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L'affaire Elf à nouveau devant la justice

6 octobre 2004  Actualités économiques
Paris — Un des dossiers de corruption les plus retentissants en France, qui a éclaboussé les milieux de la politique et des grandes entreprises d'État, l'affaire du géant pétrolier Elf, sera à nouveau devant la justice aujourd'hui pour un procès en appel.

Il s'agit du plus important dossier judiciaire de détournement de fonds (305 millions d'euros au total) en France. «Le casse du siècle», selon l'un des avocats du groupe pétrolier, partie civile, Me Jean Veil.

Cette affaire a nécessité une instruction-fleuve menée par trois juges pendant huit ans et s'est soldée par un procès qui a duré quatre mois en 2003 et qui a mis la lumière sur les pratiques corrompues des dirigeants d'Elf.

Au terme de ce procès, sur 37 prévenus, 30 ont été condamnés à un total de 25 années de prison (dont 13 fermes), à 19 millions d'euros d'amende et à des centaines de millions d'euros de dommages et intérêts.

Quinze des personnes condamnées en première instance ont interjeté appel et seront rejugées dans ce nouveau procès.

Toutefois, celui que la justice française avait qualifié de «premier responsable de l'affaire Elf», Loïk Le Floch-Prigent, 61 ans, ancien p.-d.g. du groupe pétrolier (1989-93), condamné à la peine maximale (cinq ans de prison) et à une forte amende (375 000 euros), sera absent de ce procès: il n'a pas contesté la peine prononcée à son encontre.

En revanche, seront rejugés ses deux principaux complices, tous les deux âgés de 77 ans: Alfred Sirven, ancien directeur des Affaires générales au groupe Elf (condamné à cinq ans de prison et à un million d'euros d'amende) et André Tarallo, ancien «Monsieur Afrique» chez Elf (condamné à quatre ans de prison ferme et deux millions d'euros d'amende).

Placés en détention avant ou au moment du jugement, les deux hommes ont été remis en liberté. Alfred Sirven, parce qu'il avait suffisamment de garanties de représentation. André Tarallo, pour des raisons médicales.

Mise à sac

La justice avait estimé que les dirigeants d'Elf avaient été les acteurs d'une mise à sac soigneusement «planifiée, organisée, puis exécutée» du groupe pétrolier.

Hôtels particuliers, bijoux, villas: rien n'était trop beau pour ces hommes de réseaux, plusieurs fois décorés par la République, et qui n'ont pas hésité à piller littéralement l'entreprise qu'ils dirigeaient.

Une partie des fonds détournés aurait servi à financer la vie politique française, notamment des «candidats à la présidence de la République» qui se voyaient remettre «des enveloppes de campagne»— avait indiqué l'ancien p.-d.g. sans donner de noms — ou d'autres «hommes politiques» dont les prévenus ont tu les noms.

Une autre partie de l'argent est allée en Afrique. Elf a directement rétribué des chefs d'État africains pour exploiter le pétrole de leurs pays. Il a notamment versé des commissions aux dirigeants du Nigeria, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, de l'Angola et du Gabon.
 
 
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