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    Prêt sans intérêt

    30 ans plus tard, GM rembourse enfin Québec pour l’usine de Boisbriand

    Le complexe de GM à Boisbriand, où étaient assemblés les modèles Camaro et Firebird, a cessé de produire à l’été 2002.
    Photo: Jacques Grenier Le Devoir Le complexe de GM à Boisbriand, où étaient assemblés les modèles Camaro et Firebird, a cessé de produire à l’été 2002.

    Trente ans après avoir reçu de Québec un prêt sans intérêts de 110 millions pour mettre à jour l’usine de Boisbriand, fermée en 2002 et dont le terrain est aujourd’hui occupé par un centre commercial, General Motors du Canada vient de le rembourser.

     

    Versé le 1er avril 1987, cet appui des contribuables québécois auquel s’ajoutait une enveloppe identique d’Ottawa visait à financer la construction d’un nouvel atelier de peinture afin d’éviter la fermeture de l’usine au mois d’août suivant et la relancer.

     

    Les 220 millions — le prêt d’Ottawa était également sans intérêts — s’inscrivaient dans un plan de 450 millions pour moderniser l’usine. La suite des choses est connue. Le complexe ferme ses portes quand GM, qui y fabrique des Camaro et des Firebird, suspend sa production à l’été 2002.

     

    Un porte-parole québécois chez GM Canada a indiqué au Devoir mardi que le prêt a été remboursé au complet lundi selon les modalités de l’entente de l’époque, ce qu’Investissement Québec a confirmé. L’entreprise « est reconnaissante de l’appui et du partenariat offert par le gouvernement du Québec »,a écrit l’entreprise dans un courriel. Ottawa a aussi été remboursé.

     

    Est-il normal que GM ait attendu jusqu’au dernier moment possible pour remettre l’argent aux deux paliers de gouvernement ? D’un point de vue financier, oui, répond Yan Cimon, professeur de stratégie à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval.

     

    « Étant donné que la dette était sans intérêts, c’était plus intéressant pour eux de simplement faire leur remboursement et de réinvestir la différence pour aller chercher un rendement que de rembourser l’argent et se priver d’un rendement potentiel, si faible soit-il,a dit M. Cimon. Ils ont fait un bon coup. »

     

    Le fait qu’il s’agisse pour GM d’un prêt sans intérêt signifie que sa valeur réelle est beaucoup plus élevée que 110 millions. En 2002, certains l’estimaient à quelques centaines de millions.

     

    Controverse

     

    Le prêt a fait couler beaucoup d’encre depuis le contrat initial. À l’époque du versement, l’usine compte 3500 travailleurs, tandis que les emplois indirects chez les fournisseurs se chiffrent autour de 4000.

     

    « Les politiciens achètent des votes, c’est simple comme ça », dit alors l’investisseur Stephen Jarislowsky dans un entretien avec The Gazette publié le 11 avril 1987 au sujet des aides étatiques en général. Dans le même article, le ministre de l’Industrie, Daniel Johnson fils, laisse entendre que le gouvernement du Québec cessera d’offrir ce genre d’appui financier si les autres gouvernements cessent eux aussi de le faire.

     

    Au même moment, le contenu du contrat entre les gouvernements et GM demeure un mystère. Toujours dans The Gazette, une attachée de presse de M. Johnson affirme en avril 1987 que l’entente mentionne le maintien en activité de l’usine jusqu’en 1994.

     

    Le président des Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA), Bob White, a également cette lecture. Mais le grand patron de GM Canada, George Peapples, dément cette version des faits.


    « Il n’y a jamais d’emplois garantis dans ce secteur »,dit-il en marge de la cérémonie soulignant le prêt. Le directeur des relations publiques met alors les choses au clair : la date de 1994 est en fait l’un des scénarios que GM doit choisir d’ici 1991. Ces scénarios vont d’une nouvelle voiture à une rénovation majeure à une restructuration de l’assemblage du modèle Celebrity.

     

    À l’été 2002, la ministre des Finances, Pauline Marois, est pressée par le maire de Boisbriand de dévoiler le contrat, une demande à laquelle elle se montre favorable. Elle prévient toutefois que le contrat ne semble pas permettre à Québec de récupérer son argent avant 2017. « C’est un petit peu malheureux qu’il en soit ainsi, mais l’évaluation que nous avons faite, c’est qu’il n’était pas possible de rappeler le prêt dans les conditions où il a été consenti avec le contrat que nous avons »,dit Mme Marois le 26 août 2002.

     

    Le Fonds d’innovation pour le secteur automobile, comme celui qui s’applique pour l’Ontario, n’existait pas dans les années 70 et 80, rappelle Yan Cimon. « La façon dont on donne de l’argent aujourd’hui pour ce type d’investissement, c’est un peu différent. Il y a plus de conditions, plus de fils à attacher. »













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