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    Bois d’oeuvre

    Les scieries du Québec dans l’insécurité

    Washington impose depuis la semaine dernière des droits compensateurs de 19,88 %

    Une scierie d’Abitibi-Témiscamingue. Les entreprises de partout au Québec tentent de prévoir l’impact financier de la décision de Washington.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Une scierie d’Abitibi-Témiscamingue. Les entreprises de partout au Québec tentent de prévoir l’impact financier de la décision de Washington.

    Un peu partout au Québec, des producteurs de bois d’oeuvre se demandent de quoi seront faits les prochains mois, maintenant qu’ils doivent payer des droits compensateurs à la frontière de même qu’une taxe rétroactive pour les livraisons des 90 derniers jours. Et, surtout, ils espèrent que la situation ne durera pas cinq ans comme la dernière fois.

     

    De l’Abitibi à la Beauce en passant par l’Estrie, les scieries tentent de prédire l’impact, tant sur les exportations que sur les prix, mais expriment aussi leur étonnement du fait que le nouveau régime forestier instauré en 2013 n’a pas réussi à mettre le Québec à l’abri des accusations américaines.

     

    Poussé par l’industrie américaine, Washington a commencé la semaine dernière à imposer des droits compensateurs de 19,88 % sur le bois canadien, et une taxe antidumping pourrait s’ajouter au mois de juin. Le dernier conflit (2001-2006) avait coûté plus de 5 milliards, lesquels n’ont pas été complètement remboursés.

     

    La situation n’épargne personne. Étrangement, elle frappe même le long de la frontière, où des usines québécoises importent du bois américain provenant de terres privées pour le scier ici et le réacheminer aux États-Unis. Ces scieries font face elles aussi aux droits compensateurs, au même titre que des scieries qui s’approvisionnent sur des terres publiques québécoises.

     

    « C’est plus qu’ironique. Je ne sais pas quoi dire », dit Jean-Pierre Rioux, directeur des opérations et actionnaire de Marcel Lauzon inc., une scierie d’une cinquantaine d’employés située à East Hereford, dans la MRC de Coaticook. « On est une usine canadienne, mais en réalité on a les mêmes pratiques qu’une usine américaine. »

     

    Exemption

     

    Environ 70 % du bois qui passe par la scierie Marcel Lauzon provient des États-Unis, les 30 % restants provenant de terres privées du Québec. À peu près 70 % de la production est exportée. « Ça fait 40 ans qu’on fait ça. Mais dans le passé, lors des autres conflits, on a toujours eu la possibilité de demander une exclusion et, chaque fois les Américains l’ont acceptée », dit Jean-Pierre Rioux. Lors de la dernière crise, qui a commencé en 2001, il avait fallu plaider pendant des mois pour qu’une poignée de scieries frontalières soient exemptées des droits punitifs.

     

    En novembre 2016, la production est passée de 5 à 4 jours par semaine, explique M. Rioux en mentionnant notamment la faiblesse du taux de change, qui complique les achats de billots sur le marché américain. « Aux États-Unis, nos fournisseurs sont nerveux. Déjà qu’on a réduit notre production, mais en plus il pourrait y avoir des droits antidumping en juin. Quel sera le niveau ? Est-ce que ça sera rétroactif aussi ? On ne le sait pas. »

     

    À Saint-Michel-des-Saints, où l’usine a récemment repris vie grâce à des investissements, le conflit s’ouvre alors que les exportations viennent de démarrer. « On est une jeune scierie. Ça crée de l’incertitude dont on n’avait pas besoin. On n’avait pas besoin de ça », dit l’entrepreneur forestier Jean-François Champoux, qui dirige la scierie où travaillent plus de 50 personnes. « On venait à peine de recommencer à voir la lumière du jour. Le bois se vendait. Les jobs étaient en place. Les sous-traitants s’étaient mis à réinvestir dans la machinerie. »

     

    Les joueurs qui vont pouvoir survivre sont ceux qui ont investi dans la technologie, croit M. Champoux. « Avec ce qu’on va voir dans les prochains mois, je ne pense pas que quelqu’un va se lancer dans des investissements technologiques. »

     

    Environ le tiers du bois actuellement consommé au sud de la frontière provient du nord. C’est la cinquième fois que le département du Commerce américain s’en prend aux forestières canadiennes, invité à le faire par des producteurs américains qui accusent leurs concurrents nordiques de bénéficier d’un régime de coupe avantageux, car axé sur des terres publiques. En 2013, Québec a implanté une nouvelle façon d’attribuer les volumes de bois en fonctionnant partiellement par mise aux enchères. Depuis, a signalé un directeur de scierie, le prix a augmenté d’environ 15 %.

     

    Qui paiera ?

     

    Cinq grandes entreprises canadiennes ont été analysées par les Américains, dont Résolu pour la partie québécoise. Celle-ci fera face à des droits de 12,82 %, mais n’aura pas à payer la taxe rétroactive. L’avenir dira si les producteurs canadiens seront capables de transférer ce coût supplémentaire à leurs acheteurs américains ou s’ils devront se résigner à l’absorber. Ou encore si les producteurs de l’Ouest canadien, par exemple, tenteront d’écouler leur bois dans les provinces de l’Est.

     

    « Je vends au Québec, mais à terme, il va y avoir un effet sur nous. Si les prix baissent, mon marché va baisser aussi », dit Raynald Martel, président du Groupe Martel, qui exploite une scierie de 25 employés à Alma. Il n’exporte pas, mais pourrait être touché indirectement.

     

    « Si les grandes entreprises ont de la difficulté à vendre aux États-Unis, tout comme celles de l’Ouest canadien, elles vont vendre dans nos marchés, et ça va devenir surchargé. Avec une pression à la baisse sur les prix », a dit M. Martel. Quelle serait l’ampleur de la baisse ? « Je ne sais pas. Ça va dépendre du surplus de bois qu’il y aura dans le marché. »













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