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    L'industrie canadienne du transport face à l'instabilité américaine

    À l’échelle du continent nord-américain, ce sont plus de 70% des échanges commerciaux qui s’effectuent par camion.
    Photo: Jason Kryk La Presse canadienne À l’échelle du continent nord-américain, ce sont plus de 70% des échanges commerciaux qui s’effectuent par camion.

    L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait avoir d’importantes répercussions sur les multiples facettes du secteur des transports canadien et, à plus large échelle, nord-américain. Chose certaine, selon les experts, à peine quelques semaines après l’intronisation du nouveau président américain, l’incertitude règne. Tour d’horizon.


    Tout au long de la campagne électorale américaine, l’industrie automobile a été la cible de nombreuses critiques de la part de Donald Trump, notamment en ce qui concerne ses investissements au Mexique. Tout juste au lendemain de son intronisation, ce dernier laissait déjà entendre qu’il n’hésiterait pas à imposer de nouveaux tarifs à la frontière américano-mexicaine dans l’optique de protéger la lucrative industrie américaine et les nombreux emplois qui en découlent.

     

    Ces menaces font aujourd’hui planer un doute quant aux répercussions que la mise en place de mesures de resserrement pourrait avoir de notre côté de la frontière. « Il est difficile, à ce stade-ci, de savoir si le président américain se contentera de limiter les échanges avec son voisin du sud », avance avec prudence Germain Belzile, chercheur associé senior à l’Institut économique de Montréal (IEDM). Pour le moment, il est vrai que les remontrances de l’administration Trump ont surtout visé les relations entretenues par les géants de l’industrie automobile, dont GM, Ford et Chrysler, avec le Mexique. « Mais s’il décidait de se tourner du côté du Canada, les répercussions pourraient être catastrophiques pour nos deux pays », précise celui qui vient tout juste de publier une Note économique à cet égard.

    46 milliards
    C’est la valeur en dollars des biens et services qui traversent la frontière canado-américaine chaque mois.

    Source: Association du camionnage du Québec
     

    Les industries canadienne et américaine sont en effet intimement liées, et ce, depuis plus d’un demi-siècle. De fait, depuis la ratification du Pacte de l’automobile en 1965, les chaînes de montage et de logistique des constructeurs de voitures de part et d’autre de la frontière canado-américaine entretiennent une tenace interdépendance. Cette dernière, qu’on peut observer tant d’un point de vue géographique — le gros des usines étant concentrées dans le sud de l’Ontario et dans l’État du Michigan — que d’un point de vue strictement économique, s’est d’ailleurs accentuée en 1994 avec l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain.

     

    « Nous ne faisons pas que nous échanger des choses, explique Yan Cimon, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprises, la logistique et le transport (CIRRELT). Nous en construisons aussi beaucoup ensemble, et le secteur automobile est sans doute l’un des exemples les plus patents de cette réalité. » En fait, note le chercheur, ce sont « près de 60 % des échanges bilatéraux entre le Canada et les États-Unis qui concernent du commerce intrafirme », c’est-à-dire que ce sont les entreprises elles-mêmes qui s’échangent des produits non finis et des pièces tout au long de la chaîne de montage. Ainsi, avant d’arriver à une voiture prête à être vendue, des portions de cette dernière peuvent avoir fait des dizaines d’allers-retours entre les deux pays.

    18 500
    C’est le nombre de camions qui traversent la frontière Windsor-Detroit chaque jour. Il s’agit du poste frontalier commercial le plus achalandé de la frontière canado-américaine.

