À 100 ans, la compagnie Kruger veut montrer de quel bois elle se chauffe
23 août 2004
Actualités économiques
Côte-des-Neiges n'était qu'une banlieue de Montréal quand le Néo-Québécois Joseph Kruger y a établi un entrepôt pour son commerce de papiers fins, en 1904.
Ce terrain, situé à des kilomètres du quartier des affaires, est demeuré tout au long du siècle le coeur d'une entreprise aussi sobre et discrète que puissante qui emploie aujourd'hui près de 11 000 personnes sur trois continents.
Gérée par le petit-fils du fondateur — Joseph II — qui en est d'ailleurs le propriétaire unique, Kruger se classe parmi les grandes compagnies forestières canadiennes. Elle est sans conteste l'une des plus grosses entreprises non inscrites en Bourse au pays.
En 2003, son chiffre d'affaires s'est établi à 2,9 milliards de dollars, comparativement à 3,2 milliards pour Cascades et 4,8 milliards pour Domtar. Selon le vice-président et chef de l'exploitation Bernard Routhier, la moitié de ces revenus proviennent de la division papiers pour publication qui compte parmi ses clients de grands groupes de presses américains comme Ganett et le New York Times.
La division Papiers Scott, qui manufacture notamment le papier hygiénique Cottonelle et les «Scott Towels», est responsable du tiers des ventes de la société. Le reste provient des activités de Kruger dans les domaines du carton (20 %), de l'énergie, de l'environnement et du bois d'oeuvre.
Géant manufacturier
C'est le père de l'actuel président qui a amorcé la transformation de l'entreprise familiale en géant manufacturier, dans les années 1950. Arrivé aux commandes de la société à l'âge de 25 ans en 1927, Gene Kruger a successivement acquis des usines de papier journal et de carton en faillite à Bromptonville et Sherbrooke avant de mettre pied en Amérique du Sud en 1956.
La compagnie montréalaise est encore propriétaire aujourd'hui de Papeles Venezolanos (Venezuela) et de Papeles Nacionales (Colombie) qui se spécialisent dans la fabrication de papiers tissus.
Dans les décennies qui ont suivi, Kruger s'est considérablement diversifiée en achetant des actifs en Mauricie, en Abitibi, sur la Côte-Nord, en Ontario, à Terre-Neuve, aux États-Unis et jusqu'en Angleterre. La compagnie s'est en outre dotée de scieries, d'usines de recyclage et de centrales hydroélectriques. À une certaine époque, Kruger produisait même de l'aluminium!
Comme elle n'est pas cotée en Bourse, l'entreprise n'a pas d'obligations de rendement envers ses actionnaires.
«Le seul moteur des Kruger c'est leur esprit d'entrepreneur», fait valoir M. Routhier, qui est au service de l'entreprise depuis 13 ans.
Tous les investissements réalisés par la société depuis 100 ans ont été financés à même son encaisse. «On va à notre rythme, en fonction des cycles de l'industrie, en maintenant un niveau d'endettement raisonnable», insiste le vice-président.
Gestion prudente
Kruger a la réputation d'être bien gérée. Leur légendaire prudence en affaires aurait même permis aux héritiers de Joseph Kurger d'amasser l'une des plus grosses fortunes privées du Canada.
Au milieu des années 1990, on l'évaluait à 750 millions au bas mot. Il est impossible de savoir ce qui est advenu de cette somme. Joseph Kruger II en dit en effet le moins possible sur lui et sur sa compagnie, refusant presque systématiquement les demandes d'entrevues.
Pour le centenaire de la compagnie, le chef d'entreprise a remis à ses employés une cassette vidéo récapitulant en images un siècle d'industrie. Mais aucune célébration flamboyante n'est au menu. Il semble que ce ne soit tout simplement pas le genre de la maison.
«Le 100e anniversaire est à l'image de la compagnie. Il n'y a rien de spectaculaire. Ça reste très simple», insiste Bernard Routhier.
Prendre des risques
Malgré son âge vénérable, la compagnie Kruger continue à prendre des risques, à développer ses affaires. Au cours des dernières années, elle a ainsi investi plusieurs millions dans la relance de la papetière Wayagamack, de Trois-Rivières.
Alors que ses rivales comme Abitibi-Consolidated et Domtar réduisaient leur effectif, elle embauchait. Aucun établissement de la société n'a été fermé en dépit de la crise du bois d'oeuvre. Une scierie de la Côte-Nord a cependant été reconvertie en usine de transformation.
Les prix du bois et du papier ont recommencé à augmenter. Kruger et ses concurrentes peuvent donc espérer des jours meilleurs. Si la compagnie veut fêter son bicentenaire, elle devra néanmoins relever des défis de taille.
Celui de la productivité, d'abord. D'après M. Routhier, l'Est de l'Amérique du Nord est l'un des endroits où il est le plus coûteux de faire de l'exploitation forestière et de la transformation des produits du bois.
«Le prix de la fibre est le plus élevé au monde», affirme le vice-président. La main-d'oeuvre n'est pas abordable et l'énergie l'est de moins en moins. «La concurrence est très forte. Si on veut rester rentable, il faut investir énormément dans la haute technologie.»
Et puis il faudra aussi assurer la relève. Nul n'est éternel et peu d'entreprises québécoises ont survécu au passage de trois
générations...
