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    Doutes sur l’efficacité du marché du carbone

    Les compagnies assujetties ne croient pas que le système permettra d’atteindre les cibles

    Une grande majorité des entreprises sont d’avis que le marché du carbone entraînera une fuite des capitaux vers l’extérieur du Québec.
    Photo: Rich Pedroncelli Associated Press Une grande majorité des entreprises sont d’avis que le marché du carbone entraînera une fuite des capitaux vers l’extérieur du Québec.

    Les entreprises québécoises visées par le marché du carbone appuient le système, mais elles doutent de ses bénéfices et ne croient pas qu’il permettra de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec, révèle une étude du CIRANO qui sera dévoilée ce jeudi.

     

    Le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) a réalisé un sondage à l’été 2016 pour savoir comment les entreprises assujetties et celles qui pourraient l’être dans le futur perçoivent le système de plafonnement et d’échange de droits d’émission (SPEDE) depuis son entrée en vigueur 2013.

     

    En recueillant le point de vue de 56 entreprises, les chercheurs ont constaté que le développement et la mise en oeuvre du SPEDE obtiennent l’appui de 75 % des répondants.

     
    52 %
    des répondants jugent que le marché du carbone n’amènera pas une réduction significative des émissions de GES au Québec.

    En revanche, les entreprises sont d’avis que le marché du carbone entraînera une fuite des capitaux vers l’extérieur du Québec (79 %) et qu’il détériorera la compétitivité des compagnies québécoises (66 %). Mais lorsqu’on leur demande si leur compétitivité a été affectée sur une base individuelle, la majorité affirme que non.

     

    De nombreuses réserves

     

    « Bien que le SPEDE soit reçu de façon plutôt favorable par la plupart des émetteurs assujettis et qu’il recueille aussi leur approbation sur des aspects plus techniques, comme sa faisabilité et la sécurité de son fonctionnement, il semble toutefois qu’à ce stade, des réserves et des incertitudes se manifestent quant aux bénéfices économiques et technologiques qu’il puisse apporter », note le rapport.

     

    L’étude du CIRANO nous apprend en effet que la majorité des entreprises concernées par le marché du carbone ne croit pas que le système crée de nouvelles opportunités économiques pour les compagnies québécoises (55 %) ou qu’il encourage significativement l’innovation (52 %).

     
    75 %
    des 56 entreprises sondées par le CIRANO appuient le développement et la mise en 
    œuvre du SPEDE.

    Les entreprises disent également faire face à des coûts administratifs plus élevés que ceux prévus par le gouvernement du Québec en 2011.

     

    Et par-dessus tout, soulignent les auteurs, 52 % des répondants jugent que le marché du carbone n’amènera pas une réduction significative des émissions de GES au Québec.

     

    « C’est la réalité. Le Québec ne va pas réduire ses émissions de 20 % en sol québécois d’ici 2020 [par rapport à 1990] », tranche Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal et coauteur de l’étude.

     

    Plan d’action nécessaire

     

    M. Pineau estime que, pour le moment, « le système n’a pas porté ses fruits ». Il fait remarquer que, pour l’année 2015, les entreprises ont émis près de 65 millions de tonnes de GES, mais ont acquis des droits d’émission pour quelque 55 millions de tonnes.

     

    Il précise que les compagnies ont jusqu’en novembre 2018 pour acquérir des droits de polluer. Après cette date, elles s’exposeront à des amendes ou même à la révocation du droit d’exercer leurs activités commerciales.

     

    Pour que les entreprises puissent poursuivre leurs efforts de réduction de GES, le professeur de HEC Montréal affirme qu’elles ont besoin d’être soutenues et guidées par le gouvernement, lequel devrait proposer des actions concrètes ou offrir des prêts pour financer des investissements à long terme.

     

    Or le Plan d’action sur les changements climatiques, qui couvre la période 2013-2020, a été élaboré en 2012, déplore M. Pineau. « On n’a pas de plan coordonné. Tout ce qu’on a, c’est un amalgame de programmes dont la cohérence générale est très difficile à voir, dit-il. Ce plan de match date de 2012. Il est au mieux une source d’inspiration, mais en rien un plan d’action concret. »

     

    Avenir incertain

     

    Les réticences exprimées par les entreprises en ce qui concerne les impacts du marché du carbone soulèvent de nombreuses questions sur l’avenir du système après 2020.

     

    La Californie, dont le marché du carbone est lié à celui du Québec, étudie présentement la possibilité d’y apporter d’importants changements, tandis que l’Ontario, qui doit se joindre au SPEDE Québec-Californie en 2018, aura des élections l’an prochain.

     

    « Si la Californie change de système et que l’Ontario est dirigé par un gouvernement qui n’est pas favorable au système actuel, ce sera très difficile pour le Québec de maintenir le système qu’on connaît aujourd’hui, soutient Pierre-Olivier Pineau. J’ai bon espoir de voir l’Ontario rester dans le système et que la Californie trouve un équilibre. Mais, comme le Québec est un tout petit joueur par rapport à la Californie, il risque d’adopter le système californien. »













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