L’historique AT&T pourrait se faire avaler par son filleul SBC
29 janvier 2005
Actualités économiques
New York — L’éventuel rachat d’AT&T par SBC tournerait une page de l'histoire du téléphone aux États-Unis, en consacrant l'émergence d'un colosse moderne du secteur, rompu aux technologies de pointe après n'avoir été au départ qu'un rejeton du démantèlement de l'opérateur historique du pays.
L'opérateur SBC est en discussions avancées pour acheter AT&T, mais aucun accord n'a encore été conclu, affirmait jeudi dernier la presse américaine, citant des responsables proches des négociations. SBC serait prêt à mettre sur la table 15 à 16 milliards $US, soit un peu plus que la valorisation actuelle d'AT&T en Bourse. La nouvelle entité, si la fusion se réalise, représente près de 71 milliards de chiffre d'affaires cumulé, et serait ainsi au coude à coude avec Verizon pour la place de numéro un américain du secteur par ses revenus.
Les directions de SBC et AT&T, déjà entrées en contact en novembre 2004 mais sans succès, se sont de nouveau rencontrées en janvier, et discuteraient cette fois-ci sérieusement d'un prix et des termes de l'accord.
Ironie de l'histoire, SBC ambitionne de devenir un géant télécoms présent sur tous les segments de marché — mobile, fixe et services Internet, clients résidentiels et entreprises — alors que le groupe est à l'origine une Baby Bell, ces petits opérateurs issus du démantèlement en 1984 de l'historique Ma Bell, désignation familière d'AT&T.
Un rapprochement d'une telle ampleur risque de susciter un examen très approfondi des autorités de régulation de la concurrence, si un accord est conclu.
D'autres incertitudes s'ajoutent, comme le devenir de la marque AT&T en tant que telle, ou encore celui de la relation SBC-BellSouth, partenaires dans l'opérateur mobile Cingular. BellSouth pourrait se retrouver isolé par l'alliance de son confrère régional avec un géant national.
Selon la presse, le p.-d.g. de SBC, Edward Whitacre, âgé de 63 ans, serait en tout cas désireux de conclure un accord avant de prendre sa retraite, afin de parachever la transformation de la Baby Bell qu'il a lui-même initiée. M. Whitacre a en effet fait progressivement grandir la société, en passant par le rachat d'Ameritech et Pacific Telesis — deux autres Bell issues de l'éclatement d'AT&T —, jusqu'à l'acquisition en 2004 d'AT&T Wireless.
Après que sa filiale Cingular eut ainsi gagné une force de frappe colossale dans le mobile (49 millions de clients), SBC a désormais l'appétit aiguisé par ce qui reste de l'opérateur historique du pays.
Car AT&T, héritier de la Bell Telephone Company fondée en 1876 et emblématique fournisseur du téléphone longue distance, s'est recentré l'an passé sur les entreprises et les technologies émergentes, comme la téléphonie par internet. Une évolution stratégique qui a nécessité le sacrifice de 12 000 emplois, et pèse sur les comptes d'AT&T, avec une lourde perte de 6,1 milliards sur 2004.
La force d'AT&T sur le marché des entreprises — plusieurs millions de clients aux États-Unis mais aussi à l'étranger — viendrait compléter le portefeuille de services de SBC. «SBC a essayé d'accroître sa franchise entreprises dans les deux dernières années et l'opérateur se rend compte de la difficulté», relève Pascal Aguirre, expert des télécoms pour la firme Adventis à Boston.
L'alliance ferait sens aussi pour l'ex-maman Bell dans la mesure où «ce qui manque à AT&T est toute la partie accès à un grand réseau», a ajouté l'analyste. Cela lui permettrait de s'épargner les lourds coûts dus par les opérateurs nationaux à leurs homologues régionaux afin de faire accéder localement leurs communications.
Internet
La perspective d'un tel rapprochement prouve que ce secteur industriel est forcé de se consolider à grande vitesse, pour résister notamment à la concurrence du câble dans Internet et les services multimédias fournis en haut débit.
Après les mégafusions annoncées en 2004 dans la téléphonie mobile américaine (Cingular-AT&T Wireless et Sprint-Nextel), cet éventuel rapprochement d'opérateurs de lignes fixes vise à dépasser le découpage géographique contraignant né des lois américaines sur les télécoms de 1984 puis 1996. «L'industrie des télécoms est dévastée et ne peut plus se permettre ces barrières géographiques», résumaient jeudi les commentaires des experts.