Au sein de l'entreprise, on assure que la question a déjà été abordée. Mais d'après ses collègues, à 60 ans Joseph Kruger II consacre plus de 12 heures par jour à son travail. Et il se dit encore bien loin de la retraite...
Ce terrain, situé à des kilomètres du quartier des affaires, est demeuré tout au long du siècle le coeur d'une entreprise aussi sobre et discrète que puissante qui emploie aujourd'hui près de 11 000 personnes sur trois continents.
Gérée par le petit-fils du fondateur — Joseph II — qui en est d'ailleurs le propriétaire unique, Kruger se classe parmi les grandes compagnies forestières canadiennes. Elle est sans conteste l'une des plus grosses entreprises non inscrites en Bourse au pays.
En 2003, son chiffre d'affaires s'est établi à 2,9 milliards de dollars, comparativement à 3,2 milliards pour Cascades et 4,8 milliards pour Domtar. Selon le vice-président et chef de l'exploitation Bernard Routhier, la moitié de ces revenus proviennent de la division papiers pour publication qui compte parmi ses clients de grands groupes de presses américains comme Ganett et le New York Times.
La division Papiers Scott, qui manufacture notamment le papier hygiénique Cottonelle et les «Scott Towels», est responsable du tiers des ventes de la société. Le reste provient des activités de Kruger dans les domaines du carton (20 %), de l'énergie, de l'environnement et du bois d'oeuvre.
Géant manufacturier
C'est le père de l'actuel président qui a amorcé la transformation de l'entreprise familiale en géant manufacturier, dans les années 1950. Arrivé aux commandes de la société à l'âge de 25 ans en 1927, Gene Kruger a successivement acquis des usines de papier journal et de carton en faillite à Bromptonville et Sherbrooke avant de mettre pied en Amérique du Sud en 1956.
La compagnie montréalaise est encore propriétaire aujourd'hui de Papeles Venezolanos (Venezuela) et de Papeles Nacionales (Colombie) qui se spécialisent dans la fabrication de papiers tissus.
Dans les décennies qui ont suivi, Kruger s'est considérablement diversifiée en achetant des actifs en Mauricie, en Abitibi, sur la Côte-Nord, en Ontario, à Terre-Neuve, aux États-Unis et jusqu'en Angleterre. La compagnie s'est en outre dotée de scieries, d'usines de recyclage et de centrales hydroélectriques. À une certaine époque, Kruger produisait même de l'aluminium!
Comme elle n'est pas cotée en Bourse, l'entreprise n'a pas d'obligations de rendement envers ses actionnaires.
«Le seul moteur des Kruger c'est leur esprit d'entrepreneur», fait valoir M. Routhier, qui est au service de l'entreprise depuis 13 ans.
Tous les investissements réalisés par la société depuis 100 ans ont été financés à même son encaisse. «On va à notre rythme, en fonction des cycles de l'industrie, en maintenant un niveau d'endettement raisonnable», insiste le vice-président.
Gestion prudente
Kruger a la réputation d'être bien gérée. Leur légendaire prudence en affaires aurait même permis aux héritiers de Joseph Kurger d'amasser l'une des plus grosses fortunes privées du Canada.
Au milieu des années 1990, on l'évaluait à 750 millions au bas mot. Il est impossible de savoir ce qui est advenu de cette somme. Joseph Kruger II en dit en effet le moins possible sur lui et sur sa compagnie, refusant presque systématiquement les demandes d'entrevues.
Pour le centenaire de la compagnie, le chef d'entreprise a remis à ses employés une cassette vidéo récapitulant en images un siècle d'industrie. Mais aucune célébration flamboyante n'est au menu. Il semble que ce ne soit tout simplement pas le genre de la maison.
«Le 100e anniversaire est à l'image de la compagnie. Il n'y a rien de spectaculaire. Ça reste très simple», insiste Bernard Routhier.
Prendre des risques
Malgré son âge vénérable, la compagnie Kruger continue à prendre des risques, à développer ses affaires. Au cours des dernières années, elle a ainsi investi plusieurs millions dans la relance de la papetière Wayagamack, de Trois-Rivières.
Alors que ses rivales comme Abitibi-Consolidated et Domtar réduisaient leur effectif, elle embauchait. Aucun établissement de la société n'a été fermé en dépit de la crise du bois d'oeuvre. Une scierie de la Côte-Nord a cependant été reconvertie en usine de transformation.
Les prix du bois et du papier ont recommencé à augmenter. Kruger et ses concurrentes peuvent donc espérer des jours meilleurs. Si la compagnie veut fêter son bicentenaire, elle devra néanmoins relever des défis de taille.
Celui de la productivité, d'abord. D'après M. Routhier, l'Est de l'Amérique du Nord est l'un des endroits où il est le plus coûteux de faire de l'exploitation forestière et de la transformation des produits du bois.
«Le prix de la fibre est le plus élevé au monde», affirme le vice-président. La main-d'oeuvre n'est pas abordable et l'énergie l'est de moins en moins. «La concurrence est très forte. Si on veut rester rentable, il faut investir énormément dans la haute technologie.»
Et puis il faudra aussi assurer la relève. Nul n'est éternel et peu d'entreprises québécoises ont survécu au passage de trois
générations...
Au sein de l'entreprise, on assure que la question a déjà été abordée. Mais d'après ses collègues, à 60 ans Joseph Kruger II consacre plus de 12 heures par jour à son travail. Et il se dit encore bien loin de la retraite...
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

