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    Perspectives

    L’anti-effet Trump

    L’anti-effet Trump s’est installé. L’improvisation de campagne du président américain fait aujourd’hui face à la réalité économique et structurelle des États-Unis. La confiance postélectorale s’effrite.


    L’économiste Hendrix Vachon, de Desjardins, l’a bien circonscrit dans sa note publiée mardi. Les États-Unis n’ont pas les moyens des ambitions de leur président. Pire. Si elles sont appliquées, les promesses électorales de Donald Trump risquent de passer de procroissance à prorécession et de déclencher la prochaine contraction économique mondiale.

     

    Déjà, ils sont peu nombreux, même dans le camp républicain, à croire à la neutralité budgétaire de l’ambitieuse réforme fiscale de Donald Trump. Son financement par l’application d’une taxe à la frontière nourrit une opposition grandissante de ces nombreuses entreprises dépendantes des importations et de ces sénateurs craignant l’impact sur les prix et le pouvoir d’achat des consommateurs. Sans compter que l’ensemble du programme de Trump stimulerait la valeur du dollar américain et l’inflation.

     

    Pour sa part, son financement par une activité économique accrue se heurte à la réalité d’une économie évoluant déjà à son plein potentiel et à son plein emploi. Aussi à ce vieux réflexe des entreprises de rediriger les excès de liquidités vers des investissements peu productifs et de prioriser l’actionnaire par une hausse du dividende et le rachat d’actions.

     

    Les économistes rappellent également que l’endettement public a explosé depuis la crise alors que celui des entreprises et des ménages est revenu à son sommet de 2008. Aux États-Unis, les promesses de Donald Trump viendraient exacerber une problématique de dette, publique et privée, dans un environnement de hausse des taux d’intérêt amplifiée par les pressions inflationnistes.

     

    Bombe à retardement

     

    À ce constat conjoncturel s’ajoute une réalité structurelle. On pense à cette économie souffrant d’une dette étudiante endémique. Elle atteignait 1300 milliards $US à la fin du premier trimestre, selon les données de la Réserve fédérale américaine de New York, en hausse de 120 % depuis 2008. Et quelque 11 % de cette dette serait en souffrance, selon les données officielles, la vraie figure permettant de croire plutôt au double de ce poids.

     

    On pense également au fait que derrière la productivité de l’économie se cache un enjeu d’employabilité. Le Fonds de solidarité FTQ le soulignait en début de semaine. De ce côté-ci, 53 % des Québécois âgés de 16 à 65 ans sont considérés comme des analphabètes fonctionnels. Aux États-Unis, un sondage de la National Federation of Independent Business indique que les employeurs sondés sont incapables de trouver des travailleurs qualifiés pour plus de la moitié des emplois disponibles.

     

    Philippe Fournier, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, retient que peu de sans-emploi américains ont les qualifications ou la formation nécessaires, ce manque chronique de formation se faisant particulièrement ressentir dans les PME. On peut vouloir rapatrier les emplois soi-disant délocalisés et forcer les entreprises à créer des emplois aux États-Unis, encore faut-il que ces emplois trouvent preneurs.

     

    Philippe Fournier cite une étude de professeurs de la Ball State University démontrant que l’automatisation explique 80 % des emplois perdus dans le secteur manufacturier entre 1999 et 2015. « À moyen terme, le rapatriement d’emplois de la Chine ou du Mexique se soldera par une accélération de la tendance à la robotisation », conclut le chercheur du CERIUM.

     

    Donald Trump a beau marteler le « Buy American, Hire American »…













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