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    Captation du CO2

    Solution imparfaite à un problème mondial

    Les projets mis sur pied au Canada ont leurs limites

    Les installations de captage et de stockage du carbone de Shell, à Fort Saskatchewan, en Alberta
    Photo: Jason Franson La Presse canadienne Les installations de captage et de stockage du carbone de Shell, à Fort Saskatchewan, en Alberta

    L’entrée en vigueur de l’accord de Paris sur les changements climatiques rappelle les défis qui attendent la planète au cours des prochaines décennies. Pour atteindre les objectifs fixés, la captation et le stockage du carbone se présentent comme une solution séduisante. Mais l’exemple canadien démontre qu’il s’agit dans certains cas d’une fausse bonne idée.


    Les responsables du projet Quest, le premier permettant de capter et de stocker du carbone en Alberta, débordaient d’enthousiasme en septembre dernier, au moment de souligner le premier anniversaire de l’initiative en partie financée par les gouvernements du Canada et de l’Alberta.

     

    « Le succès que nous remportons avec Quest démontre que les Canadiens sont à la fine pointe de la technologie en matière de captage et de stockage du carbone, a fièrement déclaré la vice-présidente de Shell, Zoe Yujnovich. Nous montrons au reste du monde que nous pouvons trouver de véritables solutions aux changements climatiques. »

     

    L’initiative Quest, qui est liée au projet d’exploitation des sables bitumineux de l’Athabasca, a permis de capter et de stocker un million de tonnes de CO2 en moins d’un an, surpassant ainsi l’objectif annoncé. Il s’agit d’un des plus gros projets du genre au Canada, avec celui lancé en 2014 par la société d’État SaskPower à la centrale de charbon de Boundary Dam, en Saskatchewan. Dans les deux cas, le fonctionnement est essentiellement le même : le CO2 est capté, transporté par pipeline, puis stocké dans le sol. Cette technologie fait aujourd’hui l’objet de 22 projets d’envergure — en cours ou en développement — dans douze pays, dont quatre au Canada. Mis ensemble, ces 22 projets représentent une capacité de captage de 40 millions de tonnes par année.

     

    Rentabilité recherchée

     

    La captation et le stockage du carbone ont été reconnus par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et l’Agence internationale de l’énergie comme l’une des technologies permettant de lutter contre les changements climatiques. Mais selon le professeur Jamal Chaouki, qui enseigne au Département de génie chimique de Polytechnique Montréal, la technologie actuellement disponible rend la plupart des projets injustifiables.

     

    Il explique qu’une centrale thermique qui souhaite capter puis stocker le carbone consomme entre 20 % et 25 % plus d’énergie que celle qui ne le fait pas. « Cette énergie consommée en plus peut dans certains cas avoir un effet sur l’environnement qui est encore pire que le CO2 qui serait émis », note-t-il.

     

    Sans compter le fait qu’à l’heure actuelle, l’utilisation de cette technologie n’est tout simplement pas rentable. M. Chaouki estime que chaque tonne de carbone captée et stockée dans les projets en cours dans l’Ouest canadien engage un coût d’environ 100 $, alors que le prix du carbone au Canada atteindra 50 $… en 2022.

     

    Pas de solution magique

     

    Le directeur de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi, Claude Villeneuve, fait remarquer qu’il n’existe pas de solution magique pour lutter contre les changements climatiques et qu’il faut utiliser tous les outils à notre disposition. Il ajoute cependant que la contribution de la technologie de captage et de stockage du carbone représente une goutte d’eau dans l’océan. Si les 22 projets déployés à travers le monde auront le potentiel de capter et de stocker 40 millions de tonnes de CO2 par an à l’horizon 2020, la fermeture de la centrale au charbon d’Hazelwood, en Australie, permettra à elle seule d’éviter l’émission annuelle de 16 millions de tonnes, souligne le professeur.

     

    Pas pour tous

     

    « Ce qui m’inquiète quand on regarde les projets dans l’Ouest canadien, ce sont leurs coûts pharaoniques, affirme le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault. Si on prenait cet argent-là et qu’on l’investissait en efficacité énergétique ou dans les énergies renouvelables, on aurait des réductions de GES beaucoup plus importantes par dollar investi. »

     

    Selon Claude Villeneuve, le recours à la captation et au stockage du carbone pour lutter contre les changements climatiques se compare en quelque sorte à l’utilisation de la chirurgie bariatrique pour combattre l’obésité : il s’agit d’une solution justifiée dans certains cas, mais pas pour tous. De la même façon, il sera toujours préférable de réduire les émissions polluantes de manière générale, estime-t-il.

     

    Le gouvernement fédéral, qui a notamment accordé 120 millions de dollars au projet Quest, continuera d’encourager l’innovation dans ce domaine. « Comme le Canada est un chef de file mondial du captage, du stockage et de l’utilisation du carbone, et que cette technologie peut aider notre pays à atteindre ses objectifs de lutte contre les changements climatiques, le gouvernement a choisi de la soutenir, ainsi que plusieurs autres technologies », répond Alexandre Deslongchamps, l’attaché de presse du ministre des Ressources naturelles, Jim Carr.

     

    Stocker ou revaloriser ?

     

    Evan Price est bien conscient des critiques dont font l’objet les projets de captation et de stockage du carbone en Alberta ou en Saskatchewan. Mais le président et chef de la direction de CO2 Solutions, une entreprise basée à Québec, croit avoir trouvé une avenue prometteuse pour l’avenir.

     

    Plutôt que d’isoler le CO2 en plongeant le gaz de combustion dans un solvant toxique, sa compagnie a développé une technologie utilisant des enzymes, ce qui est moins nocif et surtout moins coûteux, avance-t-il. Elle permet selon lui de réduire par trois le coût de captation d’une tonne de carbone.

     

    Un premier projet mettra ce système à l’épreuve à partir de 2018 : le carbone provenant de l’usine de pâtes et papiers de Produits forestiers Résolu à Saint-Félicien sera capté et distribué à l’état pur à la Serre Toundra, située non loin de là, qui s’en servira pour accélérer la pousse de ses légumes.

     

    En multipliant des projets comme celui-là, le Québec pourrait devenir un leader dans le captage et la revalorisation — plutôt que le stockage — du carbone, juge M. Price. « Il faut voir la captation du carbone comme une nécessité pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés dans la lutte contre les changements climatiques. »













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