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Portrait - À l'école des caisses populaires

D'une année à l'autre, de 130 000 à 140 000 jeunes âgés de six à douze ans font l'apprentissage de l'épargne dans des caisses scolaires. Cela représente tout de même un actif de 17 millions de dollars qui sont ainsi placés dans chacune des caisses populaires locales auxquelles les 1000 caisses scolaires concernées sont rattachées. Au niveau secondaire, il y a une autre structure qui vise en plus un objectif de formation économique plus large, mais qui ne compte que 85 caisses étudiantes dont sont membres 7000 jeunes de 12 à 17 ans, pour un actif total de 1,5 million.

À première vue, on serait tenté de conclure qu'il y a une chute colossale de l'intérêt des jeunes pour l'épargne en passant du primaire au secondaire. Ce serait pourtant porter un jugement trop hâtif, puisque l'histoire des caisses scolaires est complètement différente de celle des caisses d'étudiants.

Toutes ces caisses cependant ont d'une manière ou d'une autre un lien avec le Mouvement Desjardins. Odette Duchesne, qui est responsable du secteur éducatif pour les jeunes, est elle-même rattachée à la vice-présidence au développement coopératif et régional de la Fédération des caisses Desjardins du Québec.

Dès 1789

Les caisses scolaires ne sont pas une idée récente puisque dès 1789 il y a eu en Angleterre une caisse d'épargne pour les femmes et les enfants, qui d'ailleurs n'a pas connu de succès. Au Québec, Alphonse Desjardins fut le premier à parler en 1900 «d'un service spécial destiné à l'enfance». Un an plus tard, il organisait «l'épargne du sou» à l'école Saint-François-Xavier de Lévis. Une première caisse scolaire était fondée à Montréal en 1908 à l'école Saint-Denis. En 1938, la Commission des écoles catholiques de Montréal adoptait un règlement pour rendre obligatoire l'établissement de caisses scolaires. Il faudra attendre 1940 pour voir apparaître la première caisse étudiante au Séminaire de Gaspé. Puis, il y a eu dans les années suivantes de vastes campagnes d'éducation à l'économie chez les écoliers. Les caisses scolaires ont toutefois eu du mal à s'adapter aux chambardements générés par la réforme scolaire à partir de 1965. Elles ont subi une perte de vitesse dans les années subséquentes «mais elles ont survécu malgré l'indifférence quasi générale de ceux qui auraient dû les encourager», pouvait-on lire dans une étude de la fédération des caisses en 1976.

Mme Duchesne, qui occupe ses fonctions actuelles depuis six ans, souligne que jusqu'en 1996 il n'y avait pas d'archives concernant les caisses scolaires. Soit dit en passant, on peut se faire une idée de l'histoire des caisses scolaires à Montréal en visitant une petite exposition sur le sujet qui est présentée jusqu'à l'été prochain à l'Écomusée du fier monde, rue Amherst, dans l'édifice patrimonial du bain Généreux.

Il y a désormais un recensement annuel des caisses scolaires qu'on retrouve dans presque la moitié des 2223 écoles élémentaires du Québec. Elles sont plus répandues dans les régions semi-urbaines et rurales, parce que le milieu scolaire y est plus disponible, explique Mme Duchesne. Comme ce fut le cas pour les caisses populaires, il y a aussi moins de caisses scolaires dans les milieux anglophones et allophones.

Quoi qu'il en soit, la mission fondamentale de ces caisses est demeurée exactement la même depuis 100 ans: apprendre aux jeunes l'importance de l'épargne, de la discipline et de l'assiduité. Les parents doivent donner leur accord pour que leurs enfants participent à une caisse scolaire. Il n'y a aucun montant imposé à l'entrée et c'est un professeur, parfois aidé des jeunes, qui fait la collecte de l'argent déposé ensuite dans la caisse populaire du voisinage dans un compte au nom de l'enfant. Les retraits sont interdits, à moins qu'ils ne soient faits en présence d'un parent. La caisse populaire accorde un taux d'intérêt symbolique, qui est celui du taux d'épargne et opérations, plus 1,5 %, ce qui donnerait aujourd'hui un taux d'environ 2 %. Les enfants inscrits dans les caisses scolaires font en moyenne en un an des dépôts totalisant 50 $.

À la fin du cycle élémentaire, la caisse populaire informe les parents qu'il faut quitter la caisse scolaire. Le jeune épargnant peut alors laisser son compte à la caisse Desjardins ou le transférer dans une caisse étudiante, si jamais il y en a une dans l'école secondaire où il s'inscrira. Sur un total d'environ 400 écoles secondaires au Québec, il n'y en a que 85 où l'on retrouve une caisse étudiante.

Le concept de ces caisses étudiantes telles qu'elles existent maintenant ne date que de 1986. La caisse étudiante est en réalité «une minicaisse populaire», qui a son conseil d'administration élu, ses gestionnaires et ses employés, tous choisis parmi les membres de la caisse et tous bénévoles. En plus d'apprendre l'épargne, il s'agit aussi «d'apprivoiser la gestion d'une coopérative».

Sous la surveillance d'un professeur et d'un représentant de la caisse populaire locale, qu'on appelle aussi «la caisse-mère», on peut y faire des dépôts et des retraits. Le membre doit payer sa part sociale de 5 $, mais n'a pas droit au taux d'intérêt symbolique accordé dans les caisses scolaires. Il a cependant une carte de guichet et a donc accès au système inter-caisse. Au demeurant, avec l'informatisation, les caisses étudiantes sont devenues moins nécessaires pour les opérations bancaires de base.

Mme Duchesne et son équipe procèdent d'ailleurs à une réflexion d'ensemble sur ce que pourraient devenir les caisses étudiantes. Elle constate que les jeunes adolescents sont toujours intéressés à la mission éducative, mais ils veulent davantage travailler sur des projets collectifs, par exemple pour un voyage ou un défi entrepreneurial. L'idée fondamentale demeure la même, c'est-à-dire apprendre et non pas faire de l'argent.

Il n'est donc pas question de fermer les caisses étudiantes. Les élèves de l'école Joseph-François Perreault, dans le quartier Saint-Michel à Montréal, en sont la meilleure preuve puisqu'ils sont même en voie de lancer une nouvelle caisse étudiante. L'an passé, on a demandé à Michel Chouinard, professeur en économie, de mettre une caisse sur pied, ce qui s'inscrivait dans une démarche d'activités parascolaires et bien sûr d'éducation, notamment en matière de coopératives. «C'est une expérience pédagogique d'apprentissage du travail pour voir comment on gère une entreprise», explique-t-il.

Cela peut aider par la suite les jeunes à trouver un emploi chez le dépanneur du coin ou même à faire un stage dans une caisse pop, comme ce fut le cas pour quelques-uns des 25 jeunes qui furent de la première cuvée de membres de cette caisse l'an dernier.

Actuellement, le noyau de base — qui compte Emmanuelle Vo et Alexandre Léger, en 3e secondaire, Sophie Boissinot-Tremblay, en 2e secondaire, et Hajar El Haouari, en 4e secondaire — a fait le tour des classes pour présenter la caisse, laquelle est ouverte le midi deux jours par semaine. La campagne de recrutement bat son plein. Dans le petit local, entièrement réservé à la caisse, tout juste à côté de la cafétéria, on trouve un coffre-fort, un terminal pour l'utilisation de la carte de guichet, une petite machine à calculer et un modeste bureau. C'est peu, mais tout de même beaucoup plus que ce que possédait Alphonse Desjardins lorsqu'il a ouvert ses premières caisses populaires.
 
 
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