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    Perspectives

    Beaucoup de boucan

    Le président américain nous habitue au boucan avec ses sorties imprévisibles et en apparence impulsives. Le ton du discours de Donald Trump emprunte déjà à la guerre commerciale avec le Canada avant même que le processus de renégociation de l’ALENA soit enclenché. On peut penser que la réflexion du gouvernement américain est plus profonde, plus nuancée et davantage documentée.


    Les salves les plus sévères ne sont plus dirigées uniquement vers le Mexique. Donald Trump pointe aussi le Canada et s’en prend « aux choses injustes qui se sont passées contre nos producteurs laitiers ». Faisant un même brassage avec les enjeux liés tantôt au contentieux sur le lait diafiltré américain, tantôt au système canadien de gestion de l’offre limitant les importations canadiennes, il n’entend plus n’apporter que des ajustements, que des aménagements mineurs, à l’accord commercial canado-américain, a-t-il prévenu. Pour l’ALENA, il appelle de tous ses voeux de grands changements, sans quoi le document sera déchiré.

     

    Il appartient à chaque pays d’établir sa politique agricole, de défendre son industrie agroalimentaire et d’assurer sa sécurité alimentaire. Ici, le système de gestion de l’offre, qui peut couvrir 40 % de l’agriculture québécoise et qui se veut très présent en Ontario et en Nouvelle-Écosse, résiste aux assauts répétés depuis son application au milieu des années 1960. Il a même survécu aux visées du gouvernement Harper, les négociateurs aux accords de libre-échange avec l’Union européenne et transpacifique ne cédant finalement qu’une ouverture moyennant compensation.

     

    Malgré ses imperfections et sa production contingentée, le système de contrôle centralisé des quantités et des prix, avec barrière tarifaire protégeant le marché intérieur contre les importations étrangères au-delà d’un certain seuil, apporte prévisibilité et stabilité de revenu aux producteurs, et d’approvisionnement aux transformateurs. Les représentants de l’industrie du lait, de la volaille et des oeufs ont déjà rappelé le contexte, celui où l’industrie québécoise doit cohabiter avec la proximité « d’une puissance mondiale laitière et avicole ».

     

    Alors que les États-Unis et l’Europe doivent jongler avec des surplus de production répétitifs et multiplier les subventions pour stabiliser les revenus de leurs producteurs.

     

    Ouverture

     

    Une brèche avait été ouverte dans le Partenariat transpacifique, que Donald Trump s’est empressé de jeter aux poubelles dès son arrivée à la Maison-Blanche. Parmi les ententes bilatérales accompagnant le PTP, la lettre impliquant l’Australie portait sur la transformation des produits laitiers et sur l’enjeu des protéines du lait. Avec les États-Unis, le Canada concluait des ententes parallèles, notamment sur le commerce agricole et agroalimentaire, en plus d’ententes sur les marchés publics, sur la surveillance des frontières et sur le commerce illicite.

     

    Dans l’industrie laitière, on souligne qu’en vertu d’un engagement envers l’Organisation mondiale du commerce, le Canada importe environ 5 % de produits laitiers en franchise de douane. Face à l’Europe, l’ouverture concédée dans l’Accord économique et commercial global a pour conséquence de quasi doubler le fromage importé sans frais de douane. Toujours selon les données des producteurs canadiens, l’Union européenne exporte au Canada dix fois plus de produits laitiers, subventionnés, qu’elle en importe, bien qu’elle abrite 500 millions de consommateurs.

     

    Au demeurant, on a pu lire que la balance commerciale dans le secteur laitier favorise les Américains à cinq contre un. Qu’il a été rappelé aux Américains que leurs exportations laitières ont été multipliées par six dans le cadre de l’ALENA. Nous sommes donc loin de l’« accord typiquement partial, contre les États-Unis » dénoncé par Donald Trump.

     

    Beaucoup de boucan, donc, et beaucoup de réactions à du bruit. Quant au processus de renégociation de l’ALENA, il attend encore le coup d’envoi du Congrès. Piloté par le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, qualifié d’expérimenté et reconnu pour sa longue expérience en relations internationales, le début des « vraies négociations » — pour reprendre son expression — n’est pas attendu avant la fin de 2017. Et il a été dit que, dans l’exercice, tant les provinces que les États Américains auront une forte influence sur la suite des choses.

     

    Mais le mot d’ordre reste « vigilance ».













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