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    Robotisation

    Le Québec accuse un sérieux retard

    On estime à une cinquantaine, dans une dizaine d’entreprises différentes, le nombre de robots collaboratifs au Québec. Sur la photo, un robot au travail à l’usine de l’entreprise Meubles South Shore, à Sainte-Croix.
    Photo: Jessy Bernier On estime à une cinquantaine, dans une dizaine d’entreprises différentes, le nombre de robots collaboratifs au Québec. Sur la photo, un robot au travail à l’usine de l’entreprise Meubles South Shore, à Sainte-Croix.

    Avec la robotique collaborative, c’est tout un éventail de possibilités qui s’offrent désormais aux entreprises québécoises. Mais pour le moment, le constat est clair : en matière d’automatisation, le Québec accuse un sérieux retard.

     

    « Au Québec, mais aussi dans le reste du Canada, nous sommes loin derrière en matière de robotisation par rapport aux États-Unis, à l’Allemagne ou à la Chine », tranche Pierre Cléroux, l’économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC), qui soutient les entreprises canadiennes dans leurs efforts d’automatisation. « Nous sommes condamnés à nous améliorer constamment, parce que nos compétiteurs s’améliorent. »

     

    On compte environ un robot industriel pour 2500 habitants au Québec, comparativement à un ratio de 1 pour 500 habitants en Allemagne. Pour ce qui est des robots collaboratifs, on ignore combien d’unités sont présentement en fonction dans la province, mais des observateurs estiment qu’on en compte présentement une cinquantaine dans une dizaine d’entreprises différentes.

     

    Chose certaine, c’est bien peu par rapport aux leaders, constate Samuel Bouchard, le président-directeur général de Robotiq, une entreprise québécoise qui vend des pièces qu’on ajoute aux robots collaboratifs, comme des pinces, des caméras ou des capteurs.

     

    C’est avec un pincement au coeur qu’il effectue 95 % de ses ventes à l’extérieur du Québec. « Tout ce qu’on vend à l’international, c’est de la productivité qu’on exporte à l’étranger, illustre-t-il. Ce n’est pas que les robots collaboratifs ne sont pas intéressants pour le marché québécois, c’est que les entreprises ont peur d’investir. »

     

    Pénurie de main-d’oeuvre

     

    Le défi démographique du Québec devrait pourtant convaincre les entreprises de la province de miser rapidement sur la robotisation, fait valoir M. Bouchard. « Bientôt, le Québec n’aura pas assez de main-d’oeuvre pour faire rouler ses usines. Si elles attendent trop, les entreprises vont frapper un mur. »

     

    La population vieillissante et le manque d’intérêt pour certains emplois peu valorisants font en sorte que plusieurs postes ne pourront être pourvus, juge-t-il.

     

    « Prendre des croissants et les mettre dans le four, je m’excuse, mais c’est du gaspillage si c’est un humain qui fait ça. On est mieux de lui trouver autre chose à faire, une tâche qui nécessite plus de dextérité, lance Ilian Bonev, qui dirige le Laboratoire de commande et de robotique de l’École de technologie supérieure. Il ne faut pas voir les robots comme une menace. Il y a des gens qui vont être déplacés, mais pas nécessairement mis à la porte. »

     

    Emplois perdus ?

     

    À ce sujet, les avis divergent. Les entreprises rencontrées affirment que la vaste majorité de leurs employés ont été affectés à d’autres tâches plus complexes après l’arrivée des robots collaboratifs. Mais certaines études dressent un portrait plus sombre.

     

    En 2014, l’Université Oxford a révélé que l’automatisation des dernières années aux États-Unis n’a pas entraîné la création d’un nombre suffisant d’emplois bien rémunérés pour compenser les pertes occasionnées. L’étude soulignait notamment qu’en 2010, seulement 0,5 % de la main-d’oeuvre était employée dans des industries qui n’existaient pas dix ans plus tôt.

     

    Et en 2015, le Fonds monétaire international (FMI) a conclu que les progrès technologiques ont fortement contribué à l’accroissement des inégalités à l’échelle mondiale au cours de la dernière décennie.

     

    Pour la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, il est clair que la robotique collaborative représente un « levier important » pour transformer et faire croître l’industrie manufacturière québécoise. « On a besoin de développer l’intérêt pour la robotique chez les jeunes, pour que ça percole ensuite », a-t-elle récemment déclaré en entrevue au Devoir.

     

    Québec a présenté en avril dernier un plan stratégique 2016-2019 misant sur le « manufacturier innovant ». Le gouvernement compte investir 500 millions sur trois ans pour soutenir les entreprises qui se tournent vers les nouvelles technologies et la robotisation.

    Prudence de mise Les robots collaboratifs sont beaucoup moins dangereux que les robots traditionnels, mais ils ne sont pas sans risques. L’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST) a récemment mené une première étude consacrée à l’intégration de robots collaboratifs en entreprise, dont les conclusions seront publiées en 2017.

    Ses auteurs ont constaté que certaines entreprises surestiment le caractère « collaboratif » de ces robots. « Il ne faut pas que les gens pensent qu’un robot collaboratif est collaboratif dès le départ », affirme Sabrina Jocelyn. L’interaction du robot avec les employés, les collisions potentielles, « ce ne sont pas des notions qui sont encore très bien maîtrisées », renchérit son collègue Damien Burlet-Vienney.

    Les robots collaboratifs sont effectivement plus sécuritaires que les autres robots industriels, confirme Ilian Bonev, de l’ETS, mais il ne s’agit pas d’une « solution magique ». Aucun cas d’accident impliquant un robot collaboratif n’a été recensé au Québec jusqu’à maintenant. 

    Cet encadré a été modifié depuis sa publication.












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