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Pas de vacances pour la controverse porcine

Le secrétaire général de la Coopérative fédérée invite les producteurs propres à partir en guerre contre leurs confrères pollueurs

Une entreprise porcine. Pour Claude Lafleur, le respect de l’environnement et la réduction des odeurs sont «le prix à payer pour mettre fin au purgatoire imposé par les citoyens et le seul moyen d’assurer la survie des productions animales au Qu
Photo : Agence Reuters
Une entreprise porcine. Pour Claude Lafleur, le respect de l’environnement et la réduction des odeurs sont «le prix à payer pour mettre fin au purgatoire imposé par les citoyens et le seul moyen d’assurer la survie des productions animales au Qu
Le temps d'arrêt de deux ans décrété en juin dernier par le gouvernement dans l'implantation de nouvelles porcheries ne met pas fin à la controverse. De chauds débats sont d'ores et déjà prévisibles à l'automne, alors que le Bureau des audiences publiques en environnement aura la mission périlleuse de tracer le pourtour d'un nouveau modèle de développement de toute la filière porcine. En fait, il n'y a pas vraiment de vacances à cet égard, comme en témoignent certaines interventions qui sortent des sentiers battus.

À cet égard, la prise de position la plus inattendue est celle de Claude Lafleur. Dans la plus récente livraison du magazine Le Coopérateur, édité par son employeur, le secrétaire général de la Coopérative fédérée de Québec fait une sortie sans équivoque contre «une minorité de cow-boys» qui ne tiennent pas compte du voisinage et de l'environnement. «Tant qu'on aura au Québec cette minorité d'individus mal élevés, l'ensemble de la profession agricole sera méprisé, voire même détesté», ajoute M. Lafleur.

Selon lui, la très grande majorité des producteurs, soit neuf sur dix, a fait des progrès remarquables en matière de réduction des odeurs et de protection de l'environnement. «Il leur reste aussi à proclamer haut et fort leur fierté d'être agriculteurs, à rabrouer systématiquement leurs collègues délinquants et à dénoncer publiquement les propos alarmistes des paysans de fin de semaine, ces imposteurs qui se réclament de la profession agricole et qui suffoquent d'indignation à la moindre odeur agricole. Le civisme, ça vaut pour tout le monde», ajoute M. Lafleur, qui à toutes fins utiles invite les producteurs propres à partir en guerre contre leurs confrères pollueurs.

L'appel à la fierté qu'il lance, explique-t-il, vise à combattre un sentiment dépressif qui habite de nombreux producteurs de porcs, ainsi que les membres de leur famille, y compris les enfants qui se font parfois dire à l'école que «leur père est un gros cochon».

L'exemple danois

Dans le même article, l'auteur se demande comment il est possible que dans un pays comme le Danemark — 5,4 millions d'habitants et une superficie 40 fois moindre que celle du Québec — on parvienne à produire 23 millions de porcs, soit 16 millions de plus que le Québec, sans susciter de réactions hostiles de la part des citoyens comme cela se voit ici depuis quelques années. La Coopérative fédérée enverra d'ailleurs dans ce pays en septembre une délégation, dont fera partie M. Lafleur, pour voir exactement comment les choses se passent au Royaume du Danemark.

Que la Fédérée prenne cette initiative est significatif, puisque sa division Olymel est le plus important transformateur de porcs au Québec. Le respect de l'environnement et la réduction des odeurs sont, insiste M. Lafleur, «le prix à payer pour mettre fin au purgatoire imposé par les citoyens et le seul moyen d'assurer la survie des productions animales au Québec». En cela, M. Lafleur a l'appui entier de son président, Paul Massicotte, qui en revanche invite «les pouvoirs publics à collaborer significativement et concrètement à cette transition des pratiques du monde agricole ainsi qu'au rétablissement du dialogue avec les concitoyens en vue de réaffirmer le consensus social vis-à-vis l'importance du développement agricole pour l'essor économique de nos régions et du pays».

Pour sa part, la Fédération des producteurs de porcs du Québec amorce cet été une offensive de relations publiques, en demandant à ses membres qui répondent à un certain nombre de critères d'afficher fièrement leurs réalisations en agroenvironnement. Environ 300 producteurs participent à cette campagne dont le lancement a eu lieu en juin aux Porcheries Chanca de Saint-Louis-de-Gonzague, lesquelles comme par hasard appartiennent à deux jeunes femmes. Celles-ci ont notamment érigé «une haie brise-odeur»; elles utilisent une rampe basse pour l'épandage des lisiers, ajoutent de la phytase à la moulée servie aux porcs, etc.

Le repositionnement des producteurs de porc en regard des nouvelles exigences environnementales se fait au demeurant sur plusieurs plans, dont celui de l'achat des terres requises pour disposer de leur surplus de lisier, ce qui a un impact inévitable sur la valeur marchande des terres, entraînant des répercussions pour l'ensemble des producteurs autres que ceux qui font du porc leur spécialité. La valeur à la hausse des terres agricoles est également causée dans certaines régions par la présence d'agriculteurs du dimanche qui ont des moyens financiers nettement supérieurs à celui d'un agriculteur traditionnel. En somme, les campagnes sont de moins en moins ce qu'elles avaient l'habitude d'être.

Et l'usine à Notre-Dame-du-Lac?

En même temps que se préparent ces grandes manoeuvres automnales dans l'industrie porcine, il y a le dossier de l'usine Du Breton à Notre-Dame-du-Lac au Témiscouata qui est toujours bien vivant. Il y a quelques jours, Investissement Québec a soumis une proposition, a-t-on rapporté au ministère de l'Agriculture. Toutefois, la porte-parole de la famille Breton, Marie-Claire Ouellet, a mentionné que ce document ne contenait rien d'autre que la liste des programmes gouvernementaux réguliers offerts à cette catégorie d'entreprises.

Réal Voisine, maire de Notre-Dame-du-Lac, qui demeure en contact avec le bureau du premier ministre, reste confiant qu'on puisse en arriver à une solution satisfaisante. Mme Ouellet soutient cependant que le moratoire sur la production porcine a forcément un impact sur les projets de l'entreprise dont l'expansion semble compromise. Du Breton demande aussi à la ville d'avoir accès à un plus grand volume d'eau; les ingénieurs municipaux sont en train d'évaluer si les équipements municipaux peuvent répondre à cette demande. Il y a aussi des négociations en cours sur le remboursement d'une dette envers la ville pour des infrastructures. Le maire pense que le gouvernement pourrait assumer une partie de ce coût.

Enfin, Du Breton chercher à obtenir un contrat social pour une longue durée avec ses employés. M. Voisine pense que le syndicat serait prêt à signer une entente de 10 ans. Une manifestation publique devait avoir lieu cette fin de semaine pour mettre un peu de pression sur les décideurs. L'usine disparue pour cause d'incendie employait 450 personnes. Du Breton a rouvert des installations dans Bellechasse, ce qui a donné du travail à 150 de ces employés, lesquels sont transportés à chaque semaine sur une distance de 200 milles ou 400 milles en comptant le retour.

L'abattoir de Notre-Dame-du-Lac produisait 7500 porcs par semaine, celle du Dubreuil n'en transforme que 5000. On peut donc croire que Du Breton a tout intérêt à reconstruire le plus rapidement possible une nouvelle usine qui pourrait lui coûter de 40 à 50 millions. Ce sera, dit-on, une usine ultra-moderne, mais le projet reste tout à fait confidentiel pour l'instant. Aucune décision n'a été prise, ni sur le moment, ni sur l'endroit où cette usine sera construite.
 
 
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