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    Perspectives

    Déraison salariale

    Il est d’usage de décrier l’hyperinflation de la rémunération des dirigeants des entreprises. Il est cependant beaucoup plus difficile d’en encadrer les excès. Tous les gestes posés ici et là au fil des ans n’ont fait qu’exacerber les écarts, qu’accroître l’ampleur des inégalités.


    Les tentatives connues visant à endiguer les dérives dans l’écart de rémunération remontent à Platon. Plus près dans le temps, les premières propositions concrètes d’un ratio d’équité de référence remontent au début des années 1970. Mais depuis…

     

    Il a déjà été écrit que l’écart de rémunération n’a fait que croître au rythme de la prolifération des dénonciations et de la réprobation générale. Toutes les tentatives consistant à endiguer cette rémunération hypertrophiée, à défaut de mettre un terme à ses excès, ont généré une rémunération toujours plus ingénieuse et plus stratosphérique, alimentant le paradoxe de la divulgation. Et toutes les démarches de transparence sont venues alimenter un nivellement vers le haut.

     

    Selon le Centre canadien des politiques alternatives, les 100 p.-d.g. les mieux rémunérés au Canada ont reçu, en moyenne, 193 fois le salaire moyen des Canadiens en 2015, contre un écart de 60 à la fin des années 1990, de 40 à la fin des années 1980. Le rythme de croissance est exponentiel. Et au fil des décennies de dénonciation, les dirigeants canadiens ont plutôt réussi à réduire la distance qui les séparait de leurs pairs américains, le différentiel 2,5 fois supérieur prévalant au sud de la frontière à la fin des années 1990 ayant été en définitive effacé depuis. Selon un classement mondial du Figaro, le Canada arrive désormais au deuxième rang en ce qui a trait à l’écart salarial, derrière les États-Unis.

     

    L’Institut sur la gouvernance (IGOPP) a été plus loin en mesurant que l’hyperinflation de la rémunération ne se cristallise pas au sommet de la pyramide, l’écart ayant passé du simple au double lorsqu’on aborde la rémunération des cadres de deuxième et de troisième échelon hiérarchique.

     

    Escalade sans fin

     

    « L’escalade n’a pas de fin. Nous faisons face à un modèle de fixation de la rémunération qui n’a pas de limite », déplore Daniel Thouin, président du conseil du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires. Les interventions visant à atténuer l’ampleur de ces inégalités n’ont pourtant pas manqué. Selon un historique préparé par Louise Champoux-Paillé pour le MEDAC, l’approche préconisant l’imposition d’un ratio dit d’équité remonte à la Grèce antique, Platon proposant que le revenu des plus riches Athéniens ne dépasse pas cinq fois celui des plus pauvres. Plus près dans l’échelle du temps, le spécialiste en management Peter Drucker défendait en 1970 un ratio variant entre 15 et 25 selon la taille des entreprises.

     

    Mais cette approche par ratio a ses limites, rapidement rencontrées dans un contexte de concurrence internationale et selon que l’entreprise est réglementée ou non, qu’elle est à actionnariat diffus ou à contrôle majoritaire.

     

    Aux Pays-Bas, premier pays à adopter une réglementation contre les rémunérations excessives, on a poussé plus loin. Le gouvernement néerlandais met en oeuvre depuis le 1er janvier 2009 une politique fiscale taxant les bonus, parachutes dorés et autres augmentations de salaire, allant jusqu’à 30 %. N’empêche, dans le classement du Figaro, les Pays-Bas arrivent au 11e rang (sur 18) au chapitre de l’écart entre la rémunération moyenne des dirigeants et celle des salariés, avec un ratio élevé de 79.

     

    Toujours selon la recension de Mme Paillé, en France, le gouvernement Hollande voulait taxer à 75 % les plus hauts salaires, mettre un terme aux « stock-options », limiter les bonus, plafonner la rémunération des dirigeants des entreprises publiques et encadrer celle des patrons d’entreprise privée. Le projet de loi a été abandonné. Tout au plus un décret a-t-il été adopté visant le salaire des dirigeants des entreprises dont l’État est l’actionnaire majoritaire. Pour sa part, le Parlement israélien a adopté une loi limitant les salaires des hauts dirigeants de banque et stipulant qu’aucun salaire versé dans le secteur financier ne peut excéder 35 fois celui de l’employé le moins bien payé au sein de la même société.

     

    Quant à l’intervention du gouvernement britannique de Theresa May sur le « say-on-pay » des actionnaires, le projet de transformation d’un vote consultatif en un vote contraignant sur la politique de rémunération des hauts dirigeants est demeuré un document… consultatif.













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