Hormis l'intérêt pour SBC d'avoir accès au vaste réseau de clients entreprises d'ATT, notamment de riches multinationales, leur union apparaît à plusieurs titres intéressante, voire formant «l'équipe de rêve» selon certains. Les dernières réglementations fédérales ont eu pour effet de renchérir pour les compagnies nationales comme AT&T le coût de l'accès aux réseaux des régionales comme SBC. Un transit indispensable pour faire aboutir leurs communications depuis le strict découpage de 1984 qui a fait éclater le monopole national en multiples monopoles locaux.
En face des compagnies téléphoniques, les opérateurs du câble — très prisé à l'ère d'Internet haut débit — «peuvent couvrir le territoire national et investir dans un réseau en fibre optique sans avoir à le revendre aux concurrents», explique Pascal Aguirre, de l'institut spécialisé Adventis.
SBC est en train d'investir lourdement dans la fibre optique (attribuant de juteux contrats à des équipementiers comme le français Alcatel) car cette technologie est mieux adaptée à la transmission à grande vitesse des services fondés sur le protocole Internet (IP). Ces nouveaux services incluent la télévision IP, la voix sur IP — communément appelée téléphonie par Internet — et un accès ultrarapide à Internet. Avec le réseau mondial d'AT&T, SBC peut espérer à terme vendre plus largement tous ces services en forfait complet, et mieux rentabiliser ses investissements.
Outre ses clients professionnels et «une des meilleures marques de télécoms» au monde, SBC se garantirait avec AT&T «un réseau de longue distance pour le trafic IP pouvant être utilisé pour faire évoluer son réseau local en un système fournissant en offre groupée de la voix, des données et de la vidéo», a souligné la banque d'affaires Citigroup Smith Barney.
«Cela équilibrerait le terrain de combat» avec les câblo-opérateurs, a renchéri M. Aguirre.
Selon lui, la prochaine étape de la consolidation serait logiquement l'absorption de l'opérateur longue distance MCI (ex-WorldCom) par le régional Verizon, devenu puissant leader de la téléphonie américaine grâce au bassin de population couvert, des Grands Lacs à toute la côte Nord-Est.
L'opérateur SBC est en discussions avancées pour acheter AT&T, mais aucun accord n'a encore été conclu, affirmait jeudi dernier la presse américaine, citant des responsables proches des négociations. SBC serait prêt à mettre sur la table 15 à 16 milliards $US, soit un peu plus que la valorisation actuelle d'AT&T en Bourse. La nouvelle entité, si la fusion se réalise, représente près de 71 milliards de chiffre d'affaires cumulé, et serait ainsi au coude à coude avec Verizon pour la place de numéro un américain du secteur par ses revenus.
Les directions de SBC et AT&T, déjà entrées en contact en novembre 2004 mais sans succès, se sont de nouveau rencontrées en janvier, et discuteraient cette fois-ci sérieusement d'un prix et des termes de l'accord.
Ironie de l'histoire, SBC ambitionne de devenir un géant télécoms présent sur tous les segments de marché — mobile, fixe et services Internet, clients résidentiels et entreprises — alors que le groupe est à l'origine une Baby Bell, ces petits opérateurs issus du démantèlement en 1984 de l'historique Ma Bell, désignation familière d'AT&T.
Un rapprochement d'une telle ampleur risque de susciter un examen très approfondi des autorités de régulation de la concurrence, si un accord est conclu.
D'autres incertitudes s'ajoutent, comme le devenir de la marque AT&T en tant que telle, ou encore celui de la relation SBC-BellSouth, partenaires dans l'opérateur mobile Cingular. BellSouth pourrait se retrouver isolé par l'alliance de son confrère régional avec un géant national.
Selon la presse, le p.-d.g. de SBC, Edward Whitacre, âgé de 63 ans, serait en tout cas désireux de conclure un accord avant de prendre sa retraite, afin de parachever la transformation de la Baby Bell qu'il a lui-même initiée. M. Whitacre a en effet fait progressivement grandir la société, en passant par le rachat d'Ameritech et Pacific Telesis — deux autres Bell issues de l'éclatement d'AT&T —, jusqu'à l'acquisition en 2004 d'AT&T Wireless.
