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    Chronique - Perspectives

    La facture bitumineuse

    Une semaine s’est écoulée depuis la décision de TransCanada et le Québec essuie toujours les blâmes politiques de la mise au rancart d’Énergie Est. Il faudrait redire à l’Ouest que le Québec a déjà payé, lourdement, la facture de l’illusion bitumineuse.


    Des experts ont conclu que la décision d’abandonner Énergie Est s’inspirait davantage d’une logique d’affaires. Que le scénario économique à l’origine du projet ne tenait plus, les paramètres actuels concluant à l’inutilité du pipeline. Le Québec n’en continue pas moins d’essuyer les critiques politiques, lui qui se voyait aux prises avec les plus grands risques inhérents au passage du pipeline sur son territoire, en contrepartie d’une petite poignée d’emplois.

     

    L’opposition aux pipelines n’est pourtant pas que québécoise. Le projet Trans Mountain se heurte aux contestations judiciaires et à l’opposition en Colombie-Britannique. Celui de Keystone XL ne l’a pas eu facile sous la présidence d’Obama. Aussi, le Québec a déjà payé plus que sa quote-part de la facture bitumineuse.

     

    L’illusion bitumineuse a atteint son apogée avec un prix de référence à un sommet d’avant-récession de 147,50 $US le baril. La coûteuse exploitation pétrolière des sables de l’Ouest devenait alors financièrement rentable. Même à 95 $US, soit à un cours d’équilibre retenu alors dans les divers scénarios, son exploitation pouvait se poursuivre, mais au prix d’un contrôle rigoureux des coûts. Aujourd’hui, le prix de référence du West Texas Intermediate oscille autour de 50 $US le baril. BMO Marchés des capitaux rappelait récemment qu’un cours à plus de 60 $US, de façon soutenue, est nécessaire pour appuyer la plupart des projets. D’autant que ce pétrole, plus lourd et plus coûteux à raffiner, se vend à escompte.

     

    Mal hollandais

     

    Cette flambée a plongé le Canada dans un mal hollandais. Le dollar canadien est parti d’un creux de 62 ¢US quelque part en 2002 pour dépasser la parité avec le billet vert en 2008. Dans cette Grande Récession de 2008-2009, ressentie plus faiblement ici, le Canada a tout de même perdu quelque 9000 entreprises exportatrices, les provinces manufacturières subissant l’effet combiné de la contraction de l’activité économique et du lourd tribut du développement des sables bitumineux dans l’Ouest. En 2015, l’opposition néodémocrate s’alarmait de ce que près de 500 000 emplois manufacturiers, concentrés essentiellement en Ontario et au Québec, auraient été sacrifiés sur l’autel du boom pétrolier dans l’Ouest, écrivait-on alors.

     

    Cette fracture, restée cicatrice depuis, avait été reconnue par le gouverneur de la Banque du Canada. Stephen Poloz a plus d’une fois fait ressortir l’importance du secteur manufacturier au sens large, des exportateurs en particulier, pour l’économie canadienne. Il avait établi un lien direct entre la flambée des cours pétroliers, la hausse du dollar canadien et le déclin du secteur manufacturier. Il disait en 2015 que le Canada venait de subir deux chocs coup sur coup : « l’un d’eux a été les retombées de la crise financière […] L’autre choc a été la hausse des prix du pétrole, qui a bénéficié au secteur de l’énergie et s’est traduite par une augmentation de 7 % du revenu intérieur, mais a présenté des défis pour certains exportateurs ».

     

    L’OCDE ajoutait que la répartition des revenus avait connu un glissement en faveur des provinces de l’Ouest, les économies de l’Ontario et du Québec peinant à s’adapter à l’intensification de la concurrence extérieure générée par le niveau élevé des taux de change.

     

    Évidemment, tout n’était pas que pétrole. Le secteur manufacturier canadien payait aussi le prix d’un problème chronique de productivité amplifié par un sous-investissement. La paralysie de l’économie américaine n’a également pas aidé et n’a pas été sans alimenter un affaiblissement du billet vert. Sans amenuiser le phénomène de délocalisation et la crise de l’automobile, particulièrement ressentie en Ontario. Mais le mal hollandais comptait pour au moins le quart du choc manufacturier, avait chiffré l’IRPP.

     

    Et il faut aller au-delà de la thématique économique et d’une rente pétrolière inégalement répartie au Canada. L’Institut Pembina faisait ressortir l’iniquité des efforts de réduction des GES entre les régions et les secteurs industriels, en hausse exponentielle sous l’influence des sables bitumineux, et pénalisant notamment le Québec.

     

    Que dire aussi de l’effet plombant sur l’économie canadienne de la présence d’énergies fossiles devenues des facteurs de risque et de décroissance auxquels s’ajoutent les externalités négatives, qu’il faut bien absorber collectivement.













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