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Le dollar accélère sa chute

Les créations d'emplois ont fortement ralenti en novembre aux États-Unis

4 décembre 2004  Actualités économiques
New York — La chute du billet vert s'est brutalement accélérée hier, le dollar franchissant pour la première fois la barre de 1,34 $US pour un euro pour bondir jusqu'à 1,3460 $US à la suite des chiffres décevants sur l'emploi aux États-Unis et à des propos attribués au Trésor américain.

Pour David Solin, analyste de FX Analytics, ce sont «les chiffres sur l'emploi américain qui ont déclenché le déclin du dollar» face à l'euro hier. Les créations d'emplois ont fortement ralenti en novembre aux États-Unis avec 112 000 nouveaux postes seulement, une déception pour les analystes qui tablaient sur 200 000 créations d'emplois après le bond de 303 000 en octobre.

Mais selon M. Solin, «c'est un article paru dans le quotidien allemand financier Boersen Zeitung qui a provoqué l'accélération de la chute du dollar» et le bond de l'euro bien au-dessus de la barre de 1,34 $US. Cet article «parle d'un haut responsable du Trésor américain non nommé qui aurait déclaré que le Trésor américain n'interviendrait pas pour soutenir le dollar jusqu'à ce que ce taux atteigne 1,45 $US».

M. Solin juge toutefois que cet article est douteux car il ne cite pas le responsable en question et parce qu'il juge que l'administration américaine n'aurait pas donné de niveau aussi précis.

Sophia Drossos de Morgan Stanley constate également que l'accélération de la baisse du dollar a coïncidé avec des informations du très sérieux Boersen Zeitung sur les prétendus propos d'un responsable du Trésor. Si elle s'étonne qu'un haut membre du Trésor américain ait parlé à un journal allemand plutôt qu'à la presse américaine, elle considère que «cela confirme l'impression que les autorités américaines sont à l'aise avec l'idée d'un plus ample déclin du dollar et qu'elles entendent poursuivre leur politique de laisser-faire» à propos du billet vert.

Le secrétaire au Trésor américain, John Snow, a réaffirmé hier sur la chaîne financière CNBC que la politique des États-Unis «est de soutenir le dollar fort». «Mais bien sûr, il vaut mieux laisser aux marchés des devises ouverts la fixation de la valeur des monnaies», a-t-il ajouté, ce que les marchés interprètent comme un feu vert pour une poursuite de la baisse du billet vert.

Sophia Drossos note par ailleurs que les récents propos du président de la banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, «n'ont pas laissé entendre qu'il était démesurément inquiet» de la hausse de l'euro. Les autorités monétaires européennes «semblent avant tout préoccupées par l'inflation et elles ne semblent pas près d'intervenir» pour faire remonter le dollar face à la monnaie unique européenne.

Jeudi, M. Trichet avait toutefois déclaré qu'une intervention sur le marché des changes était «une arme» possible pour les banques centrales mais mardi, il avait laissé entendre qu'une telle éventualité n'était pas imminente en réaffirmant la lutte contre l'inflation comme priorité de la BCE.

Nuages sur l'emploi

Les créations d'emplois ont donc fortement ralenti en novembre aux États-Unis avec 112 000 nouveaux postes seulement, réveillant les craintes d'un nouvel essoufflement du marché du travail américain. Ce chiffre est très en dessous des 303 000 créations d'emplois enregistrées en octobre, qui avaient amené les économistes à célébrer enfin le décollage des embauches. Il a fortement déçu les analystes, qui tablaient sur 200 000 nouveaux postes, même si la baisse du taux de chômage de 5,5 % à 5,4 % est conforme à leurs attentes.

«Sans doute possible, ce sont de mauvais chiffres, très en dessous des attentes. Les créations d'emplois augmentent, mais à un rythme très inférieur à ce que suggère l'état général de l'économie américaine», souligne John Lonski de Moody's Investors Service.

Parmi les mauvaises nouvelles, les créations des mois précédents ont été revues en baisse: 303 000 en octobre (contre 337 000 annoncées précédemment) et 119 000 en septembre (contre 139 000).

Ces chiffres ont laissé les analystes sur leur faim. Les derniers indices — notamment l'évolution des inscriptions hebdomadaires au chômage et le rapport sur la conjoncture de la banque centrale dit «livre beige» — laissaient plutôt attendre un redressement de l'emploi. «Peut-être les derniers chiffres sous-estiment-ils les créations d'emplois. Nous pourrions avoir une révision à la hausse», avance M. Lonski.

D'autres économistes remettent les chiffres en perspective, en rappelant que les créations d'emplois ont atteint 178 000 par mois en moyenne ce dernier trimestre ce qui «n'est pas si mal», comme le souligne Marie-Pierre Ripert de CDC Ixis. Il faut 150 000 nouveaux emplois environ pour absorber la hausse de la population active.

Les chiffres des derniers mois ne sont pas sans rappeler ce qui s'était passé au printemps, lorsque le marché du travail avait donné un coup d'accélérateur pendant trois mois avant de retomber à l'été. «On ne peut exclure» une redite de ce scénario, souligne M. Lonski, pour qui les derniers chiffres «forcent les analystes à reconsidérer leurs précédentes affirmations selon lesquelles l'emploi a renoué avec une croissance typique d'une reprise économique».

Le risque est de voir la langueur de l'emploi contaminer le reste de l'économie par l'entremise des consommateurs, principaux moteurs de la croissance américaine. «Avec une croissance chancelante de l'emploi et des salaires, le marché du travail semble faible, ce qui bridera la consommation à l'avenir», avertit Lawrence Mishel, le président de l'institut de politique économique EPI, proche des démocrates.

Pour la Réserve fédérale (Fed), le dernier rapport ne changera sans doute pas grand-chose, surtout dans un contexte de dollar affaibli. «Nous continuons à tabler sur une hausse de 0,25 point des taux directeurs le 14 décembre», lors de la prochaine réunion de la Fed, ce qui porterait les taux à 2,25 %, assure Mme Ripert.
 
 
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