Après que sa filiale Cingular eut ainsi gagné une force de frappe colossale dans le mobile (49 millions de clients), SBC a désormais l'appétit aiguisé par ce qui reste de l'opérateur historique du pays.
Car AT&T, héritier de la Bell Telephone Company fondée en 1876 et emblématique fournisseur du téléphone longue distance, s'est recentré l'an passé sur les entreprises et les technologies émergentes, comme la téléphonie par internet. Une évolution stratégique qui a nécessité le sacrifice de 12 000 emplois, et pèse sur les comptes d'AT&T, avec une lourde perte de 6,1 milliards sur 2004.
La force d'AT&T sur le marché des entreprises — plusieurs millions de clients aux États-Unis mais aussi à l'étranger — viendrait compléter le portefeuille de services de SBC. «SBC a essayé d'accroître sa franchise entreprises dans les deux dernières années et l'opérateur se rend compte de la difficulté», relève Pascal Aguirre, expert des télécoms pour la firme Adventis à Boston.
L'alliance ferait sens aussi pour l'ex-maman Bell dans la mesure où «ce qui manque à AT&T est toute la partie accès à un grand réseau», a ajouté l'analyste. Cela lui permettrait de s'épargner les lourds coûts dus par les opérateurs nationaux à leurs homologues régionaux afin de faire accéder localement leurs communications.
Internet
La perspective d'un tel rapprochement prouve que ce secteur industriel est forcé de se consolider à grande vitesse, pour résister notamment à la concurrence du câble dans Internet et les services multimédias fournis en haut débit.
Après les mégafusions annoncées en 2004 dans la téléphonie mobile américaine (Cingular-AT&T Wireless et Sprint-Nextel), cet éventuel rapprochement d'opérateurs de lignes fixes vise à dépasser le découpage géographique contraignant né des lois américaines sur les télécoms de 1984 puis 1996. «L'industrie des télécoms est dévastée et ne peut plus se permettre ces barrières géographiques», résumaient jeudi les commentaires des experts.
Hormis l'intérêt pour SBC d'avoir accès au vaste réseau de clients entreprises d'ATT, notamment de riches multinationales, leur union apparaît à plusieurs titres intéressante, voire formant «l'équipe de rêve» selon certains. Les dernières réglementations fédérales ont eu pour effet de renchérir pour les compagnies nationales comme AT&T le coût de l'accès aux réseaux des régionales comme SBC. Un transit indispensable pour faire aboutir leurs communications depuis le strict découpage de 1984 qui a fait éclater le monopole national en multiples monopoles locaux.
En face des compagnies téléphoniques, les opérateurs du câble — très prisé à l'ère d'Internet haut débit — «peuvent couvrir le territoire national et investir dans un réseau en fibre optique sans avoir à le revendre aux concurrents», explique Pascal Aguirre, de l'institut spécialisé Adventis.
SBC est en train d'investir lourdement dans la fibre optique (attribuant de juteux contrats à des équipementiers comme le français Alcatel) car cette technologie est mieux adaptée à la transmission à grande vitesse des services fondés sur le protocole Internet (IP). Ces nouveaux services incluent la télévision IP, la voix sur IP — communément appelée téléphonie par Internet — et un accès ultrarapide à Internet. Avec le réseau mondial d'AT&T, SBC peut espérer à terme vendre plus largement tous ces services en forfait complet, et mieux rentabiliser ses investissements.
Outre ses clients professionnels et «une des meilleures marques de télécoms» au monde, SBC se garantirait avec AT&T «un réseau de longue distance pour le trafic IP pouvant être utilisé pour faire évoluer son réseau local en un système fournissant en offre groupée de la voix, des données et de la vidéo», a souligné la banque d'affaires Citigroup Smith Barney.
«Cela équilibrerait le terrain de combat» avec les câblo-opérateurs, a renchéri M. Aguirre.
Selon lui, la prochaine étape de la consolidation serait logiquement l'absorption de l'opérateur longue distance MCI (ex-WorldCom) par le régional Verizon, devenu puissant leader de la téléphonie américaine grâce au bassin de population couvert, des Grands Lacs à toute la côte Nord-Est.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

