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    Perspectives

    Timorée mais appropriée

    Au même titre que l’intervention de Québec se voulait salutaire — certains diront salvatrice — l’aide d’Ottawa, certes timorée, est appropriée. Il revenait à Bombardier de se remettre sur le chemin de la viabilité. Il lui appartient désormais de pérenniser son programme CSeries.


    Trop peu ou inutile, c’est selon. Les réactions politiques empruntaient des directions opposées au lendemain de l’annonce de l’aide de 372,5 millions sur quatre ans, sous forme d’un prêt remboursable, d’Ottawa au programme aéronautique de Bombardier. Une aide longtemps promise et attendue aux alentours du 1 milliard $US commis par Québec. Pour les conservateurs, la multinationale québécoise n’avait plus besoin d’un appui fédéral. Pour le Bloc, l’éléphant vient d’accoucher d’une souris. Pour les libéraux, Bombardier reçoit l’aide dont il disait avoir besoin. Les trois ont raison.

     

    Depuis l’annonce de l’aide milliardaire de Québec, fin octobre 2015, les choses ont évolué chez Bombardier. Le discours a changé et les attentes face au fédéral ont été abaissées. Déjà en novembre 2015, des médias évoquaient une demande d’aide à Ottawa d’au moins 350 millions, soit loin du 1 milliard $US engagé par Québec. Puis en juillet dernier, à la veille de l’ouverture du salon aéronautique de Farnborough, le premier ministre Philippe Couillard soutenait que le soutien financier du gouvernement fédéral au programme CSeries n’était plus nécessaire dans l’immédiat. « On a soutenu ça au moment où c’était critique, au moment où c’était nécessaire, au moment où on avait besoin de notre manifestation d’appui […] Tant mieux si Ottawa embarque avec nous, c’est pour la flexibilité à plus long terme du programme » disait-il, tout en soulignant à larges traits que l’aéronautique est au Québec ce que l’automobile est en Ontario.

     

    Le 15 décembre 2016, lors d’une journée des investisseurs à New York, le président et chef de la direction, Alain Bellemare, estimait qu’un coup de main du fédéral demeurait nécessaire. Mais il situait cette contribution au niveau d’une marge de manoeuvre financière pour affronter des risques inattendus ou pour développer un prochain avion, peut-on lire dans un texte de La Presse canadienne. L’urgence avait donc disparu.

     

    Il y avait urgence

     

    On pense à cette urgence qui avait forcé Bombardier à traverser deux années (2015 et 2016) des plus tumultueuses. La multinationale, qui n’engrange plus les profits depuis 2013, s’est même retrouvée au bord de la faillite à la fin de 2015, avait reconnu Alain Bellemare dans une entrevue à Ici Radio-Canada. Le président a été recruté chez United Technologies en février 2015 pour prendre le relais de Pierre Beaudoin. L’action de Bombardier avait perdu les deux tiers de sa valeur et le dividende venait d’être coupé. Une vente d’actions fortement dilutive et des émissions de titres de dette à taux élevé étaient dans les cartes, alors que les décotes se multipliaient et que la dette dépassait les 9 milliards $US. Le programme CSeries s’enlisait dans les retards et les dépassements de coûts, la facture atteignant 5,4 milliards $US soit 60 % de plus que l’enveloppe originale. Bref sans l’intervention de Québec dans une opération visant à isoler le risque du CSeries…

     

    Bombardier s’est engagée dans un plan de redressement de cinq ans, comprenant deux restructurations majeures en moins d’un an touchant quelque 14 500 emplois. Puis la Caisse de dépôt est entrée en scène en injectant 1,5 milliard $US dans un holding nouvellement créé de Bombardier Transport. S’ajoutent Delta et Air Canada jetant leur dévolu sur des CSeries entrant dans leur phase de commercialisation. Bombardier entrevoyait au milieu de 2016 l’atteinte de flux de trésorerie neutres en 2018. Elle parle désormais d’une forte croissance des profits en 2017. Et Alain Bellemare évoque maintenant le développement du CS500.

     

    Ottawa a fait le choix d’une intervention sans incidence budgétaire, au sein de programmes existants conformes aux règles internationales. Certes peut-on déplorer que le gouvernement libéral n’ait pu mettre de côté son hypersensibilité pour Bay Street et l’Ontario, mais bon.













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