Le géant Ioukos et le péché d'Icare
8 juillet 2004
Actualités économiques
Moscou — Ioukos remportait il y a un an toutes les palmes: «première capitalisation de la Bourse de Moscou», «compagnie pétrolière russe la plus rentable», «exemple de transparence», «premier producteur de brut du pays». Mais le groupe de Mikhaïl Khodorkovski s'est brûlé les ailes, comme s'il avait voulu voler trop haut.
Les huissiers ont lancé hier une procédure de saisie pour obtenir le recouvrement des arriérés fiscaux exigés au titre de l'année 2000: 3,4 milliards $US, soit l'équivalent du bénéfice net enregistré la même année.
Sous peu, un administrateur extérieur pourrait être nommé, voire même une mise en liquidation prononcée.
Le groupe était pourtant devenu au cours des dernières années le chouchou des investisseurs. «C'est la compagnie du secteur qui connaîtra la plus forte croissance dans les prochaines années», écrivait en 2001 la banque Troïka Dialog.
À cette époque, Ioukos gagnait le titre de groupe russe le plus rentable. Deux ans plus tard, il montait sur la première marche des producteurs de brut, damant le pion à Loukoïl qui semblait pourtant indétrônable.
Ce n'était pas rien. Car personne n'aurait parié un kopeck sur le groupe cinq ans plus tôt.
Privatisé en 1994, Ioukos avait été acquis dans des conditions controversées par Mikhaïl Khodorkovski, alors puissant patron de la banque Menatep. Et après la crise financière de 1998, son nom fut lié à l'un des plus grands scandales d'abus de droits des investisseurs.
La société avait alors très mauvaise réputation. Elle semblait fragile et les analystes prédisaient qu'elle serait bientôt avalée par une compagnie plus solide.
Mais le patron de Ioukos, jeune loup ambitieux et peu scrupuleux, fut l'un des tout premiers en Russie à comprendre les bienfaits de la transparence.
Il se mit à investir dans la production, s'aligna sur les normes de comptabilité internationale, embaucha des experts étrangers et adopta un code de bonne conduite en matière de gestion. La politique porta ses fruits: le titre s'envola sur le marché boursier et au printemps 2003, Ioukos, acheté 350 millions $US, valait quelque 30 milliards (presque le double de sa valeur actuelle).
Restait à devenir une major internationale: au printemps 2003, Khodorkovski annonçait une alliance avec Sibneft pour créer le quatrième groupe mondial du secteur, plus gros que ChevronTexaco ou Total.
La major n'aura pas eu le temps de naître: le mariage sera miné par les attaques judiciaires lancées en juillet 2003 contre Ioukos et son puissant patron milliardaire.
Ambitions politiques
Khodorkovski, non content d'être courtisé par les géants américains qui lorgnaient sur son joyau pétrolier et d'être l'homme le plus riche de Russie, avait fait part quelques mois plus tôt d'ambitions politiques. Ioukos et ses milliards de barils lui donnaient une vraie puissance de frappe.
Peut-être trop, relèvent aujourd'hui les analystes, alors que toute «l'affaire» est considérée comme éminemment politique. «Khodorkovski a cru qu'il pouvait tenir tête au Kremlin», expliquait récemment un ancien responsable de la compagnie, et «il s'est trompé».
D'autres ont relevé que la réussite de Ioukos, dont le capital est resté concentré aux mains d'une poignée de privilégiés, avait attiré les convoitises.
Selon des sources bancaires, le «clan» arrivé au pouvoir avec Vladimir Poutine serait venu demander en 2002 à Khodorkovski 15 % des actions de Ioukos. L'oligarque aurait refusé, contrairement à d'autres approchés de la même façon.
Le bras de fer engagé par Ioukos et le Kremlin risque toutefois de se terminer par la pire des solutions. Le Parquet général notait mardi que d'autres redressements fiscaux ne manqueraient pas de suivre. Or acculer Ioukos à la faillite et au dépeçage ne serait un bien ni pour les fondateurs du groupe, ni pour le Kremlin.
Les huissiers ont lancé hier une procédure de saisie pour obtenir le recouvrement des arriérés fiscaux exigés au titre de l'année 2000: 3,4 milliards $US, soit l'équivalent du bénéfice net enregistré la même année.
Sous peu, un administrateur extérieur pourrait être nommé, voire même une mise en liquidation prononcée.
Le groupe était pourtant devenu au cours des dernières années le chouchou des investisseurs. «C'est la compagnie du secteur qui connaîtra la plus forte croissance dans les prochaines années», écrivait en 2001 la banque Troïka Dialog.
À cette époque, Ioukos gagnait le titre de groupe russe le plus rentable. Deux ans plus tard, il montait sur la première marche des producteurs de brut, damant le pion à Loukoïl qui semblait pourtant indétrônable.
Ce n'était pas rien. Car personne n'aurait parié un kopeck sur le groupe cinq ans plus tôt.
Privatisé en 1994, Ioukos avait été acquis dans des conditions controversées par Mikhaïl Khodorkovski, alors puissant patron de la banque Menatep. Et après la crise financière de 1998, son nom fut lié à l'un des plus grands scandales d'abus de droits des investisseurs.
La société avait alors très mauvaise réputation. Elle semblait fragile et les analystes prédisaient qu'elle serait bientôt avalée par une compagnie plus solide.
Mais le patron de Ioukos, jeune loup ambitieux et peu scrupuleux, fut l'un des tout premiers en Russie à comprendre les bienfaits de la transparence.
Il se mit à investir dans la production, s'aligna sur les normes de comptabilité internationale, embaucha des experts étrangers et adopta un code de bonne conduite en matière de gestion. La politique porta ses fruits: le titre s'envola sur le marché boursier et au printemps 2003, Ioukos, acheté 350 millions $US, valait quelque 30 milliards (presque le double de sa valeur actuelle).
Restait à devenir une major internationale: au printemps 2003, Khodorkovski annonçait une alliance avec Sibneft pour créer le quatrième groupe mondial du secteur, plus gros que ChevronTexaco ou Total.
La major n'aura pas eu le temps de naître: le mariage sera miné par les attaques judiciaires lancées en juillet 2003 contre Ioukos et son puissant patron milliardaire.
Ambitions politiques
Khodorkovski, non content d'être courtisé par les géants américains qui lorgnaient sur son joyau pétrolier et d'être l'homme le plus riche de Russie, avait fait part quelques mois plus tôt d'ambitions politiques. Ioukos et ses milliards de barils lui donnaient une vraie puissance de frappe.
Peut-être trop, relèvent aujourd'hui les analystes, alors que toute «l'affaire» est considérée comme éminemment politique. «Khodorkovski a cru qu'il pouvait tenir tête au Kremlin», expliquait récemment un ancien responsable de la compagnie, et «il s'est trompé».
D'autres ont relevé que la réussite de Ioukos, dont le capital est resté concentré aux mains d'une poignée de privilégiés, avait attiré les convoitises.
Selon des sources bancaires, le «clan» arrivé au pouvoir avec Vladimir Poutine serait venu demander en 2002 à Khodorkovski 15 % des actions de Ioukos. L'oligarque aurait refusé, contrairement à d'autres approchés de la même façon.
Le bras de fer engagé par Ioukos et le Kremlin risque toutefois de se terminer par la pire des solutions. Le Parquet général notait mardi que d'autres redressements fiscaux ne manqueraient pas de suivre. Or acculer Ioukos à la faillite et au dépeçage ne serait un bien ni pour les fondateurs du groupe, ni pour le Kremlin.
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