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    La Caisse, les pipelines et la fuite

    8 mai 2017 | Sébastien Collard, Patrick Bonin, Karel Mayrand et Diego Creimer - Mouvement Sortons la Caisse du carbone | Actualités économiques
    La Caisse de dépôt et placement du Québec devrait diminuer son financement dans les compagnies de pipelines et de sables bitumineux, croient les auteurs.
    Photo: iStock La Caisse de dépôt et placement du Québec devrait diminuer son financement dans les compagnies de pipelines et de sables bitumineux, croient les auteurs.

    Il y a cinq ans, le secteur des sables bitumineux avait la cote auprès des investisseurs étrangers, au point que le gouvernement canadien s’en inquiétait. La situation s’est complètement inversée depuis. À un prix du baril de pétrole avoisinant les 50 $ depuis maintenant plus de deux ans et pour l’avenir prévisible, les perspectives de croissance des sables bitumineux sont de plus en plus sombres. Nous assistons d’ailleurs à des désinvestissements du secteur par des fonds tels que celui de l’Université de Californie et le fonds souverain de la Norvège ainsi qu’à la vente de plus de 25 milliards de dollars d’actifs par les grandes pétrolières mondiales comme Exxon, ConocoPhillips et Shell.

     

    Michael Sabia et la Caisse de dépôt et placement du Québec semblent être insensibles aux résultats des analyses qui amènent les firmes étrangères à quitter le navire. La Caisse de dépôt et placement du Québec a préféré augmenter significativement ses investissements dans les compagnies de pipelines et de sables bitumineux. Par exemple, entre 2014 et 2016, la participation de la Caisse dans Enbridge est passée de 286 à 931 millions (225 % d’augmentation) et dans TransCanada de 219 à 1028 millions (370 % d’augmentation). Les gestionnaires de la Caisse vont même jusqu’à affirmer qu’« à moyen terme, le pétrole et le gaz sont […] là pour de bon ».

     

    Or, l’Agence internationale de l’énergie, qui est très prudente dans ses prévisions, prévoit une diminution de 55 % de la consommation mondiale d’essence d’ici 2050, ce qui, selon elle, « va stopper l’utilisation des ressources les plus difficiles, qui ont des coûts de production élevés, comme les sables bitumineux et le pétrole de l’Arctique ». La baisse de consommation pourrait même toucher ces secteurs d’ici moins de cinq ans considérant les projections faites par Bloomberg sur la croissance des ventes de véhicules électriques.

     

    Le même scénario

     

    Il importe de rappeler que l’éclatement de la bulle du carbone se fait au début du cycle de transition énergétique, exactement comme dans le cas du charbon où la valeur des titres a chuté de 90 % et ceci, bien avant que la quantité brute de charbon consommé dans le monde ne diminue significativement. En n’ayant pas vu arriver l’essor des énergies renouvelables et en refusant de désinvestir, la Caisse a perdu des centaines de millions avec le charbon. Elle semble vouloir répéter le scénario avec les sables bitumineux.

     

    Le groupe de recherche Corporate Knights a montré que la Caisse a perdu 7,2 milliards de rendements en demeurant investie dans les énergies fossiles entre 2012 et 2015, un avant-goût de la bulle carbone qui risque d’éclater au cours des prochaines années. En fait, la seule manière de générer le rendement attendu en conservant ces actifs est de miser sur l’échec de l’Accord de Paris et de retarder la transition énergétique, ce qui met la Caisse en porte à faux avec la position du gouvernement du Québec sur le climat.

     

    La compagnie Kinder Morgan est actuellement à la recherche de partenaires pour financer son pipeline Trans Mountain. À l’ère de l’Accord de Paris sur le climat, la Caisse répondra-t-elle à cet appel en finançant à nouveau des projets d’exploitation et de transport du pétrole le plus polluant au monde ? Continuera-t-elle à financer des projets qui menacent également l’eau potable et bafouent les droits des Premières Nations ? À l’inverse, la Caisse jouera-t-elle un rôle visionnaire dans la transition énergétique, en contribuant pleinement au bien de la planète, de ses commettants et de leurs descendants ? Elle éviterait ainsi aux gens de payer autant pour la possibilité d’une fuite de pétrole que d’une fuite de rendement.













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