    Source: Gouvernement du Canada
     

    Plus encore, au fil des années, ces entreprises ont développé des expertises qui les rendent indispensables dans les chaînes de logistique, et ce, que la maison mère soit établie du côté américain ou canadien. En ce sens, souligne Germain Belzile de l’IEDM, l’implantation de tarifs douaniers causerait un véritable choc à l’industrie, qui verrait ses coûts de production grimper en flèche. « Ultimement, ce sont les consommateurs qui paieront le prix. »

     

    « Trump ne serait pas le premier à vouloir imposer des mesures protectionnistes, renchérit Yan Cimon, également professeur au Département de management de l’Université Laval. Le président Obama lui-même avait tenté le coup en tout début de mandat en 2009. Son objectif était alors que l’argent américain soit davantage dépensé en territoire américain. Mais dans le cas de l’automobile — et c’est loin d’être la seule industrie concernée —, l’intégration de nos deux économies est si forte que des aménagements spéciaux pour le Canada ont dû être mis en place. C’est ce qui risque d’arriver encore une fois. »

     

    L’industrie du camionnage

     

    L’imposition de tarifs douaniers et le resserrement de la frontière pourraient également avoir un impact majeur sur l’industrie du camionnage, l’une des pierres d’assise du commerce nord-américain. De fait, à l’échelle du continent, ce sont plus 70 % des échanges commerciaux qui s’effectuent par camion.

     

    Bien qu’il soit, selon Yan Cimon du CIRRELT, encore trop tôt pour établir clairement les impacts de l’élection du milliardaire new-yorkais sur l’industrie, les promesses de Donald Trump laissent présager un durcissement des mesures de sécurité, ce qui pourrait, à terme, rendre plus ardu le transit quotidien des marchandises. « Si la certification des entreprises et de leurs chauffeurs devient plus difficile, cela pourrait avoir des répercussions sur le prix des biens et services que l’on s’échange », avance-t-il.

    9 millions
    C’est environ le nombre d’emplois américains qui dépendent de la relation bilatérale canado-américaine. Du côté du Canada, on parle de près de 3 millions d’emplois.

    Source: Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprises, la logistique et le transport
     

    « À l’heure actuelle, très peu de camions mexicains peuvent circuler en territoire américain, dit Germain Belzile, également maître d’enseignement au Département d’économie appliquée de HEC Montréal. Concrètement, cela implique un déchargement du véhicule mexicain à la frontière et un transfert de la cargaison dans un camion américain. Vous rendez-vous compte du temps et des coûts que cela nécessite ? Tout le monde perd au change, mais rien ne nous garantit que ce genre de mesures ne se déploiera pas à terme de notre côté. »

     

    Dans un même ordre d’idées, les experts soulignent que, tant du côté du transport aérien que par rail, l’implantation de normes de sécurité plus strictes aux frontières pourrait avoir des contrecoups sur les opérateurs dans ces deux secteurs. « Ultimement, on parle de délais plus longs et, donc, encore une fois, de pertes financières importantes, précise Yan Cimon. Les transports sont un vaste système interconnecté. Quand on appuie sur un bout, c’est tout le reste qui déboule. »

     

    Les objectifs environnementaux

     

    Outre l’intégration des industries, la clé du succès de la relation canado-américaine repose sur une saine compétitivité entre les secteurs économiques. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump pourrait toutefois mener à un déséquilibre majeur dans celui des transports, étant donné les positions environnementales du nouveau président.

     

    De fait, à peine en poste, ce dernier a déjà fait savoir qu’il comptait s’attaquer aux cibles de réduction de gaz à effet de serre imposés à l’industrie automobile par l’administration Obama. Celle-ci, prévoyante, a tout de même pris des mesures, en fin de mandat, pour assurer ses arrières, devançant de près d’un an l’adoption d’un nouveau plan environnemental couvrant la période 2018-2025.

     

    La révision, voire même la suppression de ce dernier, pourrait rendre les entreprises canadiennes moins compétitives par rapport à leurs voisines américaines, estime Angelo Katsoras, analyste géopolitique pour la Banque Nationale du Canada. Surtout dans la mesure où le gouvernement libéral de Justin Trudeau tend plutôt à aller dans la direction opposée. « Est-ce qu’à terme, le Canada devra ralentir ses ardeurs en matière d’environnement pour demeurer dans la course, s’interroge-t-il. C’est difficile à dire, mais tout est incertain en ce moment. »

     













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