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Les marchés boursiers poursuivent leur dégringolade

De nouveaux indices laissent craindre un glissement des États-Unis vers la récession

Extrêmement volatil et émotif, le marché boursier américain a poursuivi sa glissade accentuée hier, en réaction à une nouvelle statistique faisant ressortir un essoufflement prématuré d’une reprise économique encore fragile au sud de la front
Photo : Agence Reuters
Extrêmement volatil et émotif, le marché boursier américain a poursuivi sa glissade accentuée hier, en réaction à une nouvelle statistique faisant ressortir un essoufflement prématuré d’une reprise économique encore fragile au sud de la front
Les marchés boursiers ne parvenaient toujours pas, hier, à reprendre leur marche haussière. Traînant, tel un boulet, les nombreux scandales comptables frappant essentiellement les valeurs technologiques, les participants s'inquiètent également des récentes statistiques qui, depuis plus d'une semaine, mettent en exergue la mollesse de la reprise de la première économie au monde. Les économistes se font désormais plus nombreux à entrevoir de nouvelles baisses des taux d'intérêt directeurs de la Réserve fédérale afin d'empêcher un autre glissement des États-Unis dans la zone de récession.

Extrêmement volatil et émotif, le marché boursier américain a poursuivi sa glissade accentuée hier, en réaction à une nouvelle statistique faisant ressortir un essoufflement prématuré d'une reprise économique encore fragile au sud de la frontière. L'indice symbolique Dow Jones a ajouté 269,50 points, ou 3,2 %, à ses pertes, pour clôturer la séance à peine au-dessus des 8000 points. À 8043,63, il revient à son niveau du 24 juillet. Plus large et plus représentatif, l'indice S&P 500 a abandonné 29,64 points ou 3,4 % hier, tombant à 834,60. Quant au Nasdaq, il perdait 41,91 points, ou 3,4 % également, à 1206,01.

La déprime était également palpable en Europe. La Bourse de Paris a reculé de 4 %, celle de Londres, de 1,9 %, alors que de Madrid à Milan, en passant par Amsterdam et Bruxelles, la chute oscillait entre 2 % et 3,9 %.

À Toronto — jour férié dans le reste du Canada hier — les marchés étaient fermés.

La toute dernière statistique décevante retenue par les participants est l'annonce, hier, d'un indice ISM de l'activité des services aux États-Unis tombant à 53,1 points en juillet, contre 57,2 en juin. Même si cet indice s'est maintenu au-dessus de la barre dite de croissance (50 points et plus), on a retenu que le secteur des services, comptant pour 80 % du PIB américain, était en recul, et ce, pour un deuxième mois consécutif. La composante des nouvelles commandes, précurseur du contexte à venir, est tombée à 52,6, contre 56,9 le mois précédant.

Cette donnée s'ajoute à une série d'indicateurs décevants qui, depuis une semaine, font ressortir des ratées dans la reprise de l'économie américaine avivant la crainte d'un retour en récession pour la première économie mondiale. On peut penser à un recul de la composante manufacturière de cet indice ISM, annoncé jeudi dernier, à la progression de seulement 1,1 % du PIB américain au deuxième trimestre, après un ronflant 5,4 % au premier, et à la création de seulement 6000 emplois en juillet.

Dans la foulée, le Fonds monétaire international (FMI) a souligné hier qu'il envisageait abaisser ses prévisions de croissance pour les États-Unis en 2002 et 2003 sans toutefois en préciser l'ampleur. Selon l'institution, «les turbulences sur les marchés financiers accroissent les incertitudes» et «les pressions se sont intensifiées depuis le printemps», même si «les perspectives d'ensemble de l'économie américaine restent plutôt favorables». Dans son apport publié en avril, le FMI prévoyait une croissance de 2,3 % du PIB des États-Unis en 2002 puis de 3,4 % en 2003.

Le FMI a soutenu que les prévisions de croissance de la Maison Blanche pourraient se révéler trop optimistes et estime que la Réserve Fédérale avait encore de la marge pour baisser ses taux si la confiance s'affaiblissait davantage. D'ailleurs nombre d'économistes, campant hier dans un scénario de statu quo, tablent désormais sur de nouveaux replis des taux directeurs de la Réserve fédérale, et ce, dès la prochaine réunion du 13 août. Présentement à son niveau le plus bas en 40 ans, à 1,75 %, ce taux pourrait descendre aussi bas que 1 % d'ici à la fin de l'année, à un niveau jamais vu depuis les années 1950.

Francis Généreux n'épouse pas cette thèse. Pour l'économiste du Mouvement Desjardins, qui table sur un immobilisme de la Réserve fédérale (Fed) jusqu'au début de l'an prochain, «un geste dans le sens d'un recul des taux directeurs enverrait un mauvais signal puisqu'il sous-tendrait une lecture plus pessimiste de la part de la Fed de l'état de santé de l'économie américaine».

À ses yeux il faut, pour l'instant, écarter un scénario de retour de l'économie américaine en zone de récession. «Les récents chiffres, [indices ISM, création d'emploi, PIB] sont faibles, mais ils demeurent positifs. Tout au plus observe-t-on une croissance molle plutôt qu'une reprise forte.» Ainsi, la Fed ne fait face à aucune urgence, a ajouté M. Généreux, qui précise cependant que les prévisions du Mouvement Desjardins, qui s'appuyaient sur une remontée des taux directeurs à partir du mois d'août, ont dû être révisées.

Double récession

Il faut remonter aux années 1980-1981 pour ainsi voir l'économie américaine épouser le concept de double récession, ou de croissance «en W». Aussi les économistes de tous bords envisagent-ils la possibilité de voir l'histoire se répéter. La semaine dernière, Lawrence Lindsey, le principal conseiller économique de la Maison-Blanche, a lui-même évoqué cette hypothèse mais en la minimisant. «Tant que vous maintenez le revenu disponible en hausse, les risques de connaître une nouvelle double récession sont assez faibles», a-t-il déclaré.

Mais pour l'heure, il ne s'agit pas d'un scénario dominant. «La perspective la plus probable est celle de la poursuite d'une croissance insuffisante», a résumé Neal Soss, chef économiste au Crédit-Suisse First Boston. «Il y a beaucoup de différences avec ce qui s'est passé au début des années 1980. Au début des années 80 la reprise qui a suivi la première récession a été provoquée par un relâchement monétaire et que la seconde récession était, elle, liée à une reprise en main monétaire. À l'époque, on avait une approche strictement monétariste de la politique monétaire, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.»
 
 
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