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La Chine se tourne vers le nucléaire

Le charbon, trop polluant, ne peut plus étancher l'appétit énergétique des Chinois

La Chine, devenu l'un des plus grands consommateurs d'énergie de la planète dans la foulée de sa spectaculaire croissance économique, doit trouver une solution de rechange au charbon, trop polluant, pour fournir de l'électricité au pays. Le verdict est tombé: ce sera le nucléaire, allant ainsi à contre-courant de la tendance mondiale. Et pour l'importation de pétrole, les dirigeants chinois repensent actuellement leur politique étrangère.

Le charbon, principale source d'énergie chinoise, ne représente pas une solution viable pour étancher le gargantuesque appétit économique de l'Empire du milieu. Ainsi en ont décidé les dirigeants chinois. La croissance du PIB, qui bondit de 8 à 10 % par année, épuise la matière première et entraîne une demande énergétique qui a tôt fait de se transformer en pollution à grand déploiement.

Les pannes d'électricité qui commencent à affecter certaines régions forcent le Parti communiste à trouver une autre voie d'approvisionnement. La Commission nationale pour le développement et la réforme (CNDR), qui pilote les questions économiques, vient donc d'élaborer un plan à long terme pour le nucléaire.

«Si l'on n'utilisait que du charbon pour réaliser les objectifs [de croissance économique], il faudrait augmenter la production de 1,2 milliard de tonnes, ce qui créerait une surcharge insupportable du point de vue des ressources naturelles, de l'extraction, du transport et de l'environnement. Cela signifie que le développement du nucléaire doit être accéléré», a expliqué à l'hebdomadaire chinois Zhongguo Xinwen Zhoukan, Dang Zide, qui travaille au Bureau d'examen des grands projets de la CNDR.

Selon les prévisions de la CNDR, la Chine aura besoin d'une capacité énergétique de 900 000 mégawatts par an en 2020, alors que sa production actuelle se situe à 350 000 mégawatts. Le plan des dirigeants chinois consiste à construire au minimum deux centrales nucléaires de 1000 mégawatts annuellement pendant 16 ans, soit plus de 32 centrales au pays. À titre de comparaison, pour obtenir la même puissance en nucléaire (32 000 mégawatts) au Québec, il faudrait construire 53 centrales de la taille de Gentilly (600 mégawatts).

Déjà, les régions en plein boum économique ont mis sur les rails des projets de centrale nucléaire. Le Guandong, dans le sud du pays, a dépensé plus de 11 millions de dollars pour trouver un site propice à une centrale autour de la ville de Yangjiang. Cette agglomération salive devant les 800 millions en investissement direct qu'un tel complexe apporte avec lui. «Cette centrale sera un atout pour la ville, augmentera sa notoriété et attirera davantage de capitaux», estimait Hu Wenquan, le directeur du projet, dans le même hebdomadaire.

Le Sichuan, le Hubei, le Hunan, le Zhejiang et le Shandong, ont emboîté le pas et ont dressé une politique énergétique basée en grande partie sur le nucléaire. Même si l'énergie fissile cadre dans le développement chinois depuis 30 ans, aucun plan cohérent n'avait encore vu le jour.

L'entreprise française Framatome, la compagnie américaine Westinghouse et six sociétés de fourniture en matériel nucléaire russes, japonaises et allemandes ont répondu à l'invitation du Guandong pour un appel d'offres international. Les premiers impliqués auront un avantage sur les futurs contrats, ce qui pourrait être extrêmement lucratif dans un pays qui envisage de devenir le premier producteur d'énergie nucléaire mondial, devant la France, actuel meneur.

Les environnementalistes remettent en cause ce choix économique, en insistant sur les déchets radioactifs et en rappelant qu'il n'existe toujours aucune technique sûre pour s'en débarrasser. De plus, la Chine fait un virage qui contraste avec la tendance mondiale de réduction du nucléaire, considéré comme trop dangereux.

Les 32 nouvelles centrales chinoises feront bondir le nombre de complexes nucléaires en activité dans le monde, selon les chiffres de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). En 2000, 438 réacteurs étaient en fonction, contre 441 en 2003. Un faible rythme de croissance que la Chine fera au minimum doubler.

La quête du pétrole

La demande énergétique exponentielle entraîne également une consommation de pétrole énorme. Devenu deuxième importateur d'or noir de la planète, la Chine emboîte de plus en plus le pas aux Américains et redessine ses relations internationales en fonction des pays aux fortes réserves de pétrole.

Le South China Morning Post, quotidien basé à Hong Kong, nomme ce nouveau courant «la diplomatie du pétrole» du président chinois Hu Jintao. Sa tournée africaine du début février dernier était d'ailleurs éloquente. L'Égypte, l'Algérie et le Gabon ont tous signé des contrats d'approvisionnement et d'exploitation avec la Chine. Dans plusieurs pays africains, l'Empire du milieu lutte pour se tailler une place de choix parmi les partenaires pétroliers. Il en va de la croissance chinoise. En échange, la Chine met sur la table une aide au développement et un soutien international sur différents projets.

Les relations russo-chinoises sont elles aussi de plus en plus conditionnées par les intérêts que ces États détiennent dans les oléoducs de la région. La construction à venir d'une voie ferrée entre Liaoning et Vladivostok vise d'ailleurs à acheminer plus facilement le pétrole par rail.

Les grandes compagnies pétrolières chinoises sont déjà présentes dans plusieurs pays riches en or noir, dont le Soudan, l'Indonésie et le Venezuela. Selon le South China Morning Post, la tournée africaine ne serait qu'un début. L'entreprise de séduction chinoise pour le pétrole devrait s'étendre et jouer un rôle de plus en plus important dans ses relations avec les autres nations. Déjà, la Thaïlande est dans la mire, puisque des raffineries et des usines de stockage chinoises pourraient bientôt voir le jour en bordure du futur oléoduc que la Thaïlande prévoit construire.
 
 
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