Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Le privé a-t-il besoin d’un tel coup de pouce ?

    Un expert se demande s’il est nécessaire d’investir autant d’argent

    82% de la population canadienne a déjà accès à la qualité de service que le CRTC établit aujourd’hui comme objectif universel.
    Photo: Predrag Vuckovic Getty Images 82% de la population canadienne a déjà accès à la qualité de service que le CRTC établit aujourd’hui comme objectif universel.

    En faisant de l’accès à Internet haute vitesse un service essentiel, le CRTC a assurément envoyé jeudi un signal fort à toute l’industrie des télécommunications, mais un spécialiste du secteur se demande s’il est nécessaire d’investir autant d’argent pour atteindre des objectifs relativement modestes.

     

    Le professeur de droit à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit d’Internet et du commerce électronique, Michael Geist, est heureux de constater que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a revu à la hausse les objectifs de vitesse des connexions Internet. Il croit également qu’il était grand temps que le CRTC consacre aux services Internet les sommes qu’il investissait jusqu’à maintenant en téléphonie locale.

     

    « Ce sont des pas positifs, mais si on regarde les chiffres, c’est plus décevant », note le professeur, en rappelant que 82 % de la population canadienne a déjà accès à la qualité de service que le CRTC établit aujourd’hui comme objectif universel. Faire passer cette proportion à 90 % d’ici 2021 est une cible « réaliste », mais peu ambitieuse, laisse-t-il entendre.

     

    En avoir pour son argent

     

    « Je pense qu’on peut légitimement se demander si le marché privé, à lui seul, aurait pu nous permettre d’atteindre cet objectif, sans financement supplémentaire », souligne M. Geist en évoquant le fonds de 750 millions de dollars du CRTC, qui s’ajoutera aux 500 millions sur cinq ans du programme fédéral Brancher pour innover.

     

    « Que recevrons-nous de cet investissement que nous n’aurions pas reçu de toute façon ? poursuit-il. Je ne suis pas certain de connaître la réponse. »

     

    L’expert reconnaît du même souffle que la réalité canadienne rend difficile le développement des infrastructures loin des zones densément peuplées. « Quand les compagnies ont le choix entre invesùtir dans une communauté rurale et accroître la vitesse ou les services dans une région urbaine, elles vont choisir la deuxième option parce qu’elle est plus profitable », explique-t-il.

     

    La question de l’abordabilité est par ailleurs l’oubli le plus notable dans la décision du CRTC, juge M. Geist. « L’accès est important, mais je crois qu’il est essentiel d’offrir un accès abordable. […] Le CRTC aurait pu envoyer un signal important au marché, et il ne l’a pas fait. »

     

    Garder Ottawa à l’oeil

     

    Fort attendue, la décision du CRTC a grandement réjoui les groupes qui revendiquent un accès universel et fiable à un service Internet haute vitesse, à commencer par la Fédération canadienne des municipalités.

    Au cours des 18 derniers mois, des Canadiens de partout au pays nous ont dit que les services Internet à large bande fixes et mobiles sont essentiels à leur vie personelle et professionelle.
    Jean-Pierre Blais, président du CRTC
     

    Le groupe OpenMedia, qui milite pour un accès libre et abordable à Internet, a pour sa part qualifié d’« historique » l’annonce de mercredi. « Pendant trop longtemps, des communautés rurales et mal desservies à travers le Canada n’ont pas pu participer pleinement à l’économie numérique. La décision va grandement contribuer à combler le fossé, a affirmé par voie de communiqué Josh Tabish, directeur des campagnes pour OpenMedia. Le CRTC a parlé, et nous devons maintenant surveiller les actions du gouvernement Trudeau pour que la vision exprimée devienne réalité. »

     

    Sur le front politique, le Nouveau Parti démocratique a salué une « excellente nouvelle » pour les Canadiens, tout en réclamant qu’Ottawa fasse le nécessaire pour atteindre une couverture haute vitesse universelle d’ici 10 à 15 ans. « Le gouvernement libéral doit maintenant travailler avec l’industrie pour s’assurer que nous atteignions ces cibles importantes, et ce, à haute vitesse », a déclaré le député Guy Caron.

     

    « L’accès à Internet à large bande et mobile devrait faire partie des infrastructures de base, et les Canadiens ne devraient pas avoir à payer le prix pour rendre ce service accessible. »

     

    Besoins importants

     

    À Québec, la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a tenu à réitérer l’importance qu’elle accorde à l’amélioration des services Internet en région pour favoriser, entre autres, le développement économique. Le gouvernement Couillard a annoncé lundi le lancement de l’appel de projets de son programme Québec branché, qui permettra de soutenir des villes, des MRC ou des entreprises.

     

    « Nous savons que les besoins sont grands sur le territoire québécois en matière d’infrastructures numériques. Notre objectif est que l’ensemble du Québec ait accès à un service Internet haute vitesse d’ici 2021. Nous saluons toutes les initiatives qui permettront d’atteindre cet objectif », a indiqué le cabinet de la ministre Anglade dans une déclaration écrite.

     

    L’Enquête québécoise sur l’accès des ménages à Internet publiée en 2013 par l’Institut de la statistique du Québec permet de constater l’écart qui existe entre certaines régions. En 2012, 81,6 % des ménages de l’ensemble du Québec étaient branchés à Internet, mais cette proportion était beaucoup plus faible dans la région Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (70,7 %), dans le Bas-Saint-Laurent (74,4 %) ou encore au Saguenay–Lac-Saint-Jean (76,3 %).

     

    Les données compilées par le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO) nous apprennent qu’en 2015, 64 % des foyers québécois étaient connectés à un branchement Internet haute ou très haute vitesse.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.