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    Les négociations de libre-échange entre le Canada et la Chine devront attendre

    Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, en compagnie de son homologue chinois, Li Keqiang, lundi à Pékin
    Photo: Fred Dufour Agence France-Presse Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, en compagnie de son homologue chinois, Li Keqiang, lundi à Pékin

    Le lancement attendu des négociations de libre-échange entre le Canada et la deuxième puissance économique mondiale n’a pas eu lieu au premier jour de la visite de Justin Trudeau en Chine.

     

    Le premier ministre canadien était reçu par son homologue chinois, Li Keqiang, dans le somptueux palais de l’Assemblée du Peuple, à Pékin. De nombreux acteurs, notamment du monde des affaires, faisaient circuler depuis quelques jours la rumeur que c’était le moment que les deux pays devaient avoir choisi pour annoncer le début officiel de la première négociation de libre-échange entre la Chine et un pays membre du G7.

     

    Au lieu de cela, les deux hommes sont ressortis de leur rencontre avec pour toute intention de poursuivre les discussions exploratoires en cours entre leurs deux pays depuis un peu plus d’un an.

     

    Ils ont quand même eu de bons mots l’un pour l’autre dans leurs communiqués finaux, la conférence de presse prévue à la fin de la rencontre ayant étant annulée. Justin Trudeau a dit avoir eu avec son hôte des échanges « francs et directs » et espérer être en mesure d’approfondir les liens économiques du Canada avec la Chine.

     

    « Les occasions d’approfondir nos liens économiques et de peuple à peuple sont exceptionnelles », a renchéri Li Keqiang, qui qualifie notre époque « d’âge d’or » des relations entre les deux pays. « Nous avons eu un échange sincère et en profondeur concernant nos positions, et nous en sommes venus à un terrain d’entente », a-t-il ajouté sans toutefois préciser la nature de cette entente.

     

    En rencontre par la suite avec des journalistes, le premier ministre canadien n’a pas voulu préciser quels enjeux accrochent entre les deux pays. Il s’est contenté de dire que le Canada souhaitait un accord plus ambitieux, notamment en matière de protection de l’environnement, de promotion de meilleures conditions de travail et d’égalité des sexes.

     

    Les deux pays en ont quand même profité pour signer trois ententes de coopération en matière de développement des énergies propres, d’agriculture et de tourisme. Justin Trudeau doit encore rencontrer le tout puissant président chinois, Xi Jinping, mardi, et poursuivra sa tournée jusqu’au 7 décembre.

     

    L’eldorado chinois

     

    Pays tourné vers le commerce, le Canada cherche depuis toujours à ne pas rester enfermé dans sa relation privilégiée avec le puissant voisin américain, particulièrement depuis l’élection d’un nouveau gouvernement américain ouvertement protectionniste. Ainsi, il a signé récemment un traité de libre-échange avec l’Union européenne, il travaille avec 10 autres pays à une nouvelle version du Partenariat transpacifique sans les États-Unis et il nourrit des projets d’accords avec l’Inde et la Chine.

     

    Concernant la Chine, le ministre canadien du Commerce, François-Philippe Champagne, soulignait encore lors d’un discours, la semaine dernière, « l’incroyable potentiel encore inexploité » d’une économie qui constitue déjà le deuxième partenaire commercial du Canada avec 90 milliards d’échanges avec le Canada par année. « Un chiffre qui devrait doubler encore et encore d’ici 2025 », affirmait-il devant la Chambre de commerce de la région de Toronto.

     

    Le rapport des consultations publiques réalisées ce printemps auprès de plus de 600 intervenants, principalement issus du monde des affaires, révèle une opinion partagée entre les promesses de retombées économiques d’un éventuel traité de libre-échange et la crainte de ses impacts « sur les emplois canadiens et la compétitivité dans certains secteurs, en particulier l’exploitation minière et des sous-secteurs manufacturiers ». On dit craindre par exemple la concurrence déloyale d’entreprises chinoises profitant « de faibles normes du travail en Chine, d’exigences environnementales moins sévères [et] de subventions publiques à la production ». On note également qu’en dépit d’une amélioration du système judiciaire chinois, notamment en matière de protection de la propriété intellectuelle, le marché chinois reste miné par un « cadre réglementaire imprévisible et opaque » dont l’une des fonctions semble être de bloquer les entreprises étrangères.

     

    Beaucoup de gagnants, quelques perdants

     

    Il ne fait pas de doute qu’une plus grande ouverture à la concurrence chinoise en bousculerait certains au Canada, prévient Zhan Su, professeur de stratégie et de management international à l’Université Laval à Québec. « Mais il faut juger la valeur d’un projet d’accord de libre-échange aux gains globaux qu’il apporterait. Et le Canada en sortirait globalement gagnant », a-t-il fait valoir lundi en entretien téléphonique au Devoir. Non seulement parce que l’économie chinoise a soif des ressources naturelles et agricoles dont le Canada dispose en abondance, mais aussi parce qu’elle a besoin de l’expertise des entreprises manufacturières et de services canadiennes notamment dans les sciences de l’environnement, de l’informatique, des télécommunications, des métaux et des sciences de la vie.

    Les occasions d’approfondir nos liens économiques et de peuple à peuple sont exceptionnelles
    Le premier ministre chinois, Li Keqiang
     

    L’expert ne croit pas que les exigences élevées du Canada en matière de protection de l’environnement, d’amélioration des conditions de travail ou d’égalité des sexes soient un obstacle infranchissable à la conclusion d’une entente. « Le gouvernement chinois partage plusieurs de ces objectifs. » Il faudra cependant faire preuve de diplomatie pour ne pas donner l’impression de forcer la Chine à se mettre à genoux devant l’Occident et lui permettre d’aller à son propre rythme. « Soyons clairs, dit le professeur Zhan Su. La Chine ne bougera pas sur la tenue d’élections multipartites ou la libération de ses prisonniers politiques, mais elle a commencé à avancer dans d’autres domaines. »

     

    De toute manière, le Canada ne doit pas non plus surestimer sa capacité de commander à lui seul des changements au pas de course. Après tout, il est déjà prêt à démontrer de la souplesse et à accorder des délais sur ces questions à l’égard de la Malaisie et du Vietnam au sein du Partenariat transpacifique.

     

    Le professeur de l’Université Laval reconnaît qu’il croyait lui aussi que Justin Trudeau et Li Keqiang allaient annoncer, lundi, le lancement de négociations de libre-échange entre leurs deux pays. « Ce n’est qu’une question de temps. L’intérêt des deux côtés pour une entente est là. »













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