'opinion publique était encore extrêmement sensible, plusieurs années après les faits, à des scandales qui ont coûté des milliards de dollars aux actionnaires ou leur emploi à des milliers de personnes.
«Quelque 20 000 personnes ont perdu leur moyen de subsistance à cause de la cupidité d'Ebbers», proteste encore Ken Boehm, du National Legal and Policy Center, veillant au respect de la bonne gouvernance d'entreprise. «Des citoyens ordinaires ont perdu au total 600 millions sur leurs fonds de retraite parce qu'Ebbers n'avait pas suffisamment de maisons, de bateaux ou de voitures», ajoute-t-il.
Thomas Donaldson évoque une exaspération sans précédent face à ce type de délinquance. «Je n'ai jamais vu à aucune période de l'histoire les Américains être aussi intolérants face aux excuses émanant des conseils d'administration» incriminés, conclut-il.
«Si j'étais Kenneth Lay, je tremblerais», déclare Thomas Donaldson, qui enseigne l'éthique des affaires dans une université de Pennsylvanie. Kenneth Lay est le fondateur du courtier en énergie Enron, dont il a été le président du conseil d'administration ou p.-d.g. jusqu'à la faillite de décembre 2001. Son procès est prévu pour janvier 2006.
Inculpé onze fois au total, M. Lay réfute les accusations de fraude comptable ayant mené à l'effondrement d'Enron... tout comme les niait Bernard Ebbers, de WorldCom, qu'un jury populaire a reconnu coupable de neuf chefs d'accusation cette semaine à New York, et qui risque plusieurs dizaines d'années de prison à partir du 13 juin quand sa peine sera prononcée.
Ce verdict «envoie aux dirigeants et aux conseils d'administration à travers le pays le message clair que nous n'allons plus tolérer les fautes de gestion», estime Boyd Page, un avocat d'affaires d'Atlanta en Géorgie qui a défendu des actionnaires floués, notamment de WorldCom. «C'est un avertissement à beaucoup de p.-d.g. qui pensaient pouvoir se cacher derrière une défense du type "je ne savais pas ce qui se passait"», renchérit Thomas Donaldson.
L'exemple d'Ebbers
Kenneth Lay a des raisons de s'inquiéter, car c'est aussi le système de défense qu'il a choisi, poursuit l'universitaire.
Pour Bernie Ebbers, patron autodidacte revendiquant des compétences de meneur d'hommes mais surtout pas d'expertise en finances, la manipulation des livres de comptes de WorldCom était le fait de son ex-directeur financier, Scott Sullivan. Lorsque l'ex-p.-d.g. est venu lui-même l'expliquer aux jurés, en prenant la barre des témoins, le procès a basculé: il était désormais question d'évaluer sa seule crédibilité à lui et non plus celle de Sullivan — qui disait de son côté avoir répondu aux ordres de son patron.
Ebbers, avec l'expérience d'une douzaine de fusions-acquisitions pour donner à WorldCom un tel poids dans les télécoms, pouvait-il réellement faire croire qu'il ignorait tout des chiffres?
C'était «une voie périlleuse», dit Kendall Coffey, un ancien procureur fédéral exerçant désormais dans le privé.
Le jury new-yorkais «n'a pas pu accepter la notion qu'une fraude massive puisse s'être poursuivie [sept trimestres d'affilée chez WorldCom] à l'insu» du p.-d.g., souligne pour sa part Robert Mintz, avocat du New Jersey habitué à défendre la délinquance en col blanc.
En somme, avec son verdict de culpabilité intégrale pour Ebbers, ce jury a prouvé que l'opinion publique était encore extrêmement sensible, plusieurs années après les faits, à des scandales qui ont coûté des milliards de dollars aux actionnaires ou leur emploi à des milliers de personnes.
«Quelque 20 000 personnes ont perdu leur moyen de subsistance à cause de la cupidité d'Ebbers», proteste encore Ken Boehm, du National Legal and Policy Center, veillant au respect de la bonne gouvernance d'entreprise. «Des citoyens ordinaires ont perdu au total 600 millions sur leurs fonds de retraite parce qu'Ebbers n'avait pas suffisamment de maisons, de bateaux ou de voitures», ajoute-t-il.
Thomas Donaldson évoque une exaspération sans précédent face à ce type de délinquance. «Je n'ai jamais vu à aucune période de l'histoire les Américains être aussi intolérants face aux excuses émanant des conseils d'administration» incriminés, conclut-il.
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