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Davos se préoccupe de pauvreté

Le Forum économique mondial s'est ouvert hier en Suisse

Davos — Le Forum économique mondial, rendez-vous annuel des «décideurs» de la planète, s'est ouvert hier à Davos, station de ski chic des Alpes suisses. Avant l'intervention inaugurale de Tony Blair, Jacques Chirac a proposé, dans un message transmis par vidéo-conférence, la création «à titre expérimental» d'un «prélèvement de solidarité international» pour financer la lutte contre le sida.

«Vaincre la pauvreté par l'alliance du marché et de la solidarité. Telle doit être notre ambition partagée», a déclaré le président français, resté à Paris à cause du mauvais temps. Une telle contribution «ne serait pas une taxe Tobin» et serait conçue «de manière à ne pas entraver le fonctionnement normal des marchés», a-t-il assuré, conscient des réticences, notamment américaines, sur cette forme de taxation.

Dans son discours inaugural, prononcé dans la soirée, Tony Blair a exhorté les États-Unis à prendre davantage en compte les besoins de la communauté internationale. «Si l'Amérique veut que le reste du monde prenne part à l'ordre du jour qu'elle a fixé, elle doit elle aussi prendre part à l'ordre du jour du reste du monde», a estimé le premier ministre britannique.

Tony Blair, qui assurera la présidence du prochain sommet du G8, a par ailleurs considéré que les huit pays les plus riches du monde devaient «envoyer un signal clair» et prendre des mesures concrètes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

«Prendre ses responsabilités face à des choix difficiles», tel est le thème du Forum 2005 dirigé par six personnes, dont le fondateur et président de Microsoft, Bill Gates, le directeur général de Wall Street, John Thain, et le p.-d.g. de Novartis, Daniel Vasella.

Tandis que s'ouvrait parallèlement à Porto Alegre, au Brésil, le Forum social mondial, où sont attendus quelque 100 000 altermondialistes, John Thain a centré son discours sur «la mondialisation équitable». «Si la mondialisation a été bénéfique pour de nombreuses régions du globe, il y en a d'autres qui ont été oubliées», a-t-il reconnu en préconisant de s'attaquer aux déséquilibres du commerce international.

Un autre coprésident du Forum 2005, N. R. Narayana Murthy, a pour sa part tenu à attirer l'attention des participants sur le réchauffement de la planète. «Qu'un pays soit en paix ou en guerre, riche ou pauvre, nous sommes tous confrontés au problème du changement climatique», a souligné le président du conseil d'administration de la firme indienne Infosys Technologies. «Nous devons tous nous rassembler, riches et pauvres, pour dire que nous devons tous protéger cette planète.»

Daniel Vasella, p.-d.g. du groupe pharmaceutique suisse Novartis, s'est lui penché sur le problème de la pauvreté. D'après lui, seule une approche globale peut s'avérer efficace. «Les défis sont immenses et personne ne peut apporter une solution unique. Nous devons travailler ensemble, entreprises privées, ONG et gouvernements», a-t-il plaidé.

«Au début de cette année, je suis allé pour la première fois dans une favela au Brésil et je dois dire que j'ai été vraiment bouleversé», a déclaré Daniel Vasella.

Il est nécessaire de plaider à Davos pour «les trois millions de personnes qui vivent encore avec moins de 2 $US par jour», a-t-il ajouté. «Si vous regardez la richesse des trois personnes les plus riches au monde, ils gagnent plus que le PIB des 48 pays les plus pauvres», a-t-il dit.

Pauvreté et mondialisation équilibrée

Les participants au Forum économique mondial de Davos, après avoir mis en exergue pendant des années les bienfaits de la libéralisation pour l'économie, ont privilégié hier des thèmes comme la pauvreté et une mondialisation équilibrée.

Sur une liste restreinte de douze thèmes principaux, quelque 750 participants à Davos en ont sélectionné six, au cours d'une session de quatre heures de discussions, plaçant largement en tête la réduction de la pauvreté.

Près des deux tiers (64 %) des participants ont placé la pauvreté en tête des thèmes prioritaires à prendre en compte désormais dans les débats à Davos.

Un peu plus de la moitié (55 %) a choisi la mondialisation équitable comme thème essentiel de réflexion, juste devant le changement climatique pour 51 %.

L'éducation, le conflit au Proche-Orient et la bonne gouvernance au niveau mondial sont, dans l'ordre, les trois autres thèmes plébiscités.

L'économie mondiale et la libéralisation des échanges figuraient dans la liste initiale, mais ces thèmes ont été balayés par les responsables économiques et politiques réunis à Davos.

Les six thèmes sélectionnés seront repris dans les principaux débats des prochaines éditions du Forum de Davos.
 
